Coronavirus : « Il n’est pas question que les diplômes soient bradés cette année », affirme Frédérique Vidal

INTERVIEW La ministre de l’Enseignement supérieur détaille à « 20 Minutes » les dispositifs prévus en cette fin d’année scolaire pour les étudiants

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Frédérique Vidal,le 4 mars 2020.
Frédérique Vidal,le 4 mars 2020. — Alfonso Jimenez/REX/SIPA
  • Pour « 20 Minutes », la ministre de l’Enseignement supérieure détaille ce qui attend les étudiants d’ici la fin de l’année étudiante.
  • Elle fait le point sur l’enseignement à distance, les modalités d’évaluation des étudiants, la manière dont certains concours seront organisés, les dispositifs d’accompagnement prévus pour la rentrée…

Annulations de partiels, concours reportés, cours à distance… Depuis le confinement, les étudiants ont vu leur année totalement bouleversée. La ministre de l’Enseignement supérieure, Frédérique Vidal, fait le point sur ce qui les attend d’ici à la fin de l’année.

Pourquoi ne pas avoir rouvert les établissements de l’enseignement supérieur alors qu’on rouvre les établissements scolaires le 11 mai ?

Cette décision a été prise en raison du calendrier des formations du supérieur. Elles se terminent généralement la deuxième ou troisième semaine de mai, avant le démarrage des évaluations de fin de semestre. Il nous est donc apparu plus judicieux de terminer l’ensemble des formations du supérieur à distance et de prévoir une rentrée universitaire classique au début du mois de septembre.

Quelle est l’ampleur de la fracture numérique chez les étudiants ?

Les universités et les écoles ont été mobilisées dès le début du confinement pour réduire cette fracture numérique, soit en prêtant du matériel informatique aux étudiants ou en leur permettant d’en acheter, soit en les dotant de clés 4G. Et quand cela n’était pas possible, les établissements ont procédé à des envois postaux de ressources pédagogiques.

Les cours à distance sont-ils massivement suivis par les étudiants ?

Dans le cas de cours à distance, seules les équipes pédagogiques peuvent savoir avec précision combien d’étudiants se sont connectés. A l’échelle du ministère, les remontées que nous avons témoignent plutôt de ce que l’enseignement à distance fonctionne bien, avec une proportion limitée d’étudiants qui ont des difficultés de connexion.

Comment vont être évalués les étudiants au second semestre ?

Liberté pédagogique oblige, chaque établissement est en train de redéfinir ses modalités d’évaluation des étudiants. Nous recommandons d’organiser un maximum d’épreuves ne nécessitant pas la présence physique des étudiants sur les campus. Et si cela devait être le cas, il faudrait le faire à partir du 20 juin, car de nombreuses inconnues demeurent à ce jour : quelles seront les conditions sanitaires dans deux mois ? Comment les étudiants – souvent confinés chez des parents – pourront rejoindre leurs lieux d’examen ? C’est la raison pour laquelle nous recommandons fortement de privilégier la pluralité de modes d’examen. Plusieurs formules d’évaluation alternatives existent : le contrôle continu, la remise de rapport ou de dossier, ou l’évaluation à distance. Et en prévenant les étudiants au moins 15 jours avant chaque évaluation.

Comment s’assurer qu’un étudiant passant un partiel à distance ne sera pas aidé par un proche ?

Dans de très nombreux établissements, il est tout à fait habituel de donner un devoir avec accès à des ressources pédagogiques. Il ne s’agit pas de devoirs qui consistent à reproduire des connaissances que l’on aurait apprises par cœur, mais il s’agit d’épreuves de réflexion.

Pourquoi ne pas avoir opté pour la neutralisation du second semestre, comme le réclamaient certaines organisations étudiantes ?

Il ne sera pas possible de neutraliser le second semestre, ni de mettre systématiquement des notes supérieures à 10/20. Et si d’aventure, certains étaient tentés de le faire, le ministère jouerait son rôle de régulateur et ne validerait pas les épreuves évaluées de cette manière. Il est demandé aux établissements, même dans les conditions actuelles, de garantir la qualité des diplômes.

Le caractère national du diplôme ne va-t-il pas être remis en cause ?

Les établissements sont autonomes dans leur pédagogie et les examens ne sont pas les mêmes d’une université à une autre. En revanche, le contenu et la qualité des diplômes sont validés par le ministère. Il n’est pas question que les diplômes soient bradés cette année. La responsabilité de l’Etat est celle de garantir la qualité des
diplômes qui seront délivrés.

