Coronavirus : « J’ai peur de les contaminer… » Revoir ses grands-parents après le 11 mai, un dilemme pour nos lecteurs

VOUS TEMOIGNEZ Les retrouvailles familiales seront possibles après la levée du confinement, mais beaucoup craignent de contaminer leurs parents ou grands-parents, alors que les plus âgés sont plus gravement touchés par l’épidémie

Laure Cometti
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Revoir ses proches âgés, plus vulnérables face au Covid-19, ou bien les laisser confinés, mais déprimés, est un dilemme pour de nombreuses personnes.
Revoir ses proches âgés, plus vulnérables face au Covid-19, ou bien les laisser confinés, mais déprimés, est un dilemme pour de nombreuses personnes. — Marlena Sloss/AP/SIPA
  • En France, le confinement instauré dès le 17 mars pour endiguer l’épidémie de coronavirus sera levé à partir du 11 mai.
  • Dans certaines familles, les générations séparées par le confinement pourront donc se déplacer pour se revoir. Mais de nombreux internautes, inquiets par la forte part des personnes âgées parmi les victimes du Covid-19, sont partagés sur d’éventuelles retrouvailles.
  • Certains comptent revoir leurs papys et mamies en prenant des précautions, par besoin pressant de les retrouver et pour rompre un isolement parfois mal vécu par les seniors. D’autres ne préfèrent pas, par crainte de les contaminer. Leurs aînés sont tout autant partagés sur les risques qu’ils encourent en se déconfinant à partir d’un certain âge.

« C’est immensément difficile de faire un choix. Je suis tiraillée entre ce que dicte mon cœur, et ma raison ». Nathalie, 45 ans, résume bien le dilemme auquel beaucoup de Français sont confrontés : après plusieurs semaines sans se voir, à cause du confinement, pourra-t-on revoir ses grands-parents sans crainte après le 11 mai ? Partager à nouveau des moments avec ses petits-enfants ?  20 Minutes vous a interrogés, jeunes et moins jeunes, et vous avez été près de 200 à nous répondre.

Le gouvernement doit présenter son plan de déconfinement la semaine prochaine. Lorsqu’il a annoncé une levée progressive du confinement, Emmanuel Macron a précisé que les personnes âgées devraient, « pour leur protection […], rester, même après le 11 mai, confinées, tout au moins dans un premier temps ». Une annonce motivée par le lourd bilan des décès liés au Covid-19 chez les seniors. « L’âge médian de décès observé est de 84 ans », a indiqué ce mardi Jérôme Salomon, directeur général de la santé. Cette recommandation ne devrait toutefois pas être obligatoire  pour ne pas « discriminer » les citoyens, a depuis précisé l’Elysée. Mais comment protéger les séniors après le confinement ? A tout âge, les lecteurs de 20 Minutes sont très partagés.

Rester confinés, pour préserver sa santé

Du côté des aînés, certains préfèrent éviter les retrouvailles familiales. « Je me priverai encore de mes petits enfants. Eux ne le souhaitent pas, mais j’ai peur de la maladie », dit Henry, 72 ans. Comme lui, Odette « attendra des jours meilleurs pour voir » ses proches. Pour combler le manque, Dominique et son épouse se consoleront grâce au « téléphone, SMS, MMS, Skype » pour communiquer avec leurs petits-enfants, et Jacques, 73 ans, « utilisera FaceTime, en attendant qu’un traitement soit disponible pour reprendre une vie normale ».

D’autant que certains font partie, au-delà de leur âge, des catégories considérées comme étant « à risques » face au coronavirus. « Je suis diabétique de type 2. Il serait dangereux pour moi de me déconfiner, je pourrais être contaminé et il faudrait alors des moyens importants pour me soigner, alors que je peux l’éviter en restant confiné », estime Christian, 69 ans. « Il vaut mieux que le système de santé soit disponible pour les forces vives du pays ». Christiane, 75 ans, privilégiera elle aussi sa santé. « Je préfère être confinée dans mon appartement que dans mon cercueil. Ma famille, parce qu’elle m’aime, le comprendra ». En revanche, Annie, 67 ans est « en colère » contre les autorités conseillant le confinement pour les personnes âgées. « Je ne veux pas être infantilisée ni traitée comme une paria ! »

« Je me vois mal leur refuser de voir leurs petites-filles »

Ce principe de précaution n’est pas l’apanage des plus âgés. Du côté des plus jeunes aussi, beaucoup veulent éviter les contacts avec « leurs vieux ». Alexandra, infirmière de 25 ans, et Céline, enseignante de 42 ans, se sentent trop exposées au virus de par leur activité professionnelle, et renonceront donc à revoir leurs proches âgés. Nadine, 20 ans, conseillera à sa grand-mère de 74 ans « de restreindre ses déplacements ».

