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SANTÉA Strasbourg, un spray viendra-t-il à bout des virus ?

Strasbourg : Un spray viendra-t-il à bout des virus ?

SANTÉUne société basée à Strasbourg, Spartha Medical, cherche à fabriquer un pulvérisateur capable de détruire les protéines des virus
Le laboratoire de biomatériaux et de bioingénierie de l'Inserm, à Strasbourg.
Le laboratoire de biomatériaux et de bioingénierie de l'Inserm, à Strasbourg. - P. Delapierre / Inserm
Charles Montmasson

Charles Montmasson

L'essentiel

  • A la faculté de médecine de Strasbourg, le chercheur Philippe Lavalle travaille sur les biomatériaux dans un laboratoire de l'Inserm.
  • En octobre 2019, il participe à la création de l'entreprise Spartha Medical, en vue de mettre sur le marché des revêtements antibactériens.
  • En avril 2020, l'Agence nationale de la recherche soutient ses travaux qui pourraient être utilisés dans la lutte contre le coronavirus.

En un coup de spray, défendre sa bouche et ses narines du coronavirus… Avec quelques autres pulvérisations, protéger le matériel d’une chambre d’hôpital… Il faudra attendre plusieurs mois pour savoir si les recherches de Spartha Medical permettront cette révolution. L’Agence nationale de la recherche s’est en tout cas montrée intéressée : 200.000 € ont été alloués à la société strasbourgeoise dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

Tout a commencé par les recherches du laboratoire de l’Inserm sur les biomatériaux, à Strasbourg. Il s’agit d’améliorer les matériaux destinés à entrer en contact avec le corps humain, comme les prothèses ou les implants. « Depuis quatre ou cinq ans, le laboratoire travaille à la mise en place de revêtements destinés à lutter contre les infections, raconte Philippe Lavalle, directeur de recherche à l’unité 1121. On a constaté que, parmi les infections à l’hôpital qui sont de plus en nombreuses, la moitié étaient liées à un dispositif médical. »

La cible : des protéines

Comment protéger les matériaux des bactéries ? Grâce aux propriétés de longues molécules, les polymères. « Nos revêtements biopolymères ont tendance à se coller sur les cellules, à faire des trous dans les membranes des bactéries », décrit le chercheur. En octobre 2019, la société Spartha Medical est créée sur la base de cette découverte dans le but de produire des revêtements antibactériens.

Mais les bactéries et les virus ne fonctionnent pas de la même manière. Alors, quel intérêt pour la lutte contre le Covid-19 ? « En consultant la littérature scientifique, nous nous sommes rendu compte que la molécule que l’on voulait utiliser dans notre technologie avait des propriétés antivirales, explique Philippe Lavalle. Nos revêtements vont se coller sur les protéines de surface du virus et les détruire. »

Un « masque » à se pulvériser

Spartha Medical, qui travaillait déjà sur l’idée d’un spray antibactérien, pourrait donc, à terme, mettre au point un spray qui soit également antiviral. « Il pourra probablement être utilisé sur les dispositifs médicaux, envisage le chercheur strasbourgeois. Nous réfléchissons à une inhalation par voie orale ou nasale, pourquoi pas pour le grand public ? Au lieu de mettre un masque, il s’agit de protéger les muqueuses, qui sont souvent la porte d’entrée du virus. »

La molécule du spray pourrait ainsi « piéger » le virus lorsqu’elle arrive au contact d’une personne qui se serait pulvérisé du produit. Attention, ce n’est pas pour tout de suite. « Dès que l’on touche au corps humain, les réglementations sont très lourdes, rappelle Philippe Lavalle. Il faut compter plusieurs mois, voire plusieurs années de tests et de phase réglementaire, même si avec le Covid certains processus sont accélérés. »

Se préparer aux prochains virus

Selon le chercheur, il faudra compter au moins dix-huit mois pour prouver l’efficacité du produit, avant une éventuelle mise sur le marché d’un spray utilisable sur les objets. D’ici là, il est permis d’espérer que l’épidémie de coronavirus ait perdu du terrain, voire soit de l’histoire ancienne. Mais le spray resterait utile, pour les autres virus.

« Il est vraiment générique, puisqu’il joue sur une action physique entre notre molécule et la protéine des virus, quels qu’ils soient, souligne Philippe Lavalle. Il y aura éventuellement des petites adaptations à faire, mais on pourra s’appuyer sur des bases de données et l’intelligence artificielle pour prévoir quelle est la bonne molécule pour agir contre tel ou tel virus, sans faire des mois d’expériences. » Et, peut-être, prévenir de prochaines épidémies.

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