Coronavirus : « Ce soir, mon stock de masques sera parti… » La ruée vers les pharmacies a débuté

REPORTAGE Alors que les pharmacies ont le droit de vendre des masques en tissu depuis la publication d’un arrêté ce dimanche, « 20 Minutes » a fait le tour des officines dans le 18e arrondissement de Paris

Vincent Vantighem

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Paris, le 27 avril 2020. Les pharmacies qui ont de nouveau le droit de vendre des masques sont prises d'assaut.
Paris, le 27 avril 2020. Les pharmacies qui ont de nouveau le droit de vendre des masques sont prises d'assaut. — V. VANTIGHEM
  • Avec 242 nouveaux décès enregistrés ces dernières 24 heures dans les hôpitaux et les Ehpad, l’épidémie de coronavirus a fait 22.856 morts en France.
  • Depuis la publication d’un arrêté au Journal officiel ce dimanche, les pharmacies ont le droit de vendre des masques « non sanitaires » aux particuliers.
  • Les boutiques de tissu ont, pour leur part, eu le droit de rouvrir depuis samedi. Les clients se sont rués à l’intérieur pour trouver de quoi se confectionner des masques.

Elle a demandé le prix par acquit de conscience, mais son choix était déjà fait. « Rhôôô ! 6,50 euros ? Je vais en prendre deux alors, annonce la vieille dame. Je vais en donner un à une amie. Ça va lui faire plaisir… » Derrière son comptoir, Riaz Adamjee se marre. Depuis l’ouverture de son officine, ce lundi à 10 h, ce pharmacien installé dans le 18e arrondissement de Paris n’a vendu que des masques. « Ah non, corrige-t-il. Il y a quand même un client qui est venu pour des médicaments… »

Sur les plexiglas qui le protègent, le quadragénaire a scotché le petit prospectus des Broderies des Hauts-de-France, auprès desquelles il s’est fourni. Car il sait bien que sa journée va être consacrée aux masques. Un arrêté, publié dimanche au Journal Officiel, permet aux pharmaciens de vendre ces précieux bouts de tissus censés protéger du mal, six semaines après le début du confinement. « Je me doutais que le gouvernement allait finir par nous donner l’autorisation, résume-t-il. Donc, j’en avais commandé en avance. Mais au rythme où ça va, d’ici ce soir, tout sera parti… J’en ai donné un peu à un collègue, mais je regrette… »

Car le gouvernement a tergiversé sur cette question des masques. Olivier Véran, le ministre de la Santé, a promis que tous les Français seront équipés à partir du 4 mai. Mais certains ont du mal à le croire.

A 60° dans une casserole

Du coup, les premiers clients ne regardent pas à la dépense. « Ils en prennent cinq ou dix d’un coup », assure Ahmed Hamdani, installé rue de Clignancourt. Et pas besoin de placarder à l’extérieur de l’officine que la vente de masques a repris pour que les clients affluent. « Dès hier, j’ai reçu des coups de téléphone. On me demandait d’en mettre de côté, poursuit le pharmacien. J’avais un stock de 1.000 masques. Mais dès ce matin, j’en ai commandé 2.000 de plus. » En noir. Ou blanc. Avec le petit drapeau « bleu, blanc, rouge » pour informer sur la provenance.

Sur la devanture de la pharmacie de Riaz Adamjee.
Sur la devanture de la pharmacie de Riaz Adamjee. - V. VANTIGHEM

Dans les files d’attente, on s’échange les bons conseils. Homologué par la direction générale de l’armement, le masque vendu par Riaz Adamjee peut être lavé et réutilisé trente fois. « Il faut le passer à 60° degrés ? », demande une cliente. « Oui, moi, je le mets dans une casserole d’eau bouillante », répond une autre. « Ben oui, on ne va pas faire des lessives à cette température tous les soirs, non plus », valide la pharmacienne d’un clin d’œil complice. « Sinon, un coup léger de fer à repasser peut faire l’affaire », assure le pharmacien.

Les prix des tissus ont augmenté, selon les clientes

Un peu plus loin, en contrebas du Sacré-Coeur, il y a aussi beaucoup de monde autour de la rue Charles Nodier et du marché Saint-Pierre. Bien connu de tous les couturiers, l’endroit abrite un grand nombre de vendeurs de tissu. Ils ont obtenu le droit de rouvrir leurs portes, ce samedi, pour permettre aux plus doués de se confectionner des « masques maison ».

Aux « Sacrés coupons », Mehmet a attendu ce lundi pour remonter le rideau de fer. « Depuis ce matin, cela n’arrête pas, constate-t-il tout en retirant le masque en tissu qu’il porte. C’est chaud ce truc ! Et puis, je ne sais pas si on m’entend à travers le téléphone… »

Paris, le 27 avril 2020. Les boutiques de tissu sont très prisées des couturiers qui veulent se confectionner leurs propres masques, comme ici la boutique
Paris, le 27 avril 2020. Les boutiques de tissu sont très prisées des couturiers qui veulent se confectionner leurs propres masques, comme ici la boutique - V. VANTIGHEM

Chez Dreyfus, la boutique d’à-côté, les clientes qui font la queue ne se posent pas ce genre de questions. Trois jeunes femmes discutent de la hausse des prix des tissus et des élastiques, et surtout du choix des patrons. « Au final, c’est quand même moins cher qu’en pharmacie », assure la première. « Mais c’est surtout pour le style, admet sa voisine. Il ne faut jamais négliger le style ! On ne sait jamais qui on pourrait rencontrer avec son masque… » A condition d’être bien protégé…