Coronavirus à Lyon : « Une expérience très marquante », un mois que des personnels et résidents d'un Ehpad vivent confinés ensemble

SOLIDARITE A l’Ehpad de Corbas, vers Lyon, les personnels ont décidé de vivre confinés avec les résidents pour les protéger du coronavirus. Une stratégie qui, pour l’heure, a porté ses fruits

Elisa Frisullo

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Illustration d'unepersonne âgée dans un Ehpad pendant la crise du coronavirus.
Illustration d'unepersonne âgée dans un Ehpad pendant la crise du coronavirus. — S.Bozon/AFP
  • Depuis plus d’un mois, résidents et personnels vivent sous le même toit au sein de l’Ehpad Vilanova à Corbas, près de Lyon.
  • Cette initiative de la directrice des lieux, suivie par grand nombre des employés, vise à préserver les occupants de l’Ehpad du coronavirus.
  • Après plusieurs semaines de confinement, l’expérience semble avoir porté ses fruits.

Des lits de camp installés dans différentes salles de l’établissement, des petits-déjeuners, repas et moments du quotidien partagés avec les pensionnaires et les collègues. Depuis 36 jours, au sein de l’Ehpad Vilanova de Corbas, au sud de Lyon, les personnels vivent confinés avec les résidents.

Une idée qui a germé très tôt dans l’esprit de la directrice, Valérie Martin, pour protéger la centaine d’occupants des lieux du coronavirus.

29 employés volontaires

Le 6 mars, cette professionnelle, dans le métier depuis 30 ans, a interdit les visites aux aînés puis le 14, elle a décidé de fermer les portes de l’établissement aux employés. « Je voulais protéger les personnes vulnérables. On savait alors que les personnes âgées décédaient les premières du virus », confie à 20 Minutes la directrice qui, pour faire face à la situation, imagine alors faire vivre sous le même toit personnel et résidents. « J’en ai parlé à la cadre de santé et à la gouvernante. Elles ont trouvé l’idée géniale ».

Deux jours plus tard, le 16 mars, 29 des 50 salariés, volontaires pour se confiner, débarquent à Vilanova, avec leurs baluchons. « Pour 14 jours renouvelables et avec la possibilité de rentrer chez soi à tout moment mais sans pouvoir rentrer de nouveau au sein de l’Ehpad », détaille la directrice qui ferme alors symboliquement la porte de l’établissement.

Parmi les employés volontaires, tous les métiers sont représentés. Il y a du personnel administratif, hôtelier, des soignants, toutes les catégories nécessaires pour que le confinement fonctionne et qu’aucun contact avec l’extérieur ne soit nécessaire. Seuls les repas sont livrés trois fois par jour par un prestataire. Pour tout le reste, les toilettes, les soins, les animations, immortalisées en photos publiées sur Facebook, les personnels et résidents trouvent rapidement leur rythme. Avec une centaine de pensionnaires, le temps s’écoule vite. Des parties de jeux, des temps musicaux, des danses et de nombreux instant de discussion ponctuent la journée, limitant le sentiment d’isolement de chacun au sein de l’Ehpad.

« Le soutien et l’amour de nos familles »

Contrairement aux autres maisons de retraite, où depuis des semaines, les résidents vivent isolés dans leur chambre pour éviter la propagation du virus, à Vilanova, chacun peut déambuler et s’installer librement où il le souhaite. « On a choisi de se priver de notre liberté pour préserver la leur », résume Valérie Martin, soutenue depuis le début par ses proches. « Nous avons le soutien et l’amour de nos familles. Tous les soirs, nous avons des contacts téléphoniques et visuels avec eux ». Des moments indispensables pour tenir loin des siens.

Comme cette employée qui voit évoluer chaque jour à distance son petit garçon de 10 mois. Ou Sophie, secrétaire à l’Ehpad, qui a comblé chaque jour par téléphone le manque ressenti par sa fille de 14 ans, confinée à la maison avec sa sœur et son père. « Lorsqu’on nous a proposé de nous confiner, cela faisait juste un mois que j’étais à l’Ehpad, en CDD. Le choix a été vite fait pour moi. C’était un devoir, je voulais être solidaire et utile pour les résidents », confie Sophie qui a découvert d’autres tâches que les siennes ces dernières semaines.

« Au début, je ne connaissais pas bien les résidents. Mais j’ai créé des liens avec eux, j’ai appris à découvrir leur caractère, leurs habitudes, j’ai partagé leur quotidien. C’est une expérience très marquante », ajoute cette salariée qui est rentrée chez elle après un mois de confinement. « C’était le bon moment pour retrouver ma famille », lâche-t-elle, ravie que cette aventure humaine incroyable a porté ses fruits. Car jusqu’alors, les efforts de l’équipe ont fonctionné.

Les visites vont reprendre ce mercredi

« Nous n’avons à ce jour aucun cas de Covid. Et nous avons limité les syndromes de glissements, ces moments où une personne se laisse mourir », observe Valérie Martin qui a prévu comme 13 autres personnels toujours confinés, de ne rentrer chez elle qu’à partir du 4 mai. D’ici là, l’Ehpad va progressivement se rouvrir au monde extérieur. Depuis quelques jours, des employés non confinés ont fait leur retour au travail, avec toutes précautions sanitaires d’usage. Et dès ce mercredi, des visites aux résidents, de nouveau autorisées par le gouvernement, vont être organisées. Mais là encore, pour une poignée d’entre eux seulement, prioritaires, et avec mille précautions pour empêcher tout contact physique qui pourrait les contaminer.

« Sans le savoir, nous avons fait quelque chose d’extraordinaire. Nous avons protégé nos résidents et nos foyers. Il n’y a eu aucun cas de coronavirus dans nos familles, ça, nous n’y avions pas pensé », souligne la directrice dont l’initiative expérimentale est suivie de près par l’Agence régionale de santé. Et a donné lieu à de multiples messages de soutien et d’admiration de familles de résidents, de proches et d’anonymes, sur le journal de bord de l’Ehpad tenu chaque jour sur les réseaux sociaux.