Coronavirus à Paris : La cérémonie célébrée à Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour Pâques était-elle vraiment illégale ?

CONFINEMENT Le prêtre de la paroisse intégriste parisienne a été verbalisé après avoir célébré une messe dans la nuit du 11 au 12 avril, à l’occasion de Pâques. Selon les informations de « 20 Minutes », le préfet de police a signalé les faits au procureur de la République

Thibaut Chevillard et Clément Giuliano

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Une procession devant l'église intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnet
Une procession devant l'église intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnet — PIERRE VERDY / AFP
  • Le prêtre de l’église intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, a été verbalisé après avoir célébré une cérémonie en plein confinement, dans la nuit du 11 au 12 avril 2020. Les faits ont également été signalés au procureur de la République.
  • Il a indiqué aux policiers qu’il contesterait cette amende car, selon lui, les responsables de la paroisse s’étaient assurés auprès d’avocat qu’il était légal de célébrer une messe en ce moment.
  • 20 Minutes fait le point sur cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre.

EDIT du 18 avril à 12h : Ajout de l’information sur le signalement des faits au procureur de la République et de la réponse du prêtre.

Une cérémonie en latin, organisée en plein confinement, qui fait couler beaucoup d’encre. Dans la nuit du 11 au 12 avril 2020, les policiers sont intervenus à l’église intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, où se déroulait une cérémonie et ont verbalisé le curé de la paroisse. L’information, parue sur le site du journal Le Point, a été reprise dans une dépêche de l’AFP publiée ensuite sur de nombreux sites de presse, dont celui de 20 Minutes. Depuis, quelques lecteurs nous ont écrit pour nous reprocher de « reprendre de fausses informations ».

Chroniqueur pour le journal d'extrême droite Valeurs actuelles, le père Danziec estime dans un article qu’il s’agit d’une « chasse aux sorcières médiatique » et dénonce les « délires habituels de la presse de gauche » voire une « fake news ». Que s’est-il vraiment passé cette nuit-là dans le 5e arrondissement de la capitale ? Cette célébration était-elle vraiment illégale, comme l’affirment les autorités ? 20 Minutes fait le point.

Que s’est-il passé ?

Selon un rapport de police consulté par 20 Minutes, les agents envoyés sur place durant la nuit ont d’abord constaté « de la lumière à l’intérieur, ainsi que de la musique et plusieurs voix ». Mais les portes étant fermées, ils n’ont pu rentrer dans l’église. A 1h25 du matin, ils aperçoivent quatre personnes quittant les lieux en empruntant une sortie, rue des Bernardins. Interrogées, ces dernières indiquent avoir « assisté à l’office donné par le curé devant une vingtaine de personnes ».

Les policiers se présentent alors au prêtre ayant officié dans l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Ce dernier explique « avoir tenu des messes toute la semaine ». Elles ont été « autorisées » par sa hiérarchie qui a « étudié les différents arrêtés » pris par le gouvernement avec des avocats. Il ajoute que « les messes ont lieu devant vingt personnes et qu’elles sont diffusées sur YouTube ».

Mais les policiers campent sur leur position. Ils rappellent au prêtre qu’il est « interdit d’effectuer une messe avec la présence de public » et « seules les messes avec moins de vingt personnes sont autorisées pour les cérémonies funéraires ». Avant de le verbaliser pour « ouverture d’un lieu de réunion malgré une mesure de fermeture temporaire ». Le curé a fait savoir aux agents qu’il contesterait cette amende.

Est-il autorisé de célébrer la messe durant le confinement ?

Contacté par 20 Minutes, le ministère de l'Intérieur souligne que les lieux de culte « ne sont pas obligatoirement fermés » durant cette période. Les fidèles peuvent s’y rendre « lors de leur promenade autorisée à titre dérogatoire » à condition qu’ils soient « en très petit nombre » à l’intérieur et qu’ils y prient « isolément ».

En revanche, ajoute la place Beauvau, « il ne doit y avoir aucun regroupement fortuit ni rassemblement organisé » tel qu’une « cérémonie cultuelle ». Seule exception : les cérémonies funéraires sont toujours autorisées « mais limitées à 20 personnes, dans le respect des "gestes barrière" ».

Cette célébration est-elle donc illégale ?

Toujours selon le ministère de l’Intérieur, un office « peut être célébré par un ministre du culte, mais à huis clos, afin d’être retransmis par des médias », notamment durant les fêtes de Pâques. A Saint-Nicolas-du-Chardonnet, la cérémonie a été annoncée et diffusée en direct sur YouTube. Difficile, dès lors, de parler de « messe clandestine ».

Sur les images, on constate que les bancs de l’église sont presque vides. Il semble, en tout cas, que seuls des religieux étaient présents. Saint-Nicolas-du-Chardonnet a en effet indiqué sur son site internet que les offices « ne sont plus accessibles aux fidèles jusqu’à nouvel ordre » en raison « des mesures gouvernementales imposées pour lutter contre l’épidémie de coronavirus ».

Alors, c’est quoi le problème ?

« Le ministre du culte peut être assisté de quelques personnes, si nécessaire et dans un nombre le plus restreint possible, pour procéder à l’enregistrement de la cérémonie », ajoutent les services de Christophe Castaner. Or, sur les images, on peut compter qu’au moins 22 personnes se trouvaient à l’intérieur de l’église cette nuit-là. A Notre-Dame-de-Paris, où une messe a également organisée pour Pâques, « il y avait environ 10 personnes seulement, équipe technique comprise », indique à 20 Minutes une source policière. Si le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet a été verbalisé, c’est parce qu’il y « avait trop de monde » dans l’église. Selon les informations de 20 Minutes le préfet de police a signalé les faits au procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale « il y a déjà plusieurs jours ».

Contacté par 20 Minutes, l’abbé Pierpaolo Maria Petrucci, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, n’a pas souhaité répondre à nos questions, dénonçant les « fausses nouvelles » diffusées au sujet de la cérémonie.