Coronavirus : Pourquoi certains bateaux de croisière obtiennent-ils des dérogations pour accoster à Marseille ?

CORONAVIRUS Les autorités françaises doivent faire des arbitrages : le débarquement des passagers des navires de croisière est rendu très complexe par les mesures de confinement prises depuis le début de l'épidémie

Jean Saint-Marc

— 

Les passagers français du Costa Deliziosa ont été débarqués à Barcelone. Ils rejoindront ensuite Montpellier en car, avant de retrouver leurs domiciles.
Les passagers français du Costa Deliziosa ont été débarqués à Barcelone. Ils rejoindront ensuite Montpellier en car, avant de retrouver leurs domiciles. — AFP
  • Le débarquement du « Magnifica MSC » a débuté ce lundi à Marseille, dans le respect des règles en vigueur depuis le début de la pandémie de coronavirus.
  • Les passagers français du « Costa Deliziosa », refusés à Marseille, peuvent débarquer à Barcelone et rejoindre Montpellier en car.
  • La préfecture des Bouches-du-Rhône explique qu’il était « matériellement impossible » d’organiser les deux débarquements en même temps.

« Pour les passagers de ces deux paquebots, l’histoire se finit bien. » Jean-François Suhas, président du club de la Croisière Marseille, est soulagé. Ce lundi, les passagers français du Costa Deliziosa, dont le débarquement à Marseille a été interdit par la préfecture, ont pu débarquer à Barcelone. Ils seront rapatriés à Montpellier en bus, avant de retrouver leurs domiciles. Ceux du MSC Magnifica sont en train de quitter le navire : les 692 voyageurs français débarquent depuis ce lundi matin et jusqu’à mardi, avec 358 Allemands, 160 Italiens, 107 Espagnols et 144 Suisses.

« Aucun passager ni aucun des 927 membres d’équipage ne présente de symptômes du Covid-19 », assure MSC Croisières. Personne n’a non plus été infecté à bord du Deliziosa, selon Costa Croisières. Comment expliquer cette différence de traitement entre les deux navires ?

La préfecture des Bouches-du-Rhône explique cet arbitrage à 20 Minutes : « Les services concernés doivent gérer cette semaine à la fois le débarquement du MSC Magnifica et le débarquement de membres d’équipages de cinq navires déjà stationnés au port, dont deux navires de la société Costa. » Selon une porte-parole, il était « matériellement impossible » de gérer en plus le débarquement du Deliziosa.

Le rapatriement, « pas une activité habituelle »

Enfin, le Magnifica, qui devait dès le départ boucler son tour du monde à Marseille, avait fait sa demande de dérogation avant le Deliziosa, qui finira son parcours à Gênes. L’arrivée du Magnifica a été validée début avril par la préfecture, sous deux conditions : « que la situation sanitaire reste inchangée à bord et que MSC fournisse un plan de débarquement, ce qui a été finalisé la semaine dernière. »

Ce débarquement se déroule dans des conditions très strictes de sécurité, dit-on au Grand port maritime de Marseille (GPMM). « Le rapatriement n’est pas une activité habituelle, cela n’a rien à voir avec une escale croisière normale », confie une source au sein du GPMM. Un arrêté préfectoral encadre de façon très stricte toutes les escales dans le port. Ce texte, signé par Pierre Dartout le 6 avril, impose par exemple aux marins qui doivent accéder au quai pour amarrer le bateau de rester « dans la limite de dix mètres autour du poste à quai du navire. »

« On a été bons élèves à Marseille »

Pour Jean-François Suhas, président du club de la Croisière Marseille Provence, « tout est fait dans les règles de l’art. » Mais il regrette que les passagers français du Costa Deliziosa n’aient pas pu, eux aussi, débarquer à Marseille, où nombre d’entre eux avaient embarqué. « Ce débarquement aurait fait une surcharge de travail pour le port, concède-t-il. Mais comme il n’y a pas de ferry en ce moment, je pense que c’était possible. » Depuis le 15 mars, six navires de croisière ont accosté à Marseille. Ils « mobilisent déjà très fortement les forces de sécurité et les autorités sanitaires », nuance la préfecture.

« On a été très bons élèves à Marseille et globalement en France », estime en effet Jean-François Suhas. Pour lui, le problème est international :

De nombreux pays se sont assis sur les lois internationales, qui permettent à un Etat d’interdire à un bateau d’accoster, mais à condition de soigner les malades à bord. Il y a peut-être dans l’inconscient collectif cette idée que les épidémies arrivent par les bateaux… »

Aucune autre arrivée de navire de croisière n’est prévue ces prochains jours à Marseille ou ailleurs en France. « Ces deux paquebots étaient les derniers encore en mer, avec un navire qui terminait son tour du monde aux Etats-Unis », conclut Jean-François Suhas, qui estime que le secteur a « payé un lourd tribut » à l’épidémie. Le coronavirus a fait au moins 21 morts à bord du Ruby Princess, une dizaine de victimes sur le Diamond Princess, quatre morts à bord du Zaandam et deux à bord du Coral Princess.