Coronavirus : Enseignants et parents d’élèves « pas en confiance » face à la réouverture progressive des écoles

VOUS TEMOIGNEZ Enseignants comme parents envisagent avec crainte, et parfois colère, la reprise des cours pour les élèves français… Certains ont même décidé de ne pas les remettre à l’école avant plusieurs mois

Léa Ménard
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Coronavirus : Inquiétude des enseignants et parents face à la réouverture progressive des écoles — 20 Minutes
  • Emmanuel Macron a annoncé « une réouverture progressive des crèches, écoles, collèges, lycées » à partir du 11 mai
  • Mardi 21 avril, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a commencé à en préciser le cadre
  • L’inquiétude demeure chez les enseignants et parents d’élèves « pas en confiance »

Quand les petits écoliers français pourront reprendre le chemin de l’école ? Le président de la République a d’abord annoncé la date du 11 mai prochain. Mardi, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education a apporté quelques éléments sur le calendrier et la  mise en œuvre du retour des élèves dans les établissements scolaires. Des pistes sur le nombre d’enfants par classe, quels niveaux seront concernés… Mais pas de quoi rassurer la totalité des personnels scolaires et des parents. Une grande partie d’entre eux attend de nombreuses précisions, et ne comprend pas toujours l’urgence du retour des plus jeunes sur les bancs.

Céline, une maman, ne s’estime « pas du tout sereine à l’idée que les écoles rouvrent le 11 mai ». Elle a peur que ses enfants de quatorze, onze et six ans ne respectent pas les gestes barrières et puissent ramener le Covid-19 à la maison, puis contaminer leur famille. C’est pourquoi elle espère pouvoir avoir le dernier mot : « Je pense ne pas les remettre avant le mois de septembre. J’espère qu’on nous laissera le choix. » Comme elle, Magalie n’envisage pas d’emmener de si tôt son petit garçon en maternelle. « Les informations qui nous parviennent sont trop contradictoires », déplore la mère de famille. « Je n’ai pas confiance en ce que l’on nous raconte. Et puis, leurs grands-parents sont des personnes à risques et je ne me vois pas dire à mes enfants qu’ils ne pourront pas aller les voir », confie-t-elle.

Une réouverture « prématurée et irresponsable »

Chez les enseignants, les craintes n’ont pas été dissipées par les dernières annonces du gouvernement. « Une réouverture des écoles me paraît totalement prématurée et irresponsable », s’exaspère Sam, enseignante en maternelle. Et ce n’est pas le respect des gestes barrières et le port de masque qui vont la rassurer : « Moi-même j’ai du mal à en garder un sur le visage plus de 30 minutes, alors mes élèves de 4 ans ? ! »

David, un père de famille, abonde en ce sens. Pour lui, il est « hors de question » que ses filles reprennent les cours. Principalement pour des raisons d’antécédents médicaux. « Je ne vais pas sacrifier mes enfants pour la reprise de l’économie ! », dénonce-t-il. Quant à Céline, mère de quatre bambins, elle ne souhaite pas prendre de risques également. « Nous avons décidé de ne pas les remettre à l’école avant septembre. » Comme beaucoup de témoignages reçus, elle ne veut pas qu’ils puissent contaminer leurs aïeux. Pour elle, la fin du confinement ne sera pas pour tout de suite.

Favorables… Mais circonspects

« Comme beaucoup de mes collègues et de mes élèves, j’ai hâte de reprendre les cours, après cette période difficile », nous raconte Max, un enseignant. Il déplore néanmoins la communication du ministère de l’Éducation. « Nous ne comprenons pas pourquoi il est vital de faire rentrer les élèves de primaire une semaine avant ceux du collège », relève-t-il, peu convaincu. Un constat, partagé par Nolwen, agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem) et mère de trois enfants : « J’ai du mal à imaginer un retour. On devrait commencer par faire reprendre les lycéens, puis les collégiens qui sont plus aptes à appliquer les gestes barrières. »

De son côté, Sarah n’a aucune crainte. Cette mère de famille d’un petit village du Lot-et-Garonne – relativement épargné par le coronavirus – est sereine à l’idée que son garçon de neuf ans retourne à l’école. « Mon fils est dyslexique et je n’ai pas les méthodes que les enseignants ont pour travailler », souligne-t-elle. « Pour moi, pas d’inquiétude », affirme-t-elle.

Un retour à l’école « au talent »

« J’ai l’impression, en écoutant notre ministre de l’éducation révéler son plan de retour en classe, d’assister à un passage d’oral "au talent" », résume Séverine, enseignante en collège et mère de deux enfants, scolarisés en CM2 et seconde. Très critique, elle estime que ce sont « les élections [qui] ont dicté la date de fermeture des écoles » et que « la reprise économique dicte celle de leur réouverture ». Pour Corinne, une autre professeure, c’est le flou total : « J’appréhende beaucoup la reprise, par crainte d’attraper le Covid-19. » Dans son collège de 830 élèves, « on va jouer un jeu dangereux pour notre santé, celle des élèves et de leurs familles », estime-t-elle.

Une peur partagée par certains chefs d’établissements, comme Jérôme. « Je suis très conscient que la reprise est une bonne chose pour beaucoup d’élèves qui sont loin de l’école », pointe ce directeur de primaire au Vaulx-en-Velin. Il constate amer, que « ce n’est pas cette crise qui va rapprocher Blanquer et les enseignants ». Entre les conditions très dégradées et la peur, il déplore aussi « d’apprendre toutes les décisions dans la presse. On a le même niveau d’information que les familles qui nous posent plein de questions. C’est vraiment très inconfortable », poursuit-il.

« Les enseignants ayant des enfants en primaire seront-ils autorisés à faire du télétravail le temps que leurs enfants ne sont pas rentrés sur le chemin de l’école ? », s’interroge Nathalie, qui exerce dans un collège, mais aussi maman d’un garçon de sept ans. Pour elle, le gouvernement apporte malheureusement « des solutions au compte-gouttes qui posent au final plus de questions qu’elles n’apportent de réponses ».