Coronavirus : Anorexie, boulimie... Comment gérer ses troubles alimentaires pendant le confinement ?

ECLAIRAGE Pas facile de s’y retrouver dans le flux d’informations qui tombent sur le nouveau coronavirus. Une question en particulier vous taraude ? Chaque jour, « 20 Minutes » fait en sorte de vous apporter la réponse

Julie Bossart

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Le confinement peut aggraver les troubles du comportement alimentaire.
Le confinement peut aggraver les troubles du comportement alimentaire. — Govert / Sunshine International

Le confinement mis en place pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus peut se transformer en enfer pour les personnes isolées, malades chroniques ou victimes de violences intrafamiliales. Une autre catégorie de personnes est concernée, celle souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA), ou troubles des conduites alimentaires. Soit l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse, ou encore l’hyperphagie boulimique. En temps ordinaire, le sujet est tabou. Avec cette crise sanitaire, il l’est d’autant plus. Jusqu’à présent, un seul lecteur de 20 Minutes a profité de cette rubrique pour nous en parler :

« Je voulais savoir s’il existe un numéro d’urgence pour les personnes vivant seules et souffrant de boulimie qui supportent très mal le confinement. » Mateen

Voici les réponses que nous pouvons apporter à Mateen, ainsi qu’à toutes les autres personnes qui souffrent en silence et se sentent encore plus désarmées en cette période :

Pour aller droit au but, il existe une ligne téléphonique, « Anorexie Boulimie Info Ecoute », que l’on peut joindre au 0810 037 037. C’est la Fédération française anorexie boulimie (FFAB) qui le rappelle sur son site Internet ainsi que sur les réseaux sociaux – ci-dessous le tweet qui est épinglé sur son compte depuis le 21 mars :

La FFAB a rapidement pris la mesure du danger que représente le confinement pour les personnes atteintes de TCA. Ainsi, dès le 24 mars, elle a coélaboré avec la Maison de Solenn-Maison des adolescents de l’hôpital Cochin (Paris), le Réseau TCA francilien et le service de nutrition de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) une fiche pratique pour gérer les troubles durant cette période. Fiche destinée aux patients, à leurs proches et à leurs soignants*.

On y apprend d’abord que « l’immunité [des personnes souffrant de TCA] est modifiée par les carences multiples et la dénutrition : elles sont probablement plus vulnérables au Covid-19, mais, surtout, plus à risque de formes graves ».

Il est aussi expliqué que plusieurs facteurs peuvent aggraver le comportement alimentaire pendant le confinement : le fait que le frigo et les placards soient davantage remplis, que l’activité physique est limitée, que les tensions intrafamiliales, qui peuvent être exacerbées en raison de la cohabitation forcée, génèrent encore plus de stress et d’anxiété, que la prise de médicaments nécessaires pour compenser les carences (potassium, phosphore, vitamines, psychotropes, compléments alimentaires…) ne soit pas régulière, etc.

De fait, depuis la mise en place du confinement, StopTCA, plateforme en ligne spécialisée dans l’accompagnement de personnes souffrant de TCA et de leurs proches**, a vu doubler le nombre d’appels à ses praticiens : « On en a 8 par jour en temps normal, là, on en reçoit entre 15 et 20, indique Céline Casse, sa fondatrice. Et ces appelants sont pour la plupart de nouveaux patients. » Les réflexions récurrentes ? « J’arrête pas de criser, j’ai pris du poids et je ne sais pas comment faire, relève Céline Casse, qui a souffert elle-même de TCA. Il y a aussi beaucoup d’adolescents, qui disent que leurs parents ne les soutiennent pas, ça devient très compliqué de rester à la maison avec eux. Ou, j’ai des idées noires, et, comme je n’ai rien à faire, je ne pense qu’à ça. »

Pour essayer de briser ce cercle vicieux, de contenir, si ce n’est d’atténuer les angoisses, la FFAB et Céline Casse développent leurs conseils.

Suivi ambulatoire et surveillance médicale. La FFAB recommande d’abord d’éviter les déplacements dans les transports en commun et les commerces ; d’avoir recours à la téléconsultation (avec ses médecin somaticien, psychiatre, nutritionniste…), de façon programmée, et ce, afin de conserver un repère rassurant et de ne pas voir ses symptômes s’aggraver ; de continuer à faire surveiller sa kaliémie (la concentration de potassium dans le plasma sanguin) par un infirmier diplômé d’Etat qui viendra à domicile pour limiter déplacements extérieurs.

