VIDEO. Coronavirus : Bilan, visites dans les Ehpad, récession, déconfinement… Que retenir de l’allocution d’Edouard Philippe et d’Olivier Véran ?

EPIDEMIE Le Premier ministre et le ministre de la Santé ont tenu une conférence de presse ce dimanche sur l’évolution du virus en France et les pistes envisagées pour sortir du confinement

Elisa Frisullo

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Edouard Philippe a présenté quelques pistes pour le déconfinement prévu le 11 mai prochain.
Edouard Philippe a présenté quelques pistes pour le déconfinement prévu le 11 mai prochain. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Le respect des règles de confinement a permis, selon le Premier ministre, d’éviter de dépasser les capacités d’admission en réanimation.
  • Les résidents des Ehpad vont pouvoir revoir leurs proches dès lundi, a annoncé Olivier Véran, le ministre de la Santé.
  • Il faut s’attendre, selon le Premier ministre, à une croissance de -8 % en 2020.

Pour savoir avec précision à quoi ressemblera leur vie après le 11 mai, les Français devront encore patienter. Et ce, jusqu’à la finalisation du projet de déconfinement encore en préparation et qui devra être présenté par le Premier ministre sous quinze jours.

Mais déjà plusieurs pistes ont été détaillées par Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran ce dimanche en fin de journée, au cours d’une allocution télévisée de plus de deux heures, destinée à faire le point sur l’évolution de l’épidémie de coronavirus en France et les mesures en cours et envisagées pour y faire face. 20 Minutes vous résume les principales annonces à retenir à l’issue de cette intervention.

Le confinement fonctionne contre l’épidémie

« Nous vivons une crise sans précédent, une crise sanitaire de grande intensité. Cette crise sanitaire n’est pas terminée », a lancé en préambule le Premier ministre. Mais si le virus continue de faire chaque jour des victimes en France, sa propagation n’en demeure pas moins ralentie sur le territoire national et en Outre-Mer au regard des chiffres présentés ce soir par Edouard Philippe et Jérôme Salomon, directeur général de la Santé.

Depuis le début de l’épidémie, le Covid-19 a tué 19.718 personnes au total, dont 395 personnes ces dernières 24 heures. Mais pour le onzième jour consécutif, un solde négatif est enregistré en réanimation (-89 patients en réanimation en un jour). Pour le cinquième jour, le solde est également négatif pour les personnes hospitalisées (-29). « Les Français, dans leur immense majorité, ont respecté les consignes qui leur étaient données. J’ai observé comme vous tous une diminution drastique du nombre de déplacements vers les commerces, les épiceries, les stations de transport, les bureaux » a souligné Edouard Philippe.

Le respect de ces règles a notamment permis, selon le Premier ministre, d’éviter de dépasser les capacités d’admission en réanimation, passées de 5.000 lits avant la crise à 10.500 actuellement. Au plus fort moment de l’épidémie, « nous avons atteint le chiffre de 7.100 personnes hospitalisées en réanimation, a-t-il indiqué. Ce chiffre a diminué et est de l’ordre de 5.800 aujourd’hui ». Autre donnée significative, le "RO", autrement dit le nombre de personnes qu’infectera un malade du Covid est de 0,6 aujourd’hui. « Dix patients n’infectent que six nouvelles personnes. Cet élément permet de dire que l’épidémie ralentit fortement », a estimé le Premier ministre.

Les visites de nouveau autorisées en Ehpad à partir de lundi

Confinés bien avant le reste de la population, les résidents des Ehpad vont pouvoir revoir leurs proches, a annoncé ce dimanche le ministre de la Santé. Dans ces maisons de retraite, dont près de la moitié a signalé des cas avérés ou suspectés de coronavirus ces dernières semaines, « nous allons permettre, sous certaines conditions, un droit de visite », a souligné Oliver Véran.

Cela sera possible dès lundi, sous la responsabilité des directions d’établissement et à la demande des résidents. Ces derniers pourront recevoir deux personnes maximum en même temps, sans qu’aucun contact physique ne soit autorisé. Des droits de visite encadrés seront également mis en place dans les centres accueillant des personnes handicapées.

Vers une reprise des activités programmées à l’hôpital

En raison de l’épidémie de coronavirus et de la crainte d’être contaminés, de messages parfois peu compréhensibles des autorités sanitaires, et de l’arrêt de multiples activités hospitalières (hors Covid), il a été observé une baisse globale inquiétante de la fréquentation des médecins spécialisés et des généralistes. Leur activité a respectivement diminué de 60 % et 40 %, selon Olivier Véran, qui a fait part d’une vigilance particulière nécessaire sur l’accès aux soins.

« On constate une baisse de la vaccination et des dépistages des cancers. C’est grave, c’est une situation qui doit nous alerter », a-t-il ajouté, rappelant aux personnes porteuses d’une maladie chronique la nécessité de consulter leurs médecins habituels. Il a par ailleurs indiqué qu’une réflexion était en cours pour une « reprise progressive des activités programmées dans les établissements de santé publics et privés », dès lors que ces examens, soins et interventions ne viendront pas impacter les médicaments et les personnels dédiés à la réanimation.

Une crise économique majeure à venir

« Le risque économique associé à cette crise sanitaire est considérable », a répété Edouard Philippe, soulignant que la France s’apprête à connaître, comme le reste du monde, une récession jamais égalée depuis 1945. Il faut s’attendre selon le Premier ministre à une croissance de -8 % en 2020, « ce qui signifie que la richesse nationale va se contracter ». D’ores et déjà, les conséquences économiques de l’épidémie sur l’activité du pays sont importantes.

L’activité industrielle a notamment chuté de 43 %, la construction de 88 % et la baisse d’activités des cafés, commerces et restaurants frôle les 90 %. Pour soutenir les salariés et les entreprises, plusieurs mesures ont été prises. Parmi elles, 24 milliards d’euros sont et seront alloués au chômage partiel, dont 9 millions de salariés de près de 700.000 entreprises bénéficient aujourd’hui. Soit près de la moitié des sociétés et des employés du territoire. L’Etat doit également affecter 300 milliards d’euros (dont 18 milliards déjà garantis) en soutien des prêts bancaires des entreprises.

Quelles pistes pour le déconfinement ?

« Notre vie après le 11 mai, ce ne sera pas notre vie d’avant le confinement. Pas tout de suite, et sans doute pas avant longtemps. Nous allons apprendre à organiser notre vie collective avec ce virus. Ce sera notre prochain défi et nous allons y arriver », a indiqué Edouard Philippe, dont le gouvernement planche sur un plan précis qui devrait être présenté à la population sous quinze jours.

Parmi les pistes évoquées, le port du masque pourrait être rendu obligatoire dans les transports en commun lors du déconfinement. Le télétravail devra être la norme dans les entreprises dans la mesure du possible. Sujet sensible sur lequel les avis divergent au sein de la population, comme chez les scientifiques et la classe politique, la réouverture des écoles reste floue. « Elles n’ouvriront pas partout le 11 mai et ne fonctionneront pas partout comme avant le confinement », a souligné Olivier Véran.

Plusieurs scénarii sont à l’étude pour permettre le retour en classe des élèves « dans des conditions de sécurité sanitaire ». Dès le 11 mai, les commerces seront autorisés à rouvrir progressivement, en dehors des cafés et restaurants, pour lesquels la date de reprise d’activité reste inconnue. Enfin, il ne devrait pas y avoir de confinement prolongé pour les personnes âgées et à risques. « Nous allons faire appel à la responsabilité individuelle de chacun », a conclu le ministre de la Santé.