Coronavirus à Paris : Dans les Ehpad gérés par la Ville, un premier bilan fait état de 132 morts

INFO « 20 MINUTES » Selon nos informations, le parquet de Paris a reçu plus de 25 plaintes visant des établissements parisiens, privés et publics

Vincent Vantighem

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Une personne âgée dans un Ehpad pendant la crise du coronavirus.
Une personne âgée dans un Ehpad pendant la crise du coronavirus. — S.Bozon/AFP
  • De nombreux résidents des Ehpad parisiens dépendant de la ville de Paris sont morts du coronavirus.
  • Alors que la situation semble s’apaiser un peu, certains agents commencent à dénoncer la gestion de la crise par la mairie.
  • Le manque d’effectifs et de matériel est souvent pointé du doigt. Des plaintes ont été envoyées au parquet de Paris.

Emmanuel Grégoire compte les jours. Non pas ceux qui le séparent du déconfinement promis par Edouard Philippe. Mais ceux sans avoir à déplorer un mort dans un établissement pour personnes âgées géré par la ville de Paris. « A l’Ehpad Jardin des plantes, nous en sommes à sept jours sans décès », soulignait ainsi, ce vendredi, le premier adjoint de la maire de la capitale, Anne Hidalgo.

La preuve de la violence de la vague du coronavirus sur les maisons de retraite. La preuve aussi que celle du Jardin des plantes, dans le 5e arrondissement, a bien été celle qui a le plus souffert. Selon un bilan provisoire que 20 Minutes est parvenu à se procurer, une trentaine des 92 résidents que comptait cet établissement ont été infectés par le  coronavirus, soit plus de 35 %. Tout comme un  quart des pensionnaires de la maison Julie Siegfried (14e arrondissement). Et vingt pour cent environ de ceux d’Annie Girardot (13e arrondissement)… Sur l’ensemble des 15 maisons gérées par le Centre d’action sociale de la ville de Paris, 132 personnes âgées sont mortes du Covid-19.

Des corps conservés dans des housses plusieurs jours

« Ça fait mal, confie une infirmière. En tant que soignants, on se dit qu’on n’a pas été à la hauteur… » Mais après des semaines très compliquées, la situation semble s’apaiser au moment même où le gouvernement propose d’autoriser à nouveau les visites. « Cela se détend un peu, confirme Emmanuel Grégoire. Par exemple, le Samu recommence à prendre en charge les personnes âgées quand on appelle. Ce qui n’était pas le cas… » Autre signe positif : la prise en charge des corps par les pompes funèbres s’améliore.

Comme l’a révélé la chaîne de télévision belge RTL, les corps de certains résidents ont dû être conservés dans des housses mortuaires à même les lits plusieurs jours avant que les pompes funèbres ne se déplacent. Notamment à l’Ehpad Jardin des plantes. « Les services funéraires ont été sous tension », reconnaît Emmanuel Grégoire.

« On nous a dit : ‘’Vous avez la pétoche, restez chez vous !’’ »

Après des semaines de crise sanitaire, la mairie de Paris continue de faire tester l’ensemble des résidents de ses établissements et espère obtenir un décompte précis d’ici la fin de cette semaine. Mais certains n’ont pas la patience. « On a le sentiment d’une gestion opaque de la crise, dénonce Christian Giovannangeli, secrétaire général Force Ouvrière au Centre d’action sociale. On a beaucoup de mal à obtenir des chiffres. C’est l’omerta ! »

D’autres n’ont que faire des chiffres. Mais gardent un souvenir amer de la pression subie. « La direction nous a dit texto ‘’Vous avez la pétoche, restez chez vous ! On a besoin que des courageux…’’, assure un aide-soignant. Comment voulez-vous faire avec un tel message ? » Résultat : certains agents paniqués à l’idée de contracter le virus et de contaminer leurs proches ont déserté. « Dans mon service, nous sommes 14 à être en arrêt maladie sur 16. Dont moi », reconnaît un autre aide-soignant.

Pour faire face à la situation, un appel aux bénévoles a bien été lancé. « Heureusement que certains sont venus, indique une infirmière qui a, elle aussi, requis l’anonymat. Mais à chaque nouvelle personne, il faut passer par une formation. Pour chaque geste, chaque chose, il faut montrer. Parfois, on se demande si on gagne du temps… »

Tensions sur les masques et les surblouses

Mais, comme dans bien d’autres secteurs, c’est aussi et surtout la gestion du matériel qui a semé la panique un peu partout. « Au début, seuls les médecins avaient le droit à un masque, assure un agent travaillant à l’Ehpad Jardin des plantes. Il a fallu que les résidents tombent en cascade pour que la direction fasse quelque chose… »

Sur ce point aussi, Emmanuel Grégoire reconnaît que la gestion du matériel a été compliquée. « On a clairement eu une tension sur les masques et les surblouses. Mais comme ailleurs… » Aujourd’hui, tout semble être rentré dans l’ordre. L’heure est venue de pleurer les morts et de faire le bilan.

Mais certains veulent déjà passer à l’étape d’après : celle qui consiste à réclamer des comptes. Selon nos informations, le parquet de Paris a déjà reçu plus de 25 plaintes, essentiellement contre X, au sujet de cette crise sanitaire. Les motifs ? Mise en danger de la vie d’autrui. Et abstention de combattre un sinistre.