Déconfinement : Ecoles, collèges, lycées… Pourquoi le gouvernement a-t-il décidé de les ouvrir à des dates si différentes ?

EDUCATION Edouard Philippe a annoncé mardi un redémarrage des établissements scolaires plus étalé que prévu

Delphine Bancaud

— 

Une école à Chatou le 27 avril 2020.
Une école à Chatou le 27 avril 2020. — Ludovic MARIN / AFP
  • Alors que le 21 avril, Jean-Michel Blanquer évoquait l’hypothèse d’un retour en classe étalé sur trois semaines selon les niveaux scolaires, Edouard Philippe a annoncé un come-back encore plus progressif et très dépendant de la situation sanitaire locale.
  • Des décisions motivées par des motifs économiques, par un certain pragmatisme, par la volonté de ne pas braquer les enseignants et les parents d’élèves…

La date de la reprise de l’école ne sera vraiment pas la même pour tout le monde. Edouard Philippe a insisté sur ce point lors de la présentation de son plan de déconfinement , mardi, pour faire redémarrer le pays par étapes à partir du 11 mai. Alors que le 21 avril, Jean-Michel Blanquer évoquait l’hypothèse d' un retour à l'école étalé sur trois semaines selon les niveaux scolaires, l’exécutif a rebattu les cartes et propose un come-back scolaire encore plus progressif et très dépendant de la situation sanitaire locale. 20 Minutes vous explique le dessous des décisions qui ont été prises.

Pourquoi le gouvernement ouvre-t-il les écoles maternelles et primaires en premier ?

Le gouvernement « propose une réouverture très progressive des maternelles et de l’école élémentaire à compter du 11 mai, partout sur le territoire, et sur la base du volontariat », a annoncé le Premier ministre mardi à l’Assemblée nationale. Une décision qui n’est pas étonnante selon Rodrigo Arenas, co-président de la FCPE : « On fait une analyse économique. Car le fait de faire repartir les petits en premier à l’école permet aux parents d’aller travailler », explique-t-il. D’autant que plusieurs études ont démontré ces dernières semaines que les petits enfants étaient de faibles vecteurs de transmission du Covid-19. Mais Edouard Philippe a aussi justifié « la réouverture des écoles » par la nécessité de vouloir « garantir la réussite éducative des élèves, notamment les plus vulnérables d’entre eux, dont la scolarité souffre terriblement du confinement ».

Il a également précisé vouloir « laisser le maximum de souplesse au terrain en la matière », jugeant que « les directeurs d’école, les parents d’élèves, les collectivités locales trouveront ensemble, avec pragmatisme, les meilleures solutions ». Une manière de redonner la main aux acteurs locaux pour s’adapter aux réalités géographiques et à la situation sanitaire sur place. D’autant que certains maires avaient déjà affirmé cette semaine qu’ils s’opposeraient à l’ouverture des écoles. Invité sur TF1 ce mardi, Jean-Michel Blanquer a insisté aussi sur cette « souplesse locale ». « On peut imaginer que les élèves d’un niveau viendront une semaine et ceux d’un autre, la semaine d’après », a-t-il déclaré, avant d'assurer que chaque famille serait informée entre le 4 et le 7 mai de ce qui se passe pour son enfant. Le gouvernement laisse aussi aux parents le choix de remettre leurs enfants en classe ou pas, car rendre obligatoire la présence des élèves les aurait braqués. « Le volontariat des familles est une annonce démagogique pour flatter l’opinion publique qui renvoie la responsabilité aux parents », estime le Snuipp dans un communiqué.

Pourquoi tous les collèges n’ouvriront-ils pas en même temps ?

« Dans un deuxième temps, à compter du 18 mai, mais seulement dans les départements où la circulation du virus est très faible, nous pourrons envisager d’ouvrir les collèges, en commençant par la 6e et la 5e », a ajouté le locataire de Matignon. Selon Sud Education, si la réouverture des établissements du secondaire est désormais soumise à plusieurs préalables, c’est que l’exécutif a entendu les réticences du terrain : « Le gouvernement a reculé pour les collèges et les lycées : c’est à mettre au crédit de la mobilisation des parents et des personnels avec leurs organisations syndicales », affirme le syndicat dans un communiqué.

Pour Pascal Bolloré, secrétaire général adjoint du SNPDEN (syndicat des chefs d’établissements), « c’est surtout l’avis du Conseil scientifique qui a fait basculer le gouvernement, car ses préconisations ont montré qu’un calendrier précis était inopérant. Prendre en compte la situation sanitaire de chaque territoire pour décider les réouvertures est plus raisonnable et réaliste. Démarrer avec les 6e et 5e est assez logique, car ce sont les collégiens qui sont les plus fragiles face à l’enseignement à distance. Et après avoir évalué les conditions de reprises de ces élèves, on pourra étendre l’accès des collèges à d’autres niveaux », estime-t-il. Interrogé sur TF1 sur la rentrée des élèves de 4e et 3e, Jean-Michel Blanquer a indiqué qu'un point serait fait à la fin du mois de mai pour déterminer quand ils pourront revenir en classe.

Comment expliquer le report de la réouverture des lycées ?

Le 21 avril, Jean-Michel Blanquer avait évoqué l’hypothèse d’une réouverture des lycées le 25 mai. Mais la donne a changé. « Nous déciderons fin mai si nous pouvons rouvrir les lycées, en commençant par les lycées professionnels, début juin », a déclaré le chef du gouvernement. Une décision fondée sur le pragmatisme, selon Carla Dugault, coprésidente de la FCPE : « Le Premier ministre considère sans doute que les établissements ne sont pas prêts à accueillir les lycéens et que ces derniers sont autonomes dans leur travail et peuvent poursuivre l’enseignement à distance ».

D’autant que le bénéfice d’une réouverture précoce des lycées n’aurait pas été probant, selon Pascal Bolloré : « Le nombre de cours que les lycéens suivraient en présentiel chaque semaine serait dérisoire, et ce retour au lycée casserait la dynamique de l’enseignement à distance qui s’est instaurée », estime-t-il, laissant planer l’hypothèse que certains lycées ne rouvrent pas avant septembre. Interrogée sur cette éventualité, Jean-Michel Blanquer a indiqué qu’il serait « possible que pour eux la rentrée soit en septembre », tout en précisant « ce n’est pas du tout ce que je souhaite » ?

Pourquoi les règles sanitaires ne seront-elles pas les mêmes en fonction des établissements ?

S’agissant des « conditions sanitaires strictes » décidées, Edouard Philippe a annoncé que le port de masques serait « obligatoire pour les collégiens » et qu’ils seraient fournis à ceux « qui n’auraient pas réussi à s’en procurer ». Mais que « tous les enseignants et encadrants des établissements scolaires recevront des masques qu’ils devront porter quand ils ne pourront respecter les règles de distanciation ».

En revanche, le port du masque « est prohibé en maternelle » et « pas recommandé, compte tenu des risques de mauvais usage, à l’école élémentaire », a déclaré le Premier ministre. Une décision qui suit les recommandations du Conseil scientifique, lequel a indiqué que le port du masque était « impossible » en maternelle.