Surveillance psychiatrique et traitements. Il faut maintenir les échanges avec son entourage et son équipe de suivi médical, prône la FFAB ; continuer à prendre ses médicaments (certains, comme les psychotropes, le potassium et le phosphore) devant être mis sous clés par les parents ; en cas de rupture d’ordonnance, utiliser l’ancienne ou demander au médecin d’envoyer une ordonnance par mail, strictement à la famille ou au pharmacien.

Limiter les sources de stress. Pour Céline Casse, il faut savoir « déconnecter », c’est-à-dire « ne pas regarder les chaînes d’information en continu, qui sont anxiogènes. On entend parler de mort, de fin de du monde… Pour des personnes qui sont en dépression, ça les plonge encore plus dans un mal-être existant. »

L’alimentation. La FFAB préconise, en cas de boulimie ou d’hyperphagie boulimique, de « ne pas mettre toutes les courses achetées dans le même placard ; de faire une réserve de la moitié ou du tiers des courses achetées et mettre les aliments plaisirs en arrière du frigidaire ou du placard ».

En ce qui concerne l’organisation des repas, il est plus judicieux « d’établir les menus sur la semaine pour tout l’entourage en fonction des réserves et du nombre de convives ; de laisser la famille faire le plus possible la cuisine, si cela a été décidé avec les soignants (situations d’anorexie mentale), et de participer à la cuisine pour les patients souffrant d’hyperphagie boulimique ». La fédération recommande aussi de maintenir les repas à heure fixe et, si vous êtes seul(e), d’appeler en visioconférence un proche durant le temps du repas.

Mis en place d’une routine. Céline Casse confirme les bienfaits de « la mise en place d’une routine. En tout cas pour les personnes chez qui c’est possible. Parce que, les mères de famille, elles sont déjà très occupées et ne peuvent que se tenir à une routine. Les jeunes filles qui habitent seules ou qui sont encore chez leurs parents ont, elles, peut-être un emploi du temps plus flexible. » Elles peuvent donc commencer la journée par une méditation, puis faire une introspection sur leur personne l’après-midi. « Le confinement peut être un moment idéal pour faire ce travail qui leur servira toujours après avec leur praticien », précise Céline Casse. Le soir, elles peuvent se connecter avec leurs amis et discuter.

D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, via les podcasts, il y a énormément de propositions pour s’aérer l’esprit, faire du sport, rire (au passage, depuis le début du confinement, 20 Minutes regroupe tous les midis les meilleures initiatives solidaires dans sa newsletter « Restez positifs chez vous »).

Surveillance du poids. Décider avec son médecin s’il faut se peser, à quelle fréquence et qui doit le faire avec vous (parent, sœur ou frère aîné). La pesée peut aussi s’effectuer lors de la téléconsultation, avec une balance et un smartphone prenant le poids en photo, propose la FFAB.

Se reposer. Céline Casse souhaite enfin que les personnes souffrant de TCA acceptent de prendre le temps de se reposer : « Quand on souffre d’anorexie ou de boulimie, car on est tout le temps en train de compenser et d’être en mouvement permanent pour ne pas prendre du poids, on ne sait pas ce que c’est de se reposer. Et on culpabilise parce que l’on considère que c’est une perte de temps. Il faut accepter ce moment réparateur. »

Selon la Fédération nationale des associations liées aux TCA (FNA-TCA), plus de 600.000 jeunes Français de 15 à 35 ans souffrent de TCA. Et ces troubles représentent la deuxième cause de mortalité prématurée chez les jeunes de 14 à 24 ans, juste après les accidents de la route.

* La Société francophone nutrition clinique et métabolisme (SFNCM) a elle aussi mis en ligne des fiches pratiques, qui sont disponibles sur son site Internet, ici

** StopTCA, c’est un site, ainsi qu’un compte Instagram (@stoptca) et une page Facebook (StopTca).

Pour que vous y voyiez plus clair, 20 Minutes s’emploie à répondre à vos interrogations, que vous pouvez nous adresser en suivant la marche à suivre ci-dessous. Des questions qui doivent, nous vous en serons reconnaissants, concerner un autre sujet que celui abordé dans l’article ci-dessus. N’hésitez pas à vérifier que votre question n’a pas déjà été traitée sur notre site. Pour le savoir, allez dans la barre de recherche située tout en haut de notre page d’accueil. Dans tous les cas, n’oubliez pas de laisser votre e-mail dans votre message. Merci par avance (et prenez soin de vous) !