Anne anticipe une discussion compliquée. « Je crains que mes parents soient très (trop) tentés de demander à voir mes filles. Or ils ont 80 ans et je trouve cela trop imprudent. Un seul oubli de geste barrière et ce serait la catastrophe assurée. Mais je me vois mal leur refuser de voir leurs petites-filles, ce serait peut-être un sujet de dispute », s’inquiète cette quadragénaire.

Des retrouvailles avec les gestes barrières, ou à condition d’un dépistage

Certains ne reverront leurs ascendants qu’avec de multiples précautions. Pour Nathalie, cela dépendra de si elle peut continuer à télétravailler ou non. « Si je retourne au bureau, je vais devoir prendre les transports, et m’exposer au coronavirus », s’inquiète cette Francilienne. « Donc je ne pourrai pas revoir mon père, veuf, de 80 ans, car je le mettrais potentiellement en danger », se désole-t-elle.

« On ne se prendra pas dans les bras, on prendra un café loin l’un de l’autre, on se lavera bien les mains », liste Isa*, 31 ans, qui n’a pas vu ses grands-parents depuis janvier. « J’ai peur de les contaminer, mais les entendre déprimer au téléphone, c’est dur », poursuit-elle. « Ils m’ont demandé d’entendre aussi leurs envies. Ils sont vers la fin de leur vie, à quoi sert de vivre encore si c’est pour rester seul dans son coin ? » Alice, 31 ans, appliquera le choix de sa grand-mère de 91 ans. « Je pense qu’elle préférera prendre le risque de voir sa famille plutôt que celui de mourir seule ».

Pour être sûrs de ne pas être porteurs du virus, certains internautes posent la condition du dépistage. Alphonsine, 30 ans, veut se faire tester avant de revoir ses grands-parents. A 67 ans, Dominique voudrait elle aussi que son fils, sa belle-fille et leur enfant soit testés. « C’est la seule solution pour que l’on puisse se revoir. Je n’ose même pas imaginer qu’un membre de ma famille soit responsable de ma mort, cela serait insupportable pour eux. »

Se revoir avant de retourner à l’école ou au bureau

D’autres utiliseront la « fenêtre temporelle » du 11 mai pour en profiter et faire une réunion de famille, avant de cesser à nouveau les contacts avec les seniors. « Je viens d’avoir un bébé et ses grands-parents n’ont pas encore pu la voir », regrette Françoise. « On envisage de revoir nos parents dès la fin du confinement. On estime que c’est à ce moment-là que le risque sera le moins élevé pour eux, puisqu’on est resté confiné depuis deux mois. C’est difficile de ne pas les voir en ce moment où on aurait plein de choses à partager avec eux ».

« Nos enfants et petits-enfants nous manquent énormément, donc nous allons nous retrouver le 10 mai histoire de refaire le plein de câlins et bisous », se réjouit Chantal, 58 ans, et « à risque » du fait de ses problèmes de santé. « Comme ils ont tous respecté le confinement depuis le 17 mars, cela n’est pas risqué. Mais ensuite ils vont retourner au bureau ou à l’école. Donc nous retournerons nous confiner, et attendrons… un traitement avant de nous revoir ».

« Je suis vieille et j’aimerais profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard »

Le besoin de voir sa famille surpasse (un peu) la peur du virus pour certains internautes. « C’est très difficile pour ma grand-mère, elle est très triste, mange et dort peu. Alors je préfère prendre le risque, et aller la voir, plutôt qu’elle meure seule de chagrin », témoigne Delphine. Pour les mêmes raisons, Nicolas, 43 ans, ira voir sa grand-mère de 87 ans, « confinée dans sa résidence pour personnes âgées, dans des conditions presque carcérales ».

Quant aux seniors, ils sont nombreux à nous confier leur souffrance face à cet isolement forcé. Marcelle, veuve depuis trois mois, s’était investie dans le bénévolat au sein d’une ludothèque. « Cela me faisait beaucoup de bien moralement. Mais depuis le confinement, je ne vois plus personne. Mes enfants et petits-enfants me manquent, ce deuxième mois est très dur. Je ne suis plus motivée », souffle la sexagénaire. Certains veulent donc rompre leur confinement, comme Pierrette, 70 ans. « Je ne compte pas rester enfermée après le 11 mai, car je suis vieille et j’aimerais profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard. »

* A sa demande, le prénom a été changé.