Coronavirus : La grande distribution se défend d'avoir des stocks cachés de masques

CORONAVIRUS Les Ordres des professions de santé et certains politiques s’étaient offusqués d’une « surenchère de l’indécence »

20 Minutes avec AFP

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Un distributeur automatique de masques à New York (illustration).
Un distributeur automatique de masques à New York (illustration). — Anthony Behar/Sipa USA/SIPA

La grande distribution s’est une nouvelle fois défendue samedi d’avoir constitué des « stocks cachés » de masques à usage unique en pleine pandémie de coronavirus, une polémique « nulle » pour le patron du groupe Leclerc, « insensée » pour celui de Système U.

Les Ordres des professions de santé s’étaient offusqués dans un texte cinglant du nombre « sidérant » de masques annoncés à la vente par la grande distribution à partir de lundi : « 100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux ? C’est la surenchère de l’indécence. »

« Je trouve ça dégueulasse car ça casse le front qui s’est construit entre le personnel de santé et le monde économique », a réagi le président du géant Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, dans une interview au Journal du dimanche, jugeant la polémique « nulle, puérile, stérile ». « C’est de la diffamation que de raconter que Leclerc ou Système U ont enfoui les masques dans des caves pendant que d’autres en avaient besoin. Il faut arrêter les conneries, il n’y a pas de loup », a-t-il ajouté. « C’est maintenant qu’arrivent les masques, donc cette idée de stocks cachés, d’accumulation, ce sont des mauvais scénarios inventés », a-t-il insisté.

Ultimatum de Renaud Muselier

« Cette polémique des masques est insensée et infondée », a tweeté de son côté le PDG de Système U, Dominique Schelcher. « La situation est simple : nos commandes de masques chirurgicaux pour la vente au public datent d’après le 24/04, jour de l’autorisation gouvernementale. Avant, nous avions juste de quoi protéger nos équipes », a-t-il aussi écrit, en réponse au président de la région Paca, Renaud Muselier (LR).

Ce dernier a menacé, dans un tweet, de dépôt de « plainte pour mise en danger de la vie d’autrui et non assistance à personne en danger » et donné « trois jours à la grande distribution pour prouver qu’elle n’avait pas de stock secret de masques pendant la crise ».

Le chef de file des députés d’opposition LR, Damien Abad, a lui fustigé l’Etat pour son « défaut d’anticipation », estimant qu’il a été « supplanté par les grandes surfaces ». « La grande distribution a annoncé non pas des stocks de masque, mais de commandes de masques », avait relativisé plus tôt le ministre de la Santé Olivier Véran, précisant que « la grande distribution (lui) dit aujourd’hui [samedi] disposer en équivalent de 5 voire 10 millions de masques ». « On est très très loin des 500 millions » importés notamment par l’Etat, a-t-il indiqué.

La « quasi-totalité des masques » vendus en grandes surfaces « à prix coûtant »

Les enseignes Intermarché et Netto (groupement Les Mousquetaires) se sont fendues d’une « mise au point » dans un communiqué. Elles indiquent s’être fait livrer, entre le 13 avril et le 2 mai, 50 millions de masques à usage unique, vendus par boîtes de 50, soit un million de boîtes pour 2.100 magasins, qui seront mis en vente pendant la semaine du 4 mai.

« Toutes les quantités suivantes de masques à usage unique sont au stade de commandes », insistent les enseignes. « Intermarché et Netto mettront à disposition des organisations professionnelles qui n’ont pas pu, ou su, s’organiser pour procurer des masques à la population française leur concours en matière de sourcing et d’achats », ajoutent-elles.

Visant sans les nommer les pharmaciens, Intermarché et Netto disent aussi souhaiter que « ces organisations professionnelles s’engagent à vendre les masques qu’elles importeraient à prix coûtant, considérant qu’il n’est pas envisageable de réaliser des captations de valeur indues quand la santé des Français est en jeu ». La « quasi-totalité des masques » chirurgicaux vendus en grandes surfaces en France le seront « à prix coûtant », a assuré le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), Jacques Creyssel, samedi sur franceinfo.