Coronavirus : La commande de drones du ministère de l’Intérieur est-elle liée au contrôle du confinement ?

FAKE OFF Le lancement d’un appel d’offres pour plus de 650 drones par le ministère de l’Intérieur suscite des réactions sur les réseaux sociaux, alors que ces appareils sont utilisés en ce moment par les forces de l’ordre pour faire respecter le confinement

Béatrice Colin

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Un drone de la police lors de la surveillance des plages de Villefranche-sur-Mer, dans le cadre du respect du confinement.
Un drone de la police lors de la surveillance des plages de Villefranche-sur-Mer, dans le cadre du respect du confinement. — SYSPEO/SIPA
  • Ce dimanche, le ministère de l’Intérieur a publié un appel d’offres pour l’acquisition de plus de 650 drones, pour un montant dépassant les 3,5 millions d’euros.
  • Sur les réseaux sociaux, certains dénoncent cet investissement, alors que ces équipements sont utilisés en ce moment par les forces de l’ordre pour faire respecter le confinement.
  • Le ministère de l’Intérieur dément tout lien entre cette commande et la crise sanitaire, pointant un processus d’appels d’offres « long et complexe ».

Sur les plages de la Côte d’Azur, dans les rues de Rennes ou encore sur les routes de campagne. Des drones ont été souvent utilisés ces dernières semaines par les forces de l’ordre pour contrôler le respect des mesures de confinement destinées à lutter contre le coronavirus.

Alors, quand un appel d’offres du ministère de l’Intérieur est publié ce dimanche pour l’achat de près de 650 engins volants pour un montant de plus de 3,5 millions d’euros, cela ne passe pas inaperçu sur les réseaux sociaux. L’annonce, parue au Bulletin officiel des annonces de marchés publics (Boamp), a dans un premier temps été repérée par un journaliste de France Info.

Une information rapidement devenue virale, notamment des pages Facebook se revendiquant du mouvement des « Gilets jaunes ». Sous le titre « Covid19 : l’Etat en profite pour instaurer une société de contrôle », la page « Cerveaux non disponibles » estime que « la mécanique d’une société de surveillance se met en place », alors que dans un même temps, la pénurie de masques et de blouses dans les hôpitaux perdure « faute d’anticipation par l’Etat ». Et d’ajouter : « Voilà qu’on nous sort des bizarreries telles que des commandes de "micro-drones du quotidien" pour surveiller la population. »

Le journaliste indépendant David Dufresne, observateur critique des pratiques policières, y voit « le Covid en subterfuge idéal de nos Après piétinés ». Pour lui, ces drones « sont les derniers enfants-soldats technologiques du monde militaire, des poids plumes, qui tiennent dans une paume, capables de voler 25 minutes, de transmettre leurs images (thermiques ou non) à deux kilomètres, invisibles, indétectables, cryptés à souhait : nos frelons de demain, redoutables panopticiens », dénonce-t-il dans l’une de ses chroniques.

FAKE OFF

Cet appel d’offres est composé de quatre lots distincts. Les trois premiers portent respectivement sur l’achat de « 565 micro-drones du quotidien », « 66 drones de capacité nationale » et d’une vingtaine de « nano-drones spécialisés ». Le quatrième est plus obscur pour les non-initiés. Il concerne l’acquisition de « passerelles de réception des trames wifi des drones collaboratifs », des boîtiers permettant aux policiers et gendarmes de détecter éventuellement la présence de drones et de savoir s’ils sont autorisés ou une éventuelle menace, comme le décrypte le site spécialisé Hélicomicro.

Le ministère de l’Intérieur réfute tout lien entre la pandémie de coronavirus et cette commande, et on assure « que cet appel d’offres n’a rien à voir avec la crise sanitaire ». La place Beauvau indique à 20 Minutes que ces actes administratifs « sont assez classiques ». « Ils répondent à des besoins déterminés l’année dernière, les appels d’offres suivent un processus long et complexe. Les drones sont des technologies qui montent en puissance depuis plusieurs mois dans la surveillance et que l’on peut utiliser notamment lors d’événement comme le G7, pour le maintien de l’ordre ou dans la lutte contre le terrorisme. »

Aujourd’hui, les policiers et gendarmes ne sont pas « énormément » dotés en matière de drones, poursuit le ministère de l’Intérieur. Alors que ces appareils se démocratisent auprès du grand public, ces nouvelles dotations pourraient permettre, par exemple, « de capter des mouvements de foule intempestifs » lors de grandes manifestations. Mais aussi de détecter la présence de drones non autorisés, notamment auprès des centrales nucléaires, comme cela avait été le cas à l'automne 2014 où une vague de survols​ avait eu lieu au-dessus de plusieurs sites.