Coronavirus à Saint-Tropez : L’ARS enquête après des tests privés du Covid-19 dans une résidence de luxe

INFO «20 MINUTES» L’agence régionale de santé Paca a ouvert une enquête après la réalisation d’essais de tests sérologiques d’un laboratoire privé sur une soixantaine de personnes dans un domaine luxueux de Saint-Tropez

Adrien Max

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Une vue de la ville de Saint-Tropez.
Une vue de la ville de Saint-Tropez. — JEAN CHRISTOPHE MAGNENET / AFP
  • Les Parcs de Saint-Tropez abritent des maisons de milliardaires, dont celle de Bernard Arnault et de l’homme d’affaires égyptien Mohamed al-Fayed, dans une résidence ultra-sécurisée, gardée 24h/24.
  • C’est derrière ces murs que des tests liés au Covid-19 ont été réalisés sur une soixantaine de personnes.
  • Le quotidien régional Var-Matin évoquait des tests de dépistages du Covid-19, tandis que le maire de Saint-Tropez avance qu’il s’agit d’essais internes à un laboratoire pour le développement de tests de dépistages.

Des tests pour le Covid-19 réalisés à l’abri des regards au sein d’une luxueuse résidence de Saint-Tropez. Les Parcs de Saint-Tropez, situés sur la presqu’île du cap Saint-Pierre, abritent des maisons de milliardaires, dont celle de Bernard Arnault et de l’homme d’affaires égyptien Mohamed al-Fayed, dans une résidence ultra-sécurisée, gardée 24h/24. Dans un article consacré à ce lieu, titré « Les Parcs, à Saint-Tropez : la cité interdite aux non-milliardaires », le magazine Capital décrit des maisons comprises entre 8 et 12 millions d’euros, avec « un court de tennis sur leur toit et des piscines qui se recouvrent en soirée pour se transformer en terrasses », l’installation de « filets à méduse », ou des « pelletées de sable blanc déposées sur la plage principale pour que les vacanciers ne s’écorchent pas les orteils sur les cailloux ». Quand certains propriétaires vont jusqu’à payer 1.000 euros par mois pour bénéficier d’un débit de 100 Mbits par seconde.

C’est derrière ces murs que des tests liés au Covid-19 ont été réalisés sur une soixantaine de personnes, des privilégiés selon certains. Le quotidien régional Var-Matin relatait en début de semaine « une opération de dépistage totalement privée » dans ce parc privé dont certains habitants de Saint-Tropez se sont offusqués sur les réseaux sociaux. Le quotidien décrivait « des locaux d’accueil installés dans le bureau du directeur des Parcs » et des résidants pouvant avoir accès à « un médecin et à un technicien qui procèdent à des tests ».

« Validation interne d’un des laboratoires »

Mardi, le maire de Saint-Tropez, Jean-Pierre Tuveri, tentait de désamorcer la polémique en publiant un communiqué sur le site de la mairie. « Suite à des informations erronées diffusées sur les réseaux sociaux et un amalgame fait dans la presse locale avec la mise en place d’un éventuel centre d’accueil médical Covid-19 à Grimaud, cette opération a suscité des interrogations, et des controverses », débute-t-il.

Avant d’expliquer la vraie nature de l’opération au sein de la résidence de luxe sur sa commune : « Il s’agit en fait d’un test sérologique (sanguin) effectué sur un échantillon d’environ 60 personnes dans un domaine privé, non rémunéré, servant pour la validation interne d’un des laboratoires. » Le maire précise ensuite que « les autorisations de mises sur le marché de ce test sérologiques pourraient être obtenues du centre national de référence, sous l’égide de l’Institut Pasteur d’ici une dizaine de jours ». Les privilégiés, selon certains, seraient donc en réalité des « rats de laboratoires ».

« Nous n’étions pas du tout au courant »

Les tests sérologiques, qui permettent de savoir si l’organisme produit des anticorps contre le Covid-19, et donc de savoir si l’on a été malade et que l’on est désormais immunisé, sont effectivement en cours d’évaluations, comme l’a expliqué l’Institut Pasteur à 20 Minutes. « Au début de l’apparition de l’épidémie, nous avons évalué les tests de dépistage, désormais nous évaluons les tests sérologiques. Ces évaluations sont faites par le centre national de référence, sous l’égide de l’Institut Pasteur. Nous envoyons ensuite ces évaluations au ministère de la Santé, qui publie la liste des tests certifiés sur le Journal officiel. Cela ne devrait intervenir que d’ici une dizaine de jours. »

Les essais réalisés à Saint-Tropez visent à valider en interne un test sérologique, qui sera ensuite envoyé à l’Institut Pasteur pour y être évalué, selon les explications fournies par le maire. « Là, il s’agit d’essais réalisés par un laboratoire privé, le laboratoire fait son truc dans son coin. On ne prône pas la réalisation d’enquêtes sauvages, elles doivent être évaluées avec les résultats de tests de référence. Nous travaillons avec le plasma de patients récolté dans le cadre juridique d’essais cliniques, et dont le plasma a déjà été vérifié », détaille l’Institut Pasteur qui considère le communiqué de presse du maire comme « assez suspect ». « Il nous cite et nous associe alors que nous n’étions pas du tout au courant », même si ce n’est pas la première fois.

« Si l’ARS ouvre une enquête, ce n’est pas pour rien »

Du côté de l’ARS Paca, de la préfecture du Var, ou même de la direction générale de la Santé, personne ne semble au courant de ces essais en vue « de la validation interne d’un des laboratoires ». « Nous ne sommes pas du tout au courant, et nous allons mener une enquête pour faire la lumière », annonce l’ARS à 20 Minutes.

Malgré plusieurs relances, ni l’ARS Paca, ni la direction générale de la Santé, n’était en mesure de fournir des éléments sur la réglementation portant sur l’encadrement de la réalisation de tests par un laboratoire privé. Le maire Jean-Luc Tuveri n’a pas souhaité non plus fournir plus de précisions, et nous a renvoyés vers son communiqué. « Mais si l’ARS ouvre une enquête, ce n’est pas pour rien », nous a-t-on confiés du côté de l’Institut Pasteur, et de la direction générale de la Santé.