Coronavirus : Quand rentrer et comment ? Les Franciliens partis se confiner au « vert » dans le flou

COME BACK Alors que près d’un million de personnes ont quitté l’Ile-de-France au moment de l’annonce des mesures de confinement, beaucoup s’interrogent sur les modalités de leur retour

C.Po.

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De nombreux Parisiens partis se confiner loin en province s'interroge sur leur retour
De nombreux Parisiens partis se confiner loin en province s'interroge sur leur retour — AFP

Claire en est convaincue. Être partie se confiner avec son mari et leurs deux enfants dans sa maison de famille en Dordogne était la meilleure décision à prendre. « Nous avons très vite été placés en chômage partiel, ce n’était pas des vacances mais ça y ressemblait. » Mais depuis quelques jours, la date du 11 mai – jour annoncé du début de sortie du confinement – est devenue, pour cette Parisienne, une source d’angoisse. Car si la décision de partir a été « évidente », celle de rentrer l’est beaucoup moins. « On change d’avis tous les jours. Entre le stress d’une seconde vague et le flou autour des annonces, surtout sur l’école, on a un peu de mal à se décider. »

Quand rentrer et comment. La question agite de nombreux Franciliens ayant quitté la région parisienne dès l’annonce des mesures de confinement. Selon une analyse statistique réalisée par Orange à partir de données téléphoniques, ils seraient près d’un million dans cette situation. Si pour la majorité, le retour est conditionné à des questions pratiques – notamment la reprise de l’école ou de l’activité professionnelle sur site – ils sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur les modalités de leur trajet. Vendredi, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a mis en garde contre un retour massif de ces « exilés du confinement ». « Ce qu’il faudra éviter ce sont les transports interrégionaux et les échanges de population entre des zones massivement touchées et des zones peu touchées, c’est comme ça qu’on va réactiver la circulation du virus », a-t-il insisté devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le Covid-19.

« Je ne sais pas comment je vais remonter à Paris »

Si le gouvernement doit préciser ce mardi son plan de déconfinement, Héline, cadre commerciale, a déjà reçu un mail de sa direction lui annonçant la fin probable de son chômage partiel à partir du 11 mai. Confinée chez ses parents dans le Gers, la jeune femme a « plutôt hâte » de reprendre mais peine à trouver une solution pour rentrer. « Je suis descendue avec un ami d’enfance mais il est déjà reparti. Il n’y a pas de trains, pas de bus, je ne sais vraiment pas comment quitter ma campagne », sourit cette Parisienne d’adoption.

Vendredi, le ministre des transports, Jean-Baptiste Djebbari, évoquait la possibilité de mettre en service 50 % des TGV dès le 11 mai. A condition que cette projection soit conforme à « la doctrine sanitaire », précisait-il. Et pour l’heure, sur le site de la SNCF, la majorité des trains sont annoncés complet ce qui signifie qu’ils n’ont pas été ouverts aux réservations.

« On avait des billets pour un retour le 10 mai mais on vient d’apprendre que le train a été annulé », raconte Jonathan. Ce père de deux petits garçons de 3 ans et 6 mois, confiné dans la maison de ses parents près de Toulon depuis maintenant un mois et demi confie ne pas être très « pressé » de rentrer. « Notre choix se fera en fonction de l’ouverture de la crèche. Je ne m’imagine pas faire du télétravail enfermé dans une pièce de notre appartement. » A l’aller, le couple avait loué une voiture pour éviter les trains bondés. « On fera peut-être la même chose au retour. C’est sûr que se confiner pendant deux mois pour aller s’entasser dans un train, c’est pas l’idéal. »

Pour Juliette, professeure des écoles en grande section de maternelle, le retour n’est pas une option : selon le plan dévoilé par Jean-Michel Blanquer, ses élèves sont parmi les premiers à faire leur retour en classe. Si elle dispose d’une voiture, elle s’interroge sur la date de son départ du Finistère. « Si je dois être à l’école le lundi 11 au matin pour accueillir mes élèves, ça veut dire que je dois partir dans la nuit, ou je peux avoir une dérogation ? J’ai pas envie de me taper une amende pour aller bosser ! »

Ils sont déjà rentrés

Pour d’autres, cet « exil parisien » s’est achevé avant même la fin officielle du confinement. Alexandre, parti près de Cholet, a regagné son appartement vendredi soir afin d’organiser son déménagement prévu dans quelques semaines. « Il n’y a qu’un train par jour mais il n’y avait personne », assure le trentenaire. S’il avait pris soin de s’équiper d’un masque pour voyager, il ne ressentait pas d’appréhension particulière. « C’est plutôt mes parents qui ont essayé de m’en dissuader, moi je ne suis pas mécontent de rentrer. »

Ce jour-là, Estelle, professeure des écoles et son mari, Vincent, était également sur la route, de retour du Lot. « On était tellement bien, on ne serait pas rentrés si tôt si mon mari ne devait pas reprendre le travail mardi. » Si le trajet s’est passé sans encombre – « on avait préparé nos attestations et notre discours mais on n’a croisé personne » – la jeune femme ne cache pas qu’elle appréhendait la promiscuité parisienne à laquelle elle n’est plus habituée. « Le rapport au virus n’est pas le même ici. Quand tu vas faire tes courses à Cahors, tu croises deux personnes et tu sais que la région est très peu touchée. Ici, il y a du monde, les trottoirs sont étroits… »