Coronavirus : « Il y aura une aide financière pour les étudiants ultramarins », affirme Annick Girardin

INFO « 20 MINUTES » La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, précise que le montant de cette aide ainsi que ses critères d’attribution font l’objet de finalisations avec le ministère de l’Enseignement supérieur

Julie Bossart avec Sélène Agapé

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La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, le 9 octobre 2019 à l'Elysée.
La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, le 9 octobre 2019 à l'Elysée. — Bertrand Guay

D’autant plus isolés que, pour certains, leurs proches se situent à des milliers de kilomètres, et que, parfois, ils sont arrivés il y a si peu dans l’Hexagone qu’ils n’ont pas eu le temps de prendre leurs repères. Les étudiants ultramarins installés en métropole en bavent plus que d’habitude depuis le début du confinement instauré pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus. A quelles aides ont-ils droit ? Quand pourront-ils rentrer chez eux ? Les compagnies aériennes maintiendront-elles des tarifs accessibles lorsque les liaisons pourront reprendre ? Ces questions qui les tenaillent, nous les avons posées à Annick Girardin, ministre des Outre-mer.

Tout d’abord, pouvez-vous nous dire à combien est estimé le nombre d’étudiants ultramarins en métropole, y compris les primo-arrivants ?

Il n’existe pas de liste officielle des étudiants ultramarins dans l’Hexagone, parce que, en France, on ne recense pas les étudiants selon leur région d’origine. L’estimation moyenne tourne autour de 40.000 étudiants ultramarins résidents en métropole. Cette estimation se base à la fois sur les 12.000 étudiants bénéficiaires du passeport mobilité études de l'Agence de l'outre-mer pour la mobilité (Ladom) et sur les remontées des différentes collectivités. Il n’est pas possible de connaître le nombre de primo-arrivants.

Avez-vous des retours sur la situation des étudiants qui sont confinés dans leur résidence en outre-mer ? En Guadeloupe, certains dépendent de l’aide des associations pour se nourrir, par exemple, car leur restaurant universitaire est fermé et qu’ils n’ont pas de transports pour se rendre dans les commerces…

Nous sommes, avec Frédérique Vidal [ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation], très attentives à la situation des étudiants ultramarins qui sont restés dans leurs résidences étudiantes, en outre-mer, mais aussi dans l’Hexagone, car nous leur avons expressément demandé, à la mi-mars, de rester là où ils étudient. Nous ne savions pas quelles seraient les modalités de réouverture des universités et il s’agissait de les protéger au maximum, ainsi que leurs proches. Nous sommes conscientes que la fermeture de la restauration collective, en particulier, a créé des difficultés supplémentaires pour les étudiants.

Dès la fin du mois de mars, le gouvernement a annoncé des mesures d’accompagnement, en permettant, par exemple, aux universités d’utiliser les budgets de la contribution de la vie étudiante et de campus (CVEC) afin de financer de l’alimentation, des équipements informatiques et des secours. Il a aussi débloqué un budget consacré aux aides spécifiques d’urgence attribuées par les Crous à hauteur de 10 millions d’euros supplémentaires.

« Les associations jouent aussi un rôle central dans l’accompagnement des étudiants »

En complément, le ministère des Outre-mer, avec le délégué interministériel pour l’Egalité des chances des Français d’outre-mer et la Visibilité des outre-mer, s’est assuré que les étudiants ultramarins soient bien orientés en cas de besoin. Une plateforme d’entraide a également été mise en place. Les associations jouent aussi un rôle central dans l’accompagnement des étudiants, je tiens d’ailleurs à leur exprimer ici toute ma gratitude pour l’action qu’elles mènent au quotidien. J’ai décidé de renforcer leurs moyens d’accompagnement, en y dédiant une enveloppe globale de 250.000 €. L’appel à projets vient d’être lancé. L’idée est de mettre en œuvre ces moyens supplémentaires dès le début du mois de mai.

Le 13 avril, dans son allocution, Emmanuel Macron a annoncé que les étudiants « les plus précaires, vivant parfois loin de leur famille, en particulier lorsque celles-ci viennent d’outre-mer », recevraient une aide. Pouvez-vous nous dire quelle sera la nature de cette aide et, si elle est financière, quel en sera le montant ? Quand sera-t-elle versée, et par qui ? Pourra-t-elle servir autant à l’achat de nourriture qu’à l’achat du billet d’avion ?

