Coronavirus : A quoi pourraient ressembler les vacances au camping en mode « gestes barrières » cet été ?

TOURISME Les professionnels du tourisme tentent de s'organiser, tout en espérant une réouverture rapide de leurs campings

Julie Urbach

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Illustration des vacances en camping
Illustration des vacances en camping — FRANK PERRY / AFP
  • La date de réouverture des campings, à l'instar des bars et des restaurants, devrait être connue à la fin du mois de mai.
  • Hygiène, réorganisation... Les gérants se préparent à vivre une saison particulière.

Après être resté enfermé chez soi pendant deux mois, l’envie de changer d’air et de partir en vacances commence à se manifester. Et alors que le gouvernement a demandé aux Français de rester dans l’Hexagone cet été, les campings espèrent pouvoir profiter de la situation. Sauf que leurs gérants, qui n’ont pas pu ouvrir leurs portes depuis le début du confinement, ne savent pas encore à quoi s’attendre, même après l'allocution d’Edouard Philippe ce mardi. « On est prêts à faire face mais il faut avant tout fixer une date de réouverture, demande François Arnould, le responsable de Cybèle vacances, propriétaire quatre campings en France. Et ça ne pourra pas se faire du jour au lendemain, au vu de toutes les choses qu’il faudra mettre en place. »

D’après la Fédération nationale de l’hôtellerie en plein air, la situation des campings, à l’instar de celle des bars et des restaurants, ne devrait pas être tranchée avant la fin mai. Son président, Nicolas Dayot, espère une réouverture début juin et ce de façon progressive, tout en surveillant l’évolution de l’épidémie de coronavirus : « Pendant quinze jours, on pourrait garder la restauration fermée par exemple, indique-t-il. On espère arriver à un fonctionnement plus normal en juillet. Les campings ont l’avantage d’être en plein air et d’avoir l’habitude des contraintes sanitaires. »

Masques pour les salariés, bungalows désinfectés

En attendant de les connaître dans le détail, et alors qu’ils déplorent déjà un manque à gagner, certains professionnels du tourisme prennent les devants. « Tout le site sera équipé en distributeurs de gel hydroalcoolique, rapporte Véronique, la gérante du camping des Domaines de l’Orée, un quatre-étoiles situé aux Sables-d’Olonne (Vendée). J’ai aussi acheté des masques en tissu pour mes salariés, qui sont environ 40. Les femmes de ménage auront des masques jetables, ce sera plus confortable surtout s’il fait chaud. »

Niveau hygiène, justement, ces bombes désinfectantes qui agissent en quelques heures seulement suscitent l’intérêt. « Pour l’instant, on a nettoyé tous les bungalows à l’eau de javel diluée, du sol au plafond, indique-t-on au camping familial Villa Campista, à Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée). Toute la literie est passée en machine. En espérant qu’on nous donne les consignes sanitaires le plus vite possible, pour ne pas investir dans des choses qui pourraient finalement être inutiles. »

Si une attention accrue autour de l’hygiène sera demandée, il faudra aussi revoir l’organisation des lieux. Marquages au sol pour la file d’attente au snack, accueil des clients directement sur le parking, les espaces aquatiques, très prisés, devront eux aussi se réinventer en mode « distanciation sociale ». L’option de restreindre le nombre de baigneurs, avec un système de rotation, semble sur la table chez nombreux professionnels. « En elle-même, la piscine ouverte ne présente pas trop de risques car le virus n’aime pas le chlore, estime-t-on au camping Villa Campista. Le problème va être la gestion des transats… On ne va pas pouvoir jouer les gendarmes et passer derrière chaque client pour désinfecter ! »

Illustration de vacances au camping
Illustration de vacances au camping - Franck Perry/ AFP

Aborder les vacances « de façon différente »

Autant de contraintes qui risqueraient, en plus, de mettre à mal la convivialité. « Il faudra que les clients acceptent d’aborder les vacances de façon différente, même si on essaiera de conserver une ambiance sympa, reconnaît François Arnould. Nos équipes planchent déjà sur les animations : à la place des quiz serrés à la terrasse du bar, on pourra les organiser dans les allées, par exemple. C’est sûr que ce ne sera pas la même chose que de faire une soirée mousse… »

Les enfants devront eux aussi se faire une raison, car le fonctionnement des clubs, quand ils existent, risque d’être chamboulé. « Pour les jeux extérieurs, ça ira, mais pour le reste, ça va être compliqué de réduire la jauge, s’inquiète-t-on aux Domaines de l’Orée. J’ai déjà six animateurs pour accueillir les enfants : si on doit en embaucher davantage pour faire de plus petits groupes, mais qu’on a au final moins de clients, la question de la rentabilité de mon affaire va encore davantage se poser. »

Selon la Fédération nationale de l'hôtellerie en plein air, qui a soumis au gouvernement son « Plan camping », il y a donc urgence de clarifier la situation alors que 85 % du chiffre d’affaires s’effectue en juillet et en août. « Avec notre clientèle de proximité, on a encore une chance de s’en sortir, espère Nicolas Dayot. Les Français auront besoin d’un bon bol d’air après ce confinement. Mais pour que les réservations reprennent, il faut qu’ils puissent eux aussi se projeter. »