Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : « Aucun foyer ne s’est formé », les Parisiens n’ont finalement pas ramené le virus

SANTE La région reste préservée face à l'épidémie malgré l’arrivée en nombre de citadins au début du confinement

Clément Carpentier

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Les rues vides d'Arcachon en temps de confinement.
Les rues vides d'Arcachon en temps de confinement. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • L’arrivée en nombre de citadins sur la côte atlantique au début du confinement pouvait faire craindre des conséquences sanitaires.
  • Finalement, l’exil a été moins important que redouté et aucun cluster ne s’est développé.
  • Après des premiers jours compliqués, le confinement est pour l’instant respecté grâce à des règles strictes et une prise de conscience collective du danger.

Ce mardi 28 avril, ce n’est vraiment pas un temps à enfiler son short et son petit polo pour aller se balader dans les petites rues piétonnes d’Arcachon ou sur le bord de mer. A part quelques clients à la boulangerie dans le centre-ville, il n’y a pas un chat. Les trombes d’eau y sont sûrement pour quelque chose.

Mais il y a quelques semaines, le tableau était bien différent sur le littoral girondin. Et notamment ce week-end « pré-confinement » des 14 et 15 mars où les locaux comme Bernard ont observé « une arrivée massive de citadins » débarquant à la hâte dans leurs maisons de famille ou leurs résidences secondaires. Certains sont même allés jusqu’à louer à la va-vite des biens pour échapper à leur appartement.

Immédiatement, les Parisiens se sont retrouvés dans le viseur avec cette question : Vont-ils ramener le virus avec eux alors que l’Ile-de-France était déjà fortement touchée par l’épidémie de Covid-19 ? Selon certaines études près d’un million de Franciliens sont partis de leur région dans les premiers jours du confinement. Et Philippe de Gonneville, le maire de Lège-Cap Ferret, le reconnaît encore aujourd’hui, « les premiers jours ont été très compliqués à gérer avec des petits nouveaux qui se croyaient en vacances ». « La tension a été forte, raconte une pharmacienne arcachonnaise, ils me demandaient de la crème solaire et des masques que je n’en avais bien sûr pas. Certains étaient même agressifs ».

Un exode urbain moins massif qu’annoncé

Si sur le moment beaucoup ont pris peur de possibles conséquences sanitaires à l’image d’un tag anti-parisiens aperçus dans le coin, au final les zones préservées le sont restées jusqu’à aujourd’hui à l’image de la Nouvelle-Aquitaine ou des Pays-de-la-Loire. « Aucun foyer ne s’est formé ces dernières semaines dans nos communes », explique Philippe de Gonneville. Et la région reste l’une des moins touchées voire la moins touchée de l’Hexagone. Alors pourquoi ?

Tout d’abord, l’exode urbain a été moins important que ce que l’on a pu le faire croire. Même si au Cap Ferret la population est passée de 9.000 à 12.000 habitants dixit l’édile, la population n’a pas augmenté de plus de 1 % en Gironde selon l’Insee. « Le délai a été hypercourt pour faire ses bagages entre les premières rumeurs de confinement et son application, cela a limité les déplacements », pense Martine, installée à Arcachon depuis 20 ans.

Pour les autorités sanitaires comme l’ARS, la limitation de la propagation du virus (les premières projections réalisées par l’Institut Pasteur montrent que le pourcentage de personnes potentiellement infectées serait au 11 mai 2020 de 1,4 % dans la région contre 5,7 % pour la moyenne nationale) aurait deux explications : le confinement est intervenu de manière rapprochée après le début de l’épidémie dans la région et il n’y a pas eu à déplorer la présence de « clusters » (sauf un en Lot-et-Garonne, mais qui a été maîtrisé rapidement).

Des règles plus strictes et une prise de conscience collective

L’évolution de l’épidémie au niveau national a aussi fait son effet. Pour un élu du Bassin d’Arcachon, « les chiffres de la mortalité ont le même effet sur tout le monde et chacun a très rapidement compris qu’il fallait respecter le confinement à la lettre, peu importe si la plage est à cinq minutes ou non ». Les plus récalcitrants y ont été très rapidement poussés par ses collègues maires avec de nombreux arrêtés. Ces derniers n’hésitant pas également à demander des renforts de gendarmerie et de police.

Par exemple, ce mercredi en fin de matinée, tous les automobilistes étaient contrôlés au niveau de La Teste-de-Buch. Paul habite au plus près de l’eau dans le quartier des 44 hectares du Cap Ferret, il confirme que « les forces de l’ordre sont extrêmement présentes et sanctionnent ! Ils sont même à moto dans le sable pour verbaliser ceux qui ne respectent pas le confinement », ajoute le jeune homme.

Entre un exode urbain moins massif qu’annoncé, des règles encore plus strictes et une prise de conscience collective, le virus n’a pas gagné de terrain dans les zones préservées par l’épidémie pour le plus grand bonheur des locaux. Mais attention, les élus du cru guettent le moindre signe de relâchement et s’inquiètent à l’image de Philippe de Gonneville de la « frustration de certains qui pourraient ressortir au moment du déconfinement et de la possible réouverture des plages après le 11 mai ». Au moins sur ce point, il peut être rassuré, elles resteront fermées au moins jusqu’au 2 juin selon les annonces du Premier ministre, ce mardi.