Coronavirus à Strasbourg : Les étudiants kinés demandent la reconnaissance de leur mobilisation

SANTÉ Dans une lettre ouverte publiée sur les réseaux sociaux, des futurs kinés demandent une meilleure prise en compte de leur engagement contre le Covid-19

Charles Montmasson

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Un service de réanimation (photo d'illustration).
Un service de réanimation (photo d'illustration). — Lionel GUERICOLAS/MPP/SIPA
  • De nombreux étudiants kinés ont répondu à l'appel des structures de santé pour les aider à faire face à l'afflux de patients atteints du coronavirus.
  • A l'hôpital ou en Ehpad, la kinésithérapie a été particulièrement sollicitée pour soigner les patients atteints de Covid-19.
  • A la différence des étudiants infirmiers ou aides-soignants, aucune aide exceptionnelle n'a pour l'instant été annoncée en reconnaissance de leur travail.

Ne leur parlez pas des aides exceptionnelles accordées aux étudiants de santé, car eux ne sont pas concernés. Mobilisés depuis un mois contre le Covid-19, des étudiants kinés de Strasbourg déplorent un manque de reconnaissance de leur engagement contre la maladie dans les établissements sanitaires de la région Grand-Est.

« Personne ne regrette sa participation, nous sommes fiers d’avoir contribué à l’effort collectif. Mais on a travaillé un mois, avec tous les risques que cela comporte pour nos familles et nous, à 35 heures par semaine pour moins de 100 euros », témoigne auprès de 20 Minutes une étudiante en 3e année. Avec plusieurs camarades de promotion, elle dénonce, dans une lettre ouverte publiée sur Twitter, que leur engagement soit considéré comme un « stage ordinaire ».

Les hôpitaux avaient besoin de renfort

« On était censés être en période de stage, mais il y a eu le coronavirus et le confinement, raconte-t-elle. Tous les stages ont été annulés, car les cabinets libéraux étaient fermés et les hôpitaux accueillaient beaucoup de patients. Après une semaine, les structures qui avaient besoin de renfort ont contacté notre institut de formation pour demander des personnes, selon les besoins. J’étais disponible et je voulais aider, j’ai répondu au mail. »

Dès le lendemain, la jeune femme arrivait dans un hôpital alsacien, avec une dizaine d’autres étudiants de sa promo. « Nous avions des listes de patients, comme les kinés diplômés, on s’occupait des patients tout autant qu’eux. »

Des kinés dans les services de réanimation

Quel est le rôle des kinés dans le traitement des patients Covid ? « En réanimation, les patients sont alités et intubés, ils ne peuvent pas bouger d’eux-mêmes. Il faut éviter le raidissement des membres, et les escarres qui peuvent dégénérer en nécrose. Quand ils regagnent de la force, les patients doivent ensuite réapprendre à marcher, à se rasseoir, à manger, nous les soutenons pour réhabiliter les muscles. Il y a un risque de ne jamais redevenir autonome. Du point de vue respiratoire, il faut aider les patients à sortir les sécrétions des poumons, à regagner leur volume pulmonaire. »

En contact prolongé avec les malades, les étudiants devaient, comme les autres soignants, porter « la tenue de l’hôpital plus une surblouse, une charlotte, des lunettes, un masque FFP2 », et changer leur tablier et leurs gants entre chaque patient, décrit la future kiné. « Quand on travaille sur la respiration, on fait tousser et cracher les patients. Même si on est protégé, il y a toujours une petite peur. »

Une aide pour les étudiants infirmiers et aides-soignants

Pour cette étudiante, sa mission n’avait rien à voir avec un stage, le statut sous lequel elle a pourtant exercé pendant un mois à l’hôpital. « C’était beaucoup, beaucoup de travail », confie-t-elle. « Les gens de la structure étaient très sympas, ils nous ont sincèrement remerciés », tient à rappeler la Strasbourgeoise. Parmi ses camarades de promo, certains ont travaillé dans des Ehpad, pour des durées variables, et d’autres n’ont pas été mobilisés.

Fin mars, le ministère du Travail annonçait une aide mensuelle de 1.400 euros pour les élèves infirmiers et de 1.000 euros pour les élèves aides-soignants mobilisés dans le Grand-Est, avec la participation de la région. « 6.600 élèves infirmiers et 1.600 élèves aides-soignants en formation au sein de notre région sont d’ores et déjà mobilisés sur tout le territoire pour aider les professionnels de santé », précisait le conseil régional.

« Les primes doivent être régionales »

Pourquoi pas d’aide pour les étudiants kinés ? « Notre filière n’est pas celle à laquelle on pense en premier », déplore Hadrien Thomas, le président de la Fédération nationale des étudiants en kinésithérapie, qui soutient la lettre ouverte des étudiants strasbourgeois. « Tous les étudiants de santé sont mobilisés, il faut des valorisations identiques, demande-t-il. Quand vous vous retrouvez à faire des heures de nuit ou à travailler le week-end et qu’on vous dit que c’est un stage, que c’est payé 30 euros par semaine, ça coince un petit peu. »

Hadrien Thomas explique que « les étudiants en kiné n’ont pas le statut d’agents publics hospitaliers, contrairement aux étudiants en médecine ». « Nous suivons une formation sanitaire et sociale qui dépend des régions, les primes doivent donc être régionales », ajoute-t-il. Résultat : à la différence de ceux du Grand-Est, les étudiants kinés et ambulanciers de Bourgogne-Franche-Comté toucheront 1.200 euros par mois travaillé, comme les étudiants infirmiers et aides-soignants, rapporte France 3.

« Les discussions sont en cours »

D’une région française à l’autre, le montant de l’aide et les catégories d’étudiants valorisés changent donc. Les étudiants sages-femmes demandent ainsi à pouvoir également toucher les primes exceptionnelles liées à la mobilisation contre le coronavirus.

En ce qui concerne les étudiants en kiné, « à cette heure, rien n’est arrêté, les discussions sont en cours », a indiqué à 20 Minutes, ce jeudi, le conseil régional du Grand-Est.