Vous attendez-vous à un plus fort taux d’abandon des étudiants en 1re année de licence ?

Ce dont je suis sûre, c’est qu’une nouvelle relation s’est créée entre les étudiants et leurs enseignants pendant ce confinement via l’enseignement à distance, avec un accompagnement renforcé et beaucoup plus d’interactions. Ce qui aura aidé beaucoup de jeunes à poursuivre leur travail et à ne pas décrocher.

Le fait de programmer les concours d’entrée dans les grandes écoles accessibles après une classe prépa en plein été ne risque-t-il pas de déstabiliser les candidats ?

Cette décision a été prise en raison des circonstances exceptionnelles. Nous avons décidé de maintenir ces concours car les candidats qui les préparent depuis deux, voire trois ans n’auraient pas compris que nous les annulions. Nous avons donc décalé les concours prévus en avril et mai à juin et juillet. Ce qui nous paraissait essentiel, c’est de ne pas faire perdre de chances à ces jeunes.

Mais cela implique deux mois de travail de plus pour eux, ce qui fait peser un risque d’épuisement pour ces candidats…

Leurs enseignants vont veiller à ce qu’ils aient un rythme de travail régulier, mais qu’ils s’économisent pour ne pas risquer de burn-out. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons veillé à ce que le mois d’août soit autant que faire se peut, libre de toutes épreuves.

Quelles seront les mesures sanitaires prises ?

Outre le respect des mesures barrières, nous veillerons à échelonner les entrées des candidats en salle d’examen et à établir une distance de sécurité entre les tables. Tout cela est piloté par un comité opérationnel qui fera des propositions à ce sujet.

Passeront-ils des oraux ?

Dans la majorité des cas, non. Ce sera seulement le cas dans pour certains concours, comme ceux des écoles militaires, par exemple. Parce que l’organisation des oraux ajoute une difficulté supplémentaire en cette période qui est déjà très compliquée.

Quand sont reprogrammés les concours de première année de santé ?

Ils auront lieu entre la mi-juin et la mi-juillet en présentiel. Les effectifs seront réduits dans chaque salle, par rapport à ce qui se pratique habituellement.

Et concernant l’agrégation et le Capes ?

Une partie des épreuves de ces concours avaient déjà eu lieu au moment du confinement. Elles seront complétées d’oraux. Mais pour les candidats qui n’avaient pas démarré leurs épreuves, ils auront des épreuves écrites, sans oraux. Et un oral de titularisation sera organisé uniquement à la fin de la période de stage.

Et quid de ceux qui avaient besoin d’un stage à l’étranger ou dans une entreprise pour valider leur cursus ?

Les établissements peuvent décider d’annuler ses stages ou de les reporter jusqu’au 31 décembre. Les étudiants n’auront bien sûr pas à s’inscrire à nouveau dans leur établissement puisqu’il aura suffi à ce dernier d’adapter son calendrier universitaire.

Le fait de remplacer les concours post-bac d’accès à certaines écoles (concours des instituts d’études politiques, concours Sésame, commun à 14 écoles de management…) par des examens des dossiers ne risque-t-il pas d’obérer les chances de ceux qui n’avaient pas les meilleurs dossiers, mais comptaient se rattraper lors des épreuves ?

Non, car leur dossier scolaire est le reflet de leur travail sur le long terme. Par ailleurs, nous avons pris soin d’inviter les candidats à apporter de l'attention à leur dossier, notamment le projet de formation motivé ou encore la rubrique « mes activités et centres d’intérêt » remplis par l’étudiant pour valoriser son parcours et qui pourront être pris en compte par les commissions d’examen.

Comment les universités s’organiseront-elles pour remettre à niveau tous les étudiants à la rentrée prochaine ?

Il ne faut pas que les bacheliers qui vont faire leurs premiers pas dans le supérieur à la rentrée s’inquiètent. Car les établissements prendront en compte le fait qu’ils ont eu une fin d’année scolaire bouleversée. Les dispositifs de remise à niveau qui existent déjà dans les universités, seront renforcés. Et les établissements leur adresseront des conseils de révisions à faire avant la rentrée.

Le processus d’admission dans le supérieur via Parcoursup va-t-il être modifié en raison du confinement ?

Non, le calendrier de collecte et d’analyse des vœux des bacheliers et des étudiants en réorientation est maintenu. Et les jurys se tiendront en visioconférence pour prendre les décisions d’admission.