Le président de la République sait que les étudiants ultramarins qui sont restés confinés en métropole sont confrontés à des difficultés souvent bien supérieures à celles de leurs camarades dans l’Hexagone, ne serait-ce que par le fait que les liaisons aériennes sont très réduites voire interrompues pour certains territoires. C’est la raison pour laquelle il a annoncé la création d’une aide exceptionnelle qui leur est destinée. A ce stade, je peux vous confirmer que cette aide sera de nature financière. Nous travaillons avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour en préciser le montant et les critères d’attribution.

« Parfois, il peut être préférable de rester dans l’Hexagone et d’y passer ses examens, cela relève de la responsabilité individuelle des étudiants. »

Maël Disa, délégué interministériel pour l’Egalité des chances des Français d’outre-mer et la Visibilité des outre-mer, a indiqué que la « réussite éducative était la priorité ». Les étudiants qui souhaitent rentrer chez eux et, pour qui les examens nécessitent leur présence physique en métropole, ne pourront le faire qu’après les avoir passés. Devront-ils prouver, et comment, que ça a bien été le cas pour pouvoir prendre l’avion ?

Passer ses examens, c’est une priorité pour les étudiants. Le recensement que nous avons lancé vise à quantifier le nombre d’étudiants qui envisagent de rentrer sur les différents territoires. Nous avons rappelé la nécessité que les étudiants aient bien connaissance des modalités de passage de leurs examens de fin d’année avant d’envisager un retour sur leurs territoires. Je reçois des demandes d’étudiants déjà rentrés qui se rendent compte qu’ils vont devoir passer des examens en pleine nuit, en raison du décalage horaire. Les universités font le maximum pour éviter ces situations. Parfois, il peut être préférable de rester dans l’Hexagone et d’y passer ses examens, cela relève de la responsabilité individuelle des étudiants. Pour les boursiers, il y a parfois des contraintes supplémentaires à respecter.

Dans les départements où les étudiants n’ont pas été en cours depuis janvier, je prends l’exemple de la Martinique où il y a eu une importante grève contre la réforme des retraites, comment ces étudiants vont-ils valider leur semestre ? Vous êtes-vous déjà entretenue sur la question avec votre homologue à l’Enseignement supérieur, d’autant plus que, à ma connaissance, aucune université en outre-mer n’a encore statué sur les modalités d’examen ?

Les établissements d’enseignements supérieurs sont autonomes, les universités fixent donc les modalités d’examen pour valider l’année universitaire. Afin d’accompagner les universités, le ministère de l’Enseignement supérieur a formulé des recommandations. Compte tenu de l’évolution de la situation, les candidats sont invités à consulter régulièrement le site de leur université. Ce principe d’autonomie permet donc à l’Université des Antilles d’adopter les mesures les plus adaptées à sa situation.

« Nul ne s’enrichira sur le dos des Ultramarins pendant cette crise »

En période scolaire, les prix pour se rendre en outre-mer, ou, à l’inverse, en métropole, ont l’habitude de s’envoler. Beaucoup craignent ainsi que les tarifs seront encore plus élevés que d’habitude, étant donné que les compagnies aériennes sont à l’arrêt et qu’elles pourraient donc être tentées de gonfler leurs prix pour rattraper le manque à gagner. Pouvez-vous rassurer les voyageurs en leur assurant que les tarifs n’augmenteront pas plus que de raison ? Etes-vous en contact avec ces sociétés ? Avez-vous d’ores et déjà obtenu une garantie de leur part ?

Nous ne sommes pas dans une période normale. Nous avons, par décret, réduit fortement la capacité des uns et des autres à « s’envoler ». Les vols ont étés réduits de près de 90% sur nos destinations. Air France et Air Austral sont les seules compagnies à desservir les Antilles, la Guyane et l’océan Indien.

Ces compagnies assurent cette continuité minimale en indiquant ne pas faire de bénéfices et en ne faisant payer que les coûts liés directement aux vols, comme le carburant. Elles ont précisé avoir bridé leurs prix, qui, si l’on respectait les lois de l’offre et de la demande, auraient dû être très élevés. Si vous consultez les tarifs en ligne cette semaine, un aller simple pour Cayenne est à moins de 600 €, pour Fort-de-France à moins de 500 €, pour Saint-Denis de La Réunion à moins de 750 €. Ces tarifs sont, certes, plus élevés qu’habituellement, mais les circonstances sont exceptionnelles.

Nous surveillons de près les offres, qui doivent être équilibrées. Ni incitatives, car nous devons préserver nos territoires, ni dissuasives, car il en va de la continuité territoriale. Je le redis, nul ne s’enrichira sur le dos des Ultramarins pendant cette crise. Je resterai vigilante sur le sujet, dans les prochaines semaines, notamment dans la perspective du retour des étudiants dans leurs territoires. Ils ne doivent pas surpayer leur billet retour.