Coronavirus : « Le silence de Costa Croisières était anxiogène », lance un passager du Deliziosa

INTERVIEW Alexandra et Bertrand, deux des passagers français du Costa Deliziosa, racontent leur tour du monde perturbé par la pandémie de coronavirus. Ils estiment que le croisiériste Costa a mal communiqué

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Les passagers du Costa Deliziosa ont débarqué à Barcelone, et non à Marseille comme ils l'espéraient. Ils ont ensuite transité par Montpellier.
Les passagers du Costa Deliziosa ont débarqué à Barcelone, et non à Marseille comme ils l'espéraient. Ils ont ensuite transité par Montpellier. — AFP
  • Un quart des Français qui voyageaient à bord du Costa Deliziosa ont fait le choix de débarquer à Barcelone, d’où ils ont ensuite été rapatriés vers Montpellier.
  • Les autres débarquent ce mardi à Gênes, puisque la préfecture des Bouches-du-Rhône a refusé que le paquebot accoste à Marseille, où un autre navire de croisière a accosté ce lundi.
  • Bertrand, un des passagers, estime que Costa Croisières a mal géré la situation et a mal communiqué avec ses passagers à bord.

Pour fêter leur départ à la retraite et leurs 35 ans de mariage, Alexandra et Bertrand avaient vu les choses en grand. Ils s’étaient offert un tour du monde à bord du Costa Deliziosa, un luxueux bateau de croisière. « On a quand même vu de belles choses », sourient-ils, ce mardi, alors qu’ils viennent de retrouver leur résidence secondaire, située à Hyères ( Var).

La veille, ces sexagénaires originaires de la banlieue de Lyon ont appris qu’ils pouvaient, s’ils le souhaitaient, débarquer le jour même à Barcelone et être ensuite rapatriés en France via Montpellier. Comme 110 autres passagers français, c’est le choix qu’ils ont fait, épuisés par une fin de croisière anxiogène. Les 309 Français encore à bord seront eux rapatriés depuis Gênes, où le Costa Deliziosa accoste ce mardi soir.

Comment était l’ambiance à bord du bateau ?

Alexandra et Bertrand : On a eu un petit coup de stress quand on est arrivés au sud de la Sicile. Le bateau s’est dérouté sur Marsala pour débarquer un passager âgé qui présentait des symptômes inquiétants : il avait fait une détresse respiratoire. Trois tests Covid-19 ont été faits, ils sont tous revenus négatifs. Mais on a été confinés un jour et demi dans nos cabines, sans avoir le droit de circuler sur le bateau.

Avant cela, de nombreuses escales avaient été annulées…

Depuis le 14 mars, nous n’avons fait aucune escale. Il a été décidé en Australie que l’on traverserait l’Océan Indien en allant vers l’île Maurice, mais tous les ports se sont fermés progressivement : le bateau n’a fait que des escales techniques pour se ravitailler en fioul et en nourriture.

Les salariés du Costa Deliziosa étaient protégés par des vitres de plexigas.
Les salariés du Costa Deliziosa étaient protégés par des vitres de plexigas. - B.

Estimez-vous que la situation a été bien gérée par Costa Croisières ?

Ils ont très mal communiqué. Leur silence était anxiogène : on ne savait pas ce qui se passait, c’était inquiétant. Chaque nationalité a formé un comité pour se mettre en lien avec les ministères des Affaires étrangères. Et selon ce comité, Costa avait plutôt tendance à mettre des bâtons dans les roues lors des négociations avec les autorités…

Comment avez-vous appris que vous seriez rapatriés depuis Barcelone ?

Hier (lundi), une réunion a eu lieu à midi. A 14 heures, il fallait que les valises soient prêtes, pour débarquer à 17 heures 30 et quitter Barcelone pour Montpellier.

Ce rapatriement s’est-il bien passé ?

La protection civile française a été remarquable d’efficacité ! Nous sommes arrivés à 23 heures et nous avons été reçus au centre des congrès. Nous avons rempli un questionnaire médical et nous avons été accueillis par le préfet et le général des pompiers. Il nous a expliqué que ça faisait deux jours qu’il savait qu’on devait débarquer à Barcelone… Alors que Costa ne nous a strictement rien dit ! On a vraiment l’impression qu’ils nous ont promenés.

Comment ça ?

On a longtemps cru qu’on allait débarquer à Marseille, alors que c’était impossible puisque le MSC Magnifica arrivait… Dans ses courriers, le commandant disait toujours que c’était le gouvernement français qui bloquait… Alors qu’en réalité, une fois descendus du bateau, tout s’est très bien passé. On ne peut qu’adresser des louanges à l’organisation française. Mais on ne fera plus de croisière avec Costa !

« On ne communique que des informations vérifiées », répond Costa

« Nous regrettons très sincèrement ce manque de communication », répond Costa, qui assure que la décision de débarquer des Français à Barcelone « n’a été prise que la veille au soir. » Une porte-parole de la compagnie, contactée par 20 Minutes, explique que Costa « ne communique que des informations vérifiées, officielles et sûres. »

Les passagers peuvent bénéficier d’un remboursement partiel de leur croisière (35 % du prix) ou obtenir un crédit pour une future croisière d’une valeur égale à 50 % du prix payé pour ce tour du monde avorté.