Coronavirus en Moselle : Vingt-cinq pompiers à l’arrêt à cause de leur moustache

POILÉMIQUE Douze pompiers de Metz ont porté plainte après avoir été interdits d’interventions pour avoir refusé de se raser le visage, treize autres sont dans le même cas

Charles Montmasson

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Un sapeur-pompier (photo d'illustration).
Un sapeur-pompier (photo d'illustration). — DOMINIQUE FAGET / AFP
  • Le 6 avril, les pompiers de Moselle ont reçu la consigne de se raser intégralement le visage pour garantir l’efficacité de leur masque FFP2 en intervention.
  • Contestant la base scientifique de cette instruction, 25 pompiers de Metz ont refusé de raser leur bouc ou leur moustache.
  • Cet épisode s’inscrit dans un bras de fer qui dure depuis deux ans au niveau national.

Les soldats du feu dénoncent une « discrimination selon l’apparence physique ». Six pompiers professionnels de Metz ont déposé plainte vendredi, et six autres ce lundi, après que leur direction leur a interdit de partir en intervention. Leur tort : avoir refusé de se raser le visage. Treize autres pompiers de Metz sont dans cette situation, arrêtés comme eux à leur domicile.

Comment en est-on arrivé là ? « Le 16 mars, un message est arrivé du directeur des pompiers de Moselle, qui a demandé de faire respecter le rasage de la barbe à tous les pompiers, via les chefs de centre des casernes », rapporte Julien Aquilano, représentant CGT et pompier à Metz. En cause, le port du masque de protection FFP2, qui nécessite d’être appliqué au contact avec la peau nue pour être efficace.

« Pendant plus de quinze jours, nous avons eu le droit de partir en intervention »

« On s’est tous attelé à se raser la barbe, sans poser de questions, raconte le représentant syndical. Mais certains d’entre nous ont laissé moustache et bouc. Le masque FFP2 repose sur le dessus du nez, le contour des joues et descend sous le menton. Moustache et bouc sont à l’intérieur du masque et ne gênent en rien son étanchéité. »

« Pendant plus de quinze jours, nous avons eu le droit de partir en intervention avec la moustache et le bouc. On s’est occupé de patients Covid avérés, qu’on a transportés à l’hôpital, ça n’a gêné en rien le commandement », poursuit le pompier. Jusqu’au 6 avril. « Nos chefs de centre ont demandé un rasage intégral du visage pour que l’on puisse partir en intervention, raconte Julien Aquilano. On a demandé la preuve scientifique ou même une note écrite, en vain. »

La réponse de la direction

Une absence de texte de la hiérarchie, qui, selon le syndicaliste, montre « l’illégalité de la chose ». Sur le fond, il avance que l’ARS « préconise » de raser la barbe sans que cela soit une obligation. « Rasés ou pas, nous ne sommes pas un danger pour notre famille, nos collègues ou le public », déclare-t-il, rappelant que le « décret du 8 avril 2015 autorise les sapeurs-pompiers à avoir une barbe taillée ».

De son côté, la direction départementale fait savoir qu'« en cette période d’urgence sanitaire inédite, le Sdis de la Moselle se concentre sur le fait d’assurer le meilleur secours à notre population en toute sécurité, non seulement pour les personnes prises en charge, mais également pour les 1.200 sapeurs-pompiers qui assurent chaque jour leur protection dans tout le département ».

Un conflit qui dépasse le département

Vu de l’extérieur, ce bras de fer a quelque chose de surréaliste. « Voir 25 pompiers arrêtés, alors que nos collègues ont besoin de nous, et qu’on a envie d’aider la population dans cette crise sanitaire, c’est difficile à concevoir, concède Julien Aquilano. Mais notre directeur essaie de faire passer une règle sur le rasage sous couvert du Covid-19. On ne reviendra travailler que si on a le droit de garder notre bouc, moustache ou barbe. »

Ce conflit est le nouvel épisode d’une bataille qui dure depuis deux ans dans les casernes françaises : dans plusieurs départements, les pompiers n’ont désormais plus le droit à la barbe. Avec, d’un côté, des consignes nationales qui accusent les poils de nuire à l’efficacité des appareils respiratoires en intervention, et de l’autre, des pompiers barbus plus ou moins coopératifs. Est-ce à la justice de trancher ?