Coronavirus : Des masques grand public vendus beaucoup plus chers en France qu’en Espagne ?

FAKE OFF Un post devenu viral sur les réseaux sociaux s’indigne du tarif des masques chez les buralistes français, qui serait de 5 euros, alors qu'il serait de moins de 1 euro en Espagne

Marie-Laetitia Sibille

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Une famille équipée de masques dans une rue de Pampelune, en Espagne, le 27 avril 2020.
Une famille équipée de masques dans une rue de Pampelune, en Espagne, le 27 avril 2020. — Alvaro Barrientos/AP/SIPA
  • Des internautes affirment que le gouvernement a fixé à 5 euros le prix du masque chez les buralistes, un tarif cinq fois plus élevé qu’en Espagne.
  • Il ne s’agit toutefois pas du même type de masque, puisque ceux dont il s’agit en France sont en tissus et réutilisables plusieurs fois.
  • Le tarif de ces masques n’a pas été encadré par l’Etat français et n’est pas fixe. Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, a toutefois demandé à la DGCCRF de lui faire des propositions en matière d’ici deux jours.

« Une escroquerie », « Une honte », « Un Etat voleur »… Un post publié ce week-end sur Facebook suscite l’indignation de nombreux internautes. En cause ? Le tarif des masques vendus chez les buralistes pour lutter contre le coronavirus, qui aurait été fixé à 5 euros pour le gouvernement… contre 0,96 euro en Espagne.

Des internautes font à leur tour la comparaison avec d’autres pays, taclant largement le gouvernement français au passage : « Je travaille en Allemagne, chacun reçoit gratuitement de l’Etat allemand cinq masques par personne. Macron et sa clique LREM c’est vraiment des pourris », « Et 8 centimes dans tous les supermarchés au Maroc… », « Les radars ne rapportent plus, faut bien trouver des recettes. »

FAKE OFF

« Jusqu’à présent, le prix des masques en Espagne, c’était tout et n’importe quoi », témoigne Marta, Espagnole installée à Paris, jointe par 20 Minutes. « Des magasins vendaient le lot de 50 masques à 170 euros, ma mère m’en avait envoyé une capture d’écran » :

De prix très variables sur ce site espagnol.
De prix très variables sur ce site espagnol. - Capture d'écran

« Maintenant, je pense que le gouvernement espagnol a imposé un prix », poursuit Marta. En effet, après une réunion de la commission interministérielle des prix des médicaments, le ministre espagnol de la Santé, Salvador Illa, a annoncé le mardi 21 avril que le gouvernement avait décidé de fixer le prix de vente au public des masques à 0,96 euro par unité. Mais il s’agit de masques chirurgicaux, indiqués pour les personnes porteuses du virus, et qui peuvent être utilisé durant quatre heures seulement.

Si la publication qui circule sur les réseaux sociaux dit donc vrai pour l’Espagne – mais uniquement pour un type d’équipement non réutilisable –, qu’en est-il du côté français ?

Un prix de cinq euros juste « indicatif »

Du côté des buralistes, certains tablent bien sur des masques vendus à cinq euros l’unité. Mais il s’agit de masques non-sanitaires, dits « grand public », qui correspondent à un masque en tissu portable par tous. « Le prix de 5 euros correspond à celui d’un masque en tissu normé, lavable et réutilisable une vingtaine de fois », expliquait Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes, au Parisien ce jeudi Soit un masque à 25 centimes l’utilisation. Moins cher, donc, que le tarif espagnol. Mais la Confédération a ensuite précisé dans un communiqué que ce prix de 5 euros était seulement « indicatif » et que rien n’était fixé.

Du côté de Bercy, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, a été interrogée ce vendredi par le journal Les Echos, sur l’encadrement du prix des masques « grand public » : « Ce n’est pas d’actualité. A la différence des masques chirurgicaux, pour lequel un masque est similaire à un autre, ceux en textile sont très différenciés. Et pour avoir une idée du prix, il faut rapporter le prix du masque textile réutilisable au nombre de lavages. Un masque à 1,50 euro lavable 30 fois, c’est un masque qui revient à 5 centimes l’usage. Je pense que chaque consommateur sera assez vite en position de choisir ce qui lui convient le mieux. En fonction du rapport qualité-prix, de la durabilité, du confort ou du style. Ce n’est pas la même chose que pour le gel hydroalcoolique, où le produit est homogène, d’où la logique d’encadrement des prix. »

« Nous surveillons de très près pour éviter tout abus »

Un complément a toutefois été donné ce lundi dans un point presse : « J’ai demandé à la DGCCRF [Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes] de me faire des propositions, dans les 48 h, permettant de garantir la qualité et l’accessibilité en termes de prix des masques vendus au grand public, a indiqué Agnès Pannier-Runacher. Je prendrai des décisions sur cette base dans les tout prochains jours. Nous surveillons de très près ce sujet pour éviter tout abus. »

Dans une proposition de résolution qu’elle s’apprête à soumettre à l’Assemblée nationale, la députée LR Marie-Christine Dalloz va également demander au gouvernement d’établir « un dispositif d’encadrement des prix des masques grand public » en vue du déconfinement progressif, relaie le magazine économique Capital. « L’Etat doit impérativement exercer un contrôle sur les prix pour éviter une trop grande disparité, voire les abus qu’on avait observés avec le gel hydroalcoolique, avant le décret d’encadrement du 23 mars. » L’Assemblée nationale a déjà voté le vendredi 17 avril la réduction du taux de TVA de 20 à 5,5 % pour les masques et le gel hydroalcoolique.

« Des masques de tissu aussi fins que du voile vendus par des confrères peu scrupuleux »

Les pharmaciens sont depuis ce lundi eux aussi amenés à vendre ce type de masques. Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, précisait ce dimanche sur l’antenne de la chaîne d’informations BFMTV que certains, « utilisables 50 fois, coûteront peut-être entre 10 et 15 euros ». Ce qui donne un masque à 30 centimes d’euros maximum par utilisation.

« Les masques que j’ai commandés sont à moins de 5 euros, et ils sont réutilisables cinq fois », témoigne une pharmacienne installée à Pantin (Seine-Saint-Denis), jointe par 20 Minutes. « Mais le groupement auquel j’appartiens propose qu’on fasse une commande collective pour faire baisser le prix. De toute façon, c’est très encadré et les certifications prennent du temps. Je ne reçois les miens que le 9 mai. Nous devons respecter la norme Afnor, même si j’ai vu des masques de tissu aussi fins que du voile vendus par des confrères peu scrupuleux… Il faut, quoi qu’il en soit, rappeler que ça ne protège pas à 100 %. Bref, il faut surtout être prudent, car des clients l’enlèvent pour nous parler par exemple… » A bon entendeur.

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