Coronavirus: « La population soutient une mesure de confinement pour une menace qu'elle ne voit pas », selon une étude de Patrick Peretti Watel

INTERVIEW Patrick Peretti Watel a lancé l’étude COCONEL, sur les conséquences psychosociologiques du confinement et du Covid-19 sur la population française

Propos recueillis par Adrien Max

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Une personne regarde par la fenêtre en période de confinement.
Une personne regarde par la fenêtre en période de confinement. — Mathieu Cellard/SIPA
  • Patrick Peretti Watel a lancé avec six autres chercheurs l’étude COCONEL sur les conséquences psychosociologiques du Covid-19 et du confinement sur les Français.
  • Il constate que le confinement aggrave les disparités sociales.
  • Les Français soutiennent le confinement, alors qu’à peine 25 % de la population a été confrontée au Covid-19 personnellement ou par un proche.

Le sociologue et chercheur à l’Inserm Patrick Peretti Watel a lancé une étude nommée COCONEL en collaboration avec six autres chercheurs. L’objectif est de comprendre comment les Français vivent l'épidémie de Covid-19 et les mesures de confinement dans le temps. Il présente les premiers résultats à 20 Minutes.

Le sociologue et chercheur Patrick Peretti Wandel.

Pouvez-vous nous présenter cette étude COCONEL ?

COCONEL est l’acronyme de coronavirus, confinement et enquête longitudinale. C’est une enquête pour suivre dans le temps la façon dont les Français vivent cette épidémie et cette période de confinement. L’objectif est de produire rapidement des résultats et les médiatiser pour nourrir le débat grâce à des chiffres et des synthèses, mais aussi travailler sur des objets de recherche qui intéressent les six chercheurs qui prennent part à cette étude, comme la réticence à la vaccination. L’IFOP administre des questionnaires à un échantillon de 1.000 personnes de plus de 18 ans représentatives de la population adulte en France. Ils sont administrés chaque semaine avec des questions identiques, et d’autres portants sur différents thèmes comme le sommeil, la consommation d’alcool, de tabac. Nous publions des notes de synthèses de ces études chaque semaine.

Depuis quand a-t-elle commencé ?

Nous avons souhaité lancer cette étude très rapidement, la première vague de questionnaires a été envoyée entre le 27 et le 29 mars, puis chaque semaine ensuite. Certaines questions ont évolué, comme la question de la durée de l’épidémie. Au début les gens tablaient sur quatre à cinq mois, désormais ils pensent qu’elle ne sera pas finie avant janvier 2021. Et d’autres sont apparues, comme celle sur les vaccins.

Qu’avez-vous observé concernant les conséquences du confinement ?

Le confinement aggrave les inégalités sociales. Ce sont les plus précaires qui perdent leur emploi en premier, les ouvriers et les employés ne peuvent pratiquement pas faire de télétravail, surtout réservé aux cadres. L’impact financier du confinement est plus forts sur les plus démunis. Ce sont également les plus précaires les plus sujets au surpeuplement des logements. Plus le confinement se prolonge, moins ils vont travailler et plus ils se retrouvent les uns sur les autres toute la journée.

Sur les aspects sanitaires, on observe une augmentation des troubles du sommeil. Avant le confinement, 50 % des gens souffraient de troubles du sommeil, cette proportion grimpe à 75 % dans cette période du confinement. Concernant les détresses psychologiques, on a une augmentation de 8 points par rapport à l’avant confinement, avec 37 % des personnes qui en souffrent. A noter que ce n’est pas simplement la conséquence du confinement, l’angoisse liée à l’épidémie y joue aussi. De manière générale, le confinement a des conséquences sanitaires plus importantes chez les catégories sociales les plus démunies.

Et sur la perception qu’ont les gens de ce confinement ?

Une majorité pense que le confinement était le seul moyen de lutter contre l’épidémie, certains pensent même qu’il faudrait le durcir et le prolonger. Un consensus se dégage. Mais il est fragile. Les gens considèrent qu’il était l’unique solution eu égard à la solution actuelle, sans stock de masques et sans dépistages généralisés. Ils ont conscience que le principe du confinement n’était pas de stopper l’épidémie mais de la ralentir face aux capacités de réanimation du pays qui est une conséquence du manque de moyens. Le soutien du confinement est socialement différencié en fonction des pertes financières, des troubles psychologiques.

Comment les Français perçoivent-ils la menace du Covid-19 ?

Les troubles du sommeil et de détresse psychologique ne sont pas juste liés au confinement, mais aussi à la proximité du virus : le fait que les gens pensent l’avoir eu, l’ont eu, ou connaissent quelqu’un qui l’a eu. Au début de l’étude une personne sur dix l’avait eu ou connaissait quelqu’un qui l’avait eu. Cette épidémie restait assez virtuelle. Un mois après cette proportion a un peu augmenté, mais 72 % des Français ne l’ont ni eu, et ne connaissent pas non plus quelqu’un qui l’a eu. C’est donc assez paradoxal de constater que la population soutien une mesure de confinement pour une menace qu’elle ne voit pas. C’est là que le rôle des médias rentre en compte. D’un côté un fort traitement médiatique est nécessaire pour renforcer le consensus sur l’impact de la maladie, mais d’un autre 75 % des personnes interrogées trouvent certaines images effrayantes. Alors qu’il ne faut pas oublier que la moyenne d’âge des morts du Covid-19 est de 80 ans, et que 95 % des personnes décédées avaient des comorbidités.

Vous avez également interrogé ce panel sur la chloroquine…

Oui on leur a demandé s’ils pensaient que l’hydroxychloroquine était efficace contre le Covid-19. Et environ 60 % des personnes interrogées ont répondu ne pas savoir, ce qui est plutôt sain. Les gens qui ont répondu penser savoir sont des personnes politisées, surtout de la France Insoumise et du Rassemblement national.

Et concernant d’éventuels vaccins ?

En gros, il y a environ 20 à 25 % des personnes interrogées qui affirment qu’elles ne prendront pas de vaccin, s’il en existe un. Cette proportion est aussi observable chez les personnes de plus de 70 ans, qui sont pourtant les plus à risques. Parmi ces personnes qui refuseraient, certains disent que la maladie n’est pas grave, qu’elle a touché peu de monde, mais la majorité considère qu’un vaccin ne serait pas sûr.