Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : « La plage, c'est comme nos parcs et jardins », l'appel des élus du littoral pour accéder à l'océan dès le 11 mai

COVID-19 En Gironde et dans l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine, une majorité d’élus monte au front pour tenter de faire rouvrir les plages dès le 11 mai

Mickaël Bosredon

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Illustration plage, ici à Soulac-sur-Mer (Gironde)
Illustration plage, ici à Soulac-sur-Mer (Gironde) — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Une réunion s'est tenue lundi entre la préfète et une vingtaine d'élus du littoral.
  • Plusieurs élus ne comprennent pas la décision d’autoriser la réouverture des parcs et jardins, mais pas celle des plages.
  • Ils soutiennent la nécessité de rouvrir les plages dès le 11 mai, défendant l’idée de plage dynamique sur laquelle ne seraient autorisées que les activités physiques et sportives.
  • Des aménagements horaires pourraient aussi être envisagés selon les endroits.

Une douche froide. La décision le 28 avril dernier du Premier ministre de rouvrir à partir du 11 mai (sous conditions) les parcs et jardins mais pas les plages a été très mal vécue par de nombreux élus locaux, et professionnels du secteur. Si cette annonce a bien été confirmée samedi par le ministre de l'Intérieur, en une semaine un véritable lobbying s’est mis en place pour faire évoluer la situation.

Une grande majorité d’élus - de tous bords - des villes côtières en Nouvelle-Aquitaine souhaite effectivement la réouverture des plages dès lundi prochain. Et ils proposent des « bonnes pratiques » pour qu'elle puisse se faire dans les meilleures conditions. La députée de la majorité (LREM) de la huitième circonscription de la Gironde (Arcachon), Sophie Panonacle, est aujourd’hui un des fers de lance de ce mouvement. « Un groupe « tourisme »  s’est organisé dans le cadre de la crise sanitaire, explique l’élue à 20 Minutes, et une des actions de ce groupe est de demander la réouverture des plages dès le 11 mai. Nous avons envoyé un courrier le 29 avril au Premier ministre, ainsi qu’à la ministre des Sports, qui détaille notre projet de plage dynamique : l’idée serait de pouvoir accéder aux plages pour y pratiquer une activité physique et sportive, sans y rester statique. »

Malgré une réunion lundi après-midi entre la préfète de la Gironde Fabienne Buccio, et une vingtaine d'élus du littoral girondin, « la consigne reste la même, à savoir que l'on refera un point sur la situation au 1er juin » dit-on du côté des services de l'Etat. « La consigne est claire : non à la réouverture des plages pour le moment, pour éviter les attroupements. »

« Course à pied, baignade, surf... Mais pas de pique-nique ni de bronzette »

Maire de Lège-Cap-Ferret, une commune qui compte 50 km de plages, Philippe de Gonneville soutient, lui, ce concept de plage dynamique : « pas de pique-nique ni de bronzette, seuls la course à pied, la promenade, la baignade ou encore le surf seraient autorisés ». L’élu va même plus loin et demanderait pour sa part que ses plages « soient fermées les week-ends et jour fériés jusqu’au 2 juin, pour éviter d’être attractives pour les citadins, car cela poserait problème dans les commerces alimentaires de la ville. » Il souhaite aussi « limiter les groupes de personnes à quatre adultes, avec ou sans enfants. » « A partir du moment où on a le droit de se promener dans les rues librement, en respectant les consignes sanitaires, je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas le droit de se promener sur la plage, qui est un espace extrêmement vaste, et où le maintien des distances de sécurité est facile à exécuter » argumente l'élu.

Maire de Gujan-Mestras sur le bassin d’Arcachon, Marie-Hélène des Esgaulx explique pour sa part que, pour les communes du littoral, « la plage c’est comme nos parcs et nos jardins. » « Je ne vois aucune objection à ce que la plage de La Hume soit rouverte, bien au contraire, poursuit-elle. Je ne comprends pas cette fixation sur les plages. On a autorisé un périmètre de 100 km pour se déplacer, donc au niveau du Bassin d’Arcachon, les seuls citadins qui pourraient venir ce sont les Bordelais, je pense que c’est gérable. » Pour l’élue, il faudrait en revanche « faire attention au niveau de l’avant-plage, pour réguler les arrivées et qu’il n’y ait pas de groupes qui se forment. »

Des « créneaux horaires » sur les plages ?

Sur la question épineuse de la surveillance des plages, la députée Sophie Panonacle assure que « plusieurs acteurs du littoral sont prêts à jouer le jeu. » « Le président de la fédération de surf et celui de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) ont proposé que certains de leurs membres fassent de la pédagogie sur les plages pour que tout se passe bien. Il ne s’agit pas de faire du flicage, mais de rappeler qu’on ne peut pas faire n’importe quoi. »

L’élue envisage aussi de se rapprocher de la Garde républicaine pour évoquer la surveillance des plages océanes par des cavaliers. « Et laissons à chaque maire le soin de fixer des créneaux horaires s'il le souhaite ». Des maires suggèrent par exemple de limiter le temps de présence sur la plage, ou encore de réserver des entrées et des sorties bien séparées.

« Les gens vont quand même venir chez nous, mais ils n'auront pas accès aux plages »

Maire de Lacanau, Laurent Peyrondet est pour sa part très remonté face à cette situation. « Finalement, le déconfinement est plus contraignant que le confinement, peste l'élu. Nous, les maires, nous avons les compétences pour rouvrir les plages, on travaille sur ce sujet depuis cinq semaines, nous avons établi des protocoles sanitaires avec tous les partenaires, et ce n'est même pas débattu ! Parallèlement, je peux vous assurer que dès le 18 mai les gens vont venir prendre l'air chez nous, comme sur tout le littoral atlantique, et ils n'auront pas accès aux plages. Il va falloir que l'Etat prouve qu'il est capable de venir surveiller 1.000 km de plage atlantique, pendant que je vais devoir me concentrer sur les gens qui ne peuvent pas y accéder et qui vont s'agglutiner sur le front de mer et le centre-ville. Cela risque d'être assez compliqué à organiser. »

Sophie Panonacle croit toutefois encore en un changement de position du Premier ministre sur cette question. « Il y a une grosse pression aujourd’hui pour la réouverture progressive des plages, donc j’ai bon espoir que ça change, soutient-elle. Les décisions sont extrêmement difficiles à prendre je le concède, mais je constate que le gouvernement écoute tout le monde, notamment les élus locaux, et peut-être que les solutions que nous apportons feront changer cette décision. » Il reste encore quelques réunions pour convaincre.