Coronavirus à Toulouse : L’astucieuse « poignée de coude » mise au point par une école d’ingénieurs pour la clinique voisine

MALIN ET SOLIDAIRE Pour simplifier la vie les soignants d’une clinique voisine, une école d’ingénieurs toulousaine a inventé une salvatrice « poignée de coude ». L’équipe médicale est conquise et en redemande

Hélène Ménal

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La fameuse poignée de coude adoptée au service réanimation de la clinique Pasteur de Toulouse.
La fameuse poignée de coude adoptée au service réanimation de la clinique Pasteur de Toulouse. — Clinique Pasteur
  • La clinique Pasteur de Toulouse expérimente une « poignée de coude » qui permet de mieux garantir l’hygiène des mains face au coronavirus.
  • Elle a été mise au point par un chef de projet de l’Icam, l’école d’ingénieurs voisine.
  • L’établissement fait tourner ses imprimantes 3D pour équiper les portes de tout le service réanimation de la clinique.
  • Et il diffuse ses plans en open source.

Entre les blouses, les surblouses, les charlottes ou les visières, l’enfilage de la tenue de combat pour le personnel soignant en première ligne face au coronavirus est déjà fastidieuse. Elle le devient encore plus au moment de se demander s’il faut changer de gants après avoir touché une poignée de porte. Une question qu’on ne se pose plus au service réanimation de la clinique Pasteur de Toulouse, du moins pour une porte et bientôt pour toutes.

L’établissement teste une « poignée de coude » : une pièce en plastique, parfaitement adaptée et soigneusement incurvée. Comme son nom l’indique, elle permet d’ouvrir et de refermer la porte avec le coude, sans y mettre les doigts.

Le personnel est « tout à fait conquis par le système », indique la clinique. D’autant qu’il ne vient pas du bout du monde. Mais de tout à côté, de l'Icam, l’école d’ingénieurs voisine.

La poignée de coude mise au point pour la clinique Pasteur de Toulouse.

« Au départ, la clinique nous a contactés pour concevoir des visières pour les soignants », raconte Eric Loupiac, chef de projet au département services aux entreprises de l’école. Avec des étudiants volontaires, munis d’une attestation spéciale, la fraiseuse à commandes numériques a été mise en surchauffe. « Une bande de mousse pour le front et deux languettes de velcros pour les attaches », vendredi dernier l’Icam a livré 200 visières à la clinique Pasteur.

Et c’est lors de ces échanges qu’a germé l’idée de la fameuse poignée de coude, dont des plans circulaient déjà sur Internet. « J’ai fabriqué un premier prototype », poursuit Eric Loupiac. Echec. Mal adapté au format des portes de la clinique, ce brouillon de poignée de coude permettait surtout de se coincer les doigts…

Mais Eric Loupiac n’a pas un tempérament à rester sur un revers. « J’ai réfléchi toute une nuit, confie-t-il, et le lendemain j’ai proposé un deuxième prototype ». Accueilli « à bras ouverts » celui-là. Au point que la clinique a commandé une trentaine de poignées de coude pour équiper son service réanimation. De quoi occuper la dizaine d’imprimantes 3D de du Fablab de l’Icam pendant quelques jours.

Tout le monde peut s’y mettre

La clinique, qui se doute qu’une ère nouvelle s’ouvrira dans l’après-Covid-19, a aussi l’intention à plus long terme d’équiper l’ensemble de ses portes, y compris celles des chambres, ce qui, au bas mot, au rythme de deux poignées par porte, représente quasiment un millier de dispositifs. Mais cette quantité industrielle n’est pas les cordes de l’Icam, l’école d’ingénieurs va passer la main.

Eric Loupiac aurait pu déposer un brevet. « Et surfer sur la misère qui s’abat sur la Terre entière ?, s’offusque-t-il. Des imprimantes 3D, il y en a partout, un tas de gens peuvent fabriquer des poignées de coude chez eux ». Alors, il diffuse les plans de son modèle maison en open source sur le site de l’Icam. Ingénieux et désintéressé.