Coronavirus à Toulouse : Comment l’épidémie de Covid-19 a révolutionné la télémédecine

CORONAVIRUS Embryonnaire avant l’épidémie de coronavirus, la télémédecine s’est développée à grande vitesse, notamment au CHU de Toulouse, pour éviter entre autres le déplacement de personnes fragiles à l’hôpital

Nicolas Stival

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La téléconsultation se développe, notamment en gériatrie. Illustration.
La téléconsultation se développe, notamment en gériatrie. Illustration. — Bastien Louvet / Sipa
  • Télésuivi, téléconsultation... Marginale il y a encore quelques mois, la télémédecine a explosé avec le développement de l'épidémie de coronavirus.
  • Au CHU de Toulouse, cette pratique concerne notamment les services de neurologie et de gériatrie.

Le constat, éloquent, est dressé par Marc Penaud, le directeur général du CHU de Toulouse : « Avant l’épidémie de Covid-19, nous ne faisions quasiment pas de téléconsultations. Nous sommes passés à 4.000 par semaine et ça va rester. Quand on peut éviter de faire se déplacer un patient, c’est toujours mieux. »

C’est le cas des 700 personnes atteintes de myopathies et de sclérose latérale amyotrophique (SLA, ou maladie de Charcot) pour lesquelles l’équipe du docteur Pascal Cintas a instauré un télésuivi unique en France depuis la fin du mois de mars. « Ce sont des patients très fragiles, avec notamment des difficultés respiratoires ou nutritionnelles, explique le neurologue, coordonnateur au centre de références maladies rares. Ce dispositif est très important dans le contexte actuel pour leur éviter de se rendre à l’hôpital. »

Toutes les semaines, les malades, issus de l’ancienne région Midi-Pyrénées, reçoivent un SMS avec trois questions, sur l’éventuelle difficulté de leur prise en charge à domicile (par des kinés, des infirmiers ou infirmières…), sur un possible besoin de soutien psychologique et sur les signes de contamination au Covid-19 qu’eux ou leur entourage pourraient présenter. Si une réponse positive parvient au CHU de Toulouse, une téléconsultation peut être déclenchée.

Un outil précieux en gériatrie

Une fois l’épidémie terminée, « on peut imaginer passer à un rythme mensuel de télésuivi, entre deux visites pour des patients que l’on voit tous les six mois ou tous les ans, selon les pathologies », avance Pascal Cintas.

C’est à peu près le même processus qui est adopté en gériatrie. D’autant que les personnes âgées sont particulièrement vulnérables au coronavirus, et que le confinement, et donc la sédentarité, peut occasionner des dommages dans une population fragile dont d’autres pathologies (maladies cardiaques, diabète…) sont souvent moins suivies pendant la crise.

« Avec cette période de Covid-19, le déploiement de la médecine numérique, de la télésanté, qui vient en complément de ce qu’on faisait déjà, n’a fait que s’accélérer, confirme le professeur Maria Soto. Cela va changer les pratiques des professionnels de santé. »

La médecin est responsable de l’équipe régionale de vieillissement et de prévention du gérontopole, missionnée avec l’ARS Occitanie pour « implémenter » l’application ICOPE. Cette appli pour smartphone a été lancée par l’OMS l’an dernier.

Des questions dans six domaines, pendant sept à dix minutes

« Elle permet d’assurer le suivi des capacités intrinsèques de la personne », développe la spécialiste. Tous les quatre à six mois, des questions sont posées pendant sept à dix minutes, pour évaluer les capacités motrices, cognitives, psychologiques, auditives, visuelles et la nutrition des patientes et patients.

La personne âgée va se voir par exemple communiquer trois mots, qu’elle devra répéter quelques minutes plus tard. Elle devra aussi se lever toute seule d’une chaise, avec les bras en croix sur la poitrine, cinq fois en moins de 14 secondes. En cas de soucis révélés par les réponses, les équipes du CHU peuvent déclencher une téléconsultation.

« Près de 200 infirmières libérales d’Occitanie et 100 pharmaciens ont déjà été formés à ICOPE », détaille le Pr Soto. Mais tous les professionnels de santé sont concernés, qui peuvent ensuite former à leur tour la personne âgée ou un aidant, avec la participation du médecin traitant. L’appli ICOPE, qui doit se développer dans la région dès la semaine prochaine, peut aussi se décliner sous forme d’un « robot conversationnel », Botfrail, qui pose les questions à l’oral via Internet.

Ces outils appelés à se développer posent toutefois plusieurs questions, comme la réticence de certaines personnes à utiliser le numérique. « On voit des patients âgés et handicapés qui s’y mettent très facilement, assure le neurologue Pascal Cintas. Quant à la fracture numérique, on la sent de moins en moins. Avec le confinement, beaucoup de personnes se sont équipées. Et certaines qui vivent avec leurs enfants sont aidées par eux. »

Et quid d’une possible déshumanisation de la médecine ? « Il y aura toujours des consultations physiques, qui seront nécessaires », inque le Pr Soto. Comme au moment de diagnostiquer précisément une pathologie, ou d’annoncer la maladie dont souffre le patient. Et puis, la communication numérique n’est pas qu’une affaire de zéro et de un, poursuit le Dr Cintas. « Quand ils reçoivent leur SMS, il y a des patients qui ne cochent aucune case mais qui nous répondent pour nous dire que ça va bien, qu’ils sont contents et rassurés de se sentir suivis. »