Le site « Soutien commerçants artisans » cartonne avec ses bons d’achat

SOLIDARITE Près d’1,5 million d’euros de bons d’achat auraient été commandés en un mois sur la plateforme

Julie Urbach

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Les plateformes de crowdfunding se développent en France.
Les plateformes de crowdfunding se développent en France. — PULSE/SIPA
  • Quelque 5.000 commerçants indépendants, en mal de trésorerie en raison du coronavirus, se sont inscrits sur le site Internet.
  • Selon son créateur, les consommateurs sont au rendez-vous avec 100.000 euros de bons d’achat commandés quotidiennement ces derniers jours.

« Je ne pensais avoir aucune entrée d’argent pendant toute cette période. On peut dire que cette initiative m’a un peu sauvée. » Comme de nombreux commerçants en France, Béatrice Poujade n’a pas croisé un seul de ses clients depuis plus de cinq semaines. Pour autant, cette patronne d’ un café-librairie à Nantes peut encore compter sur eux pour l’aider à payer les charges et factures qui continuent de tomber. En un mois, ils lui ont déjà commandé pour 2.500 euros de bons d’achat valables pour des repas qu’ils viendront déguster sur place, au moment de la réouverture.

Payer maintenant et consommer plus tard, c’est le principe de soutien-commercants-artisans.fr, une plateforme en ligne qui prend de l’ampleur depuis sa création, fin mars. « On s’est lancés très tôt, pour que les commerces et artisans indépendants puissent très vite faire face en maintenant un minimum de trésorerie, raconte Jonathan Chelet, qui a lancé le projet dans la lignée de son site petitscommerces.fr. Des aides ont été promises par l’Etat mais elles vont mettre du temps à venir. »

Plus de 5.000 commerçants inscrits

En un mois, le succès est au rendez-vous. Selon son créateur, près d’1,5 million d’euros (il n'y a aucun frais sauf ceux des banques, égaux à 1 %) ont déjà été versés aux quelque 5.000 fleuristes, coiffeurs, gérants de boutiques, restaurateurs et autres commerçants de toute la France qui se sont inscrits gratuitement. Au total, plus de 23.000 commandes de bons d’achat (à 20, 50 ou 100 euros), valables jusqu’au 31 décembre, ont été passées en ligne. « En moyenne, les gens réservent pour 50 euros, observe Jonathan Chelet, qui gère le site avec 15 bénévoles. Le record est pour l’instant de 750 euros, avec des achats dans plusieurs commerces ! Le système fonctionne d’autant mieux dans les villes plus petites, où les commerçants sont bien identifiés. »

A Cherbourg par exemple, la mayonnaise a pris : près de 900 bons ont été achetés, chez les 65 commerces qui se sont passé le mot. Et la solidarité fonctionne aussi envers les nouveaux magasins. Un mois après avoir ouvert sa boutique de cosmétiques bio, Estelle Lemercier pensait qu’elle serait « cassée dans son élan ». Ces trois dernières semaines, pourtant, 2.000 euros sont rentrés dans ses caisses. « Ça fait du bien, dans un moment très frustrant et angoissant à vivre, rapporte la gérante. C’est rassurant de voir que les gens m’attendent, sans qu’ils aient tous eu l’occasion de rentrer dans ma boutique. J’ai hâte de les remercier de vive voix. »

« Ne pas me sentir seule »

Au-delà de l’aspect financier, l’objectif de cette plateforme (qui en a inspiré d'autres mais semble faire partie des plus suivies) est de renouer ce lien brutalement perdu. Car il est possible pour les consommateurs de joindre un petit mot d’encouragement, en plus de son virement. « Certains clients venaient manger chez moi tous les midis, je connais leurs plats préférés, on se tutoie, raconte Béatrice Poujade, à Nantes. Savoir qu’ils ont donné [un listing est envoyé chaque semaine au commerçant] m’aide à ne pas me sentir seule. Depuis, on communique par mail, on s’envoie des nouvelles pour savoir comment chacun vit le confinement​. »

L’initiative a déjà séduit plusieurs partenaires, comme la Chambre des métiers et plus récemment Le Bon Coin, qui s’en font les relais. Le site enregistrerait 100.000 euros de commandes et 400 demandes d’inscriptions de commerces en moyenne par jour. « Cette démarche dépasse le commerce pour toucher le lien social, est convaincu Jonathan Chelet. Ce sont ces commerçants indépendants, qui ont chacun une histoire et un concept unique, qui font qu’un centre-ville reste différent d’un autre. »