Coronavirus : En prison, le taux d’occupation tombe en dessous de 100 %

SURPOPULATION Pour Nicole Belloubet, cette diminution s’explique en partie par la baisse de la délinquance liée au confinement

20 Minutes avec AFP

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Un surveillant dans la prison de Saint-Etienne-La Talaudière (image d'illustration).
Un surveillant dans la prison de Saint-Etienne-La Talaudière (image d'illustration). — KONRAD K./SIPA

C’est une première en France. Avec la crise du coronavirus, la population dans les prisons françaises a chuté au-dessous de 100 %, selon la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Cela représente 11.500 détenus en moins derrière les barreaux depuis le 16 mars, mais cela ne signifie pas que la surpopulation carcérale a disparu, prévient l’Observatoire international des prisons (OIP).

« Nous comptons 61.100 détenus, à la date du 23 avril, pour 61.109 places. La population détenue a ainsi diminué de 11.500 personnes depuis le 16 mars », a annoncé au Monde la garde des Sceaux, évoquant « une situation sans précédent ». « Le taux d’occupation moyen des prisons est désormais inférieur à 100 % des capacités », a-t-elle poursuivi. Les établissements pénitentiaires étaient confrontés depuis des années à une surpopulation chronique, ce qui a valu à la France d’être condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) en janvier.

Quatre réincarcérations

Pour Nicole Belloubet, « cette diminution s’explique majoritairement par la réduction de l’activité pénale liée à la baisse de la délinquance dans le contexte du confinement ». De plus, 5.300 détenus qui étaient « à quelques semaines de la fin de leur peine » ont été libérés.

Cette mesure de libération anticipée, prise afin d’éviter une crise sanitaire et sécuritaire en détention, a soulevé de vives critiques. Mais selon la ministre, « nous ne comptons que quatre réincarcérations de personnes qui n’ont pas respecté l’assignation à domicile dont ils avaient fait l’objet pour exécuter la fin de leur peine ». Dans cette interview, Nicole Belloubet redit qu’elle n’est « pas favorable » à une loi d’amnistie. Concernant l’encellulement individuel, qui est inscrit dans la loi depuis 1875, elle estime que « cet objectif doit être tempéré ».

Inquiétude pour l’avenir

Sur ce sujet, Cécile Marcel, directrice de la section française de l’OIP regrette auprès de l’AFP « le manque de volonté politique » alors que « ce qui paraissait inatteignable est devenu en peu de temps réalisable ».

Concernant le taux d’occupation carcérale, Cécile Marcel « salue une situation inédite » mais s’inquiète d’une « remontée en flèches des incarcérations » quand les juridictions reprendront le travail. « Nous aurions alors raté une opportunité inédite », met-elle en garde.

Elle souligne aussi « une inégalité » entre les établissements sur les taux d’occupation. Dans des maisons d’arrêt, où sont incarcérés les prisonniers en détention provisoire et les courtes peines, « on voit encore des détenus à trois par cellule ». L’OIP cite le cas de plusieurs maisons d’arrêt en Ile-de-France, dont Villepinte où le taux d’occupation est de 143 % ou Meaux (157 %) le 27 avril. Selon la chancellerie, le taux d’occupation en maison d’arrêt était au 23 avril de 113 % en moyenne contre 140 % au 16 mars.