Coronavirus : Le confinement détériore le bien-être de la population mais les femmes semblent mieux le gérer selon une étude nationale

RECHERCHE Ce sont les premiers enseignements d'une étude lancée il y a un mois par une chercheuse lyonnaise

Caroline Girardon

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Une personne regarde par la fenêtre en période de confinement.
Une personne regarde par la fenêtre en période de confinement. — Mathieu Cellard/SIPA
  • Il y a un mois, Lise Bourdeau-Lepage, chercheuse à Lyon, a lancé une étude pour connaître les effets du confinement sur la population.
  • D’après, les premiers résultats bruts, le sentiment de bien-être des sondés s’est dégradé de façon notable.
  • On observe toutefois une vraie différence entre les hommes et les femmes.

Quel est l’impact du confinement sur la population ? Un mois après avoir lancé une étude nationale sur le sujet, la chercheuse lyonnaise Lise Bourdeau-Lepage est en mesure de livrer les premiers enseignements. Des premiers résultats « bruts », recueillis auprès de 8.158 personnes, qui seront ensuite méticuleusement décortiqués ces prochaines semaines pour affiner l’analyse.

« Ce qui ressort globalement de cette enquête est une détérioration assez notable du bien-être des personnes interrogées », dévoile-t-elle. Et d’ajouter : « On voit que le niveau de satisfaction des répondants diminue nettement depuis le début du confinement ». Et encore plus parmi les personnes, qui estimaient avant cette période, que leur niveau de vie était déjà moyennement satisfaisant.

« La restriction des libertés n’est pas non plus sans conséquence »

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cela au regard des réponses enregistrées. Si l’accès aux biens de première nécessité ne semble pas être un élément de stress pour les sondés, la perspective des difficultés économiques ou l’incertitude de savoir si son salaire sera maintenu, l’est davantage. « La restriction des libertés n’est pas non plus sans conséquence. La liberté de mouvement nous rend heureux alors si on ne peut pas le faire, forcément, cela impacte notre moral », poursuit la chercheuse.

Au quotidien, cela peut se traduire par des insomnies plus fréquentes que d’habitude pour près de 40 % des sondés, de la fatigue supplémentaire, de l’irritabilité et un sentiment de tristesse plus marqué que d’ordinaire pour 50 % des répondants. « On constate souvent que les personnes interrogées n’ont pas mis en place une organisation au quotidien. Or, on sait qu’avoir un rythme défini permet de réguler les choses », poursuit Lise Bourdeau-Lepage.

Le manque de relations sociales ne semble pas non plus étranger à cette situation. « L’homme se sent bien quand il est contact, en interaction avec les autres. L’absence de socialisation est sûrement l’un des facteurs pouvant expliquer cette détérioration du bien-être, développe la chercheuse. Et c’est peut-être la raison pour laquelle certains se tournent vers des actions d’entraide. Il faudrait pouvoir analyser cela en profondeur mais il s’agit sûrement d’un moyen de compenser ce manque de relations sociales en dehors du cercle familial ou amical ».

Les femmes gèrent-elles mieux le confinement que les hommes ?

Autre enseignement de cette étude : une vraie différence entre les hommes et les femmes. « Si l’on creuse, on voit que les femmes ressentent davantage de tristesse et de fatigue que les hommes. Pourtant, elles n’estiment pas que leur bien-être s’est détérioré autant que le font les hommes. Leur niveau de satisfaction est bien meilleur », révèle Lise Bourdeau-Lepage.

Que faut-il dès lors en déduire ? « Soit que les hommes ont du mal à dire les choses et sont moins impliqués dans les réponses… Soit que les femmes s’adaptent bien plus facilement à la situation », répond la chercheuse. Et de conclure : « Il faudrait encore analyser davantage les réponses pour trancher ». Mais l’hypothèse que la gent féminine sache mieux gérer les effets du confinement et prendre plus de recul sur la situation n’est pas du tout exclue.