Coronavirus en Gironde : « Nous équiperons chaque habitant d’un masque de déconfinement d’ici au 11 mai » annonce le département

INTERVIEW Le président du département de la Gironde, Jean-Luc Gleyze, a annoncé que la collectivité équiperait chaque habitant d’un masque en tissu, d’ici au 11 mai

Mickaël Bosredon

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L'atelier de confection de masques en tissu, monté en quelques jours à La Teste, sur le bassin d'Arcachon.
L'atelier de confection de masques en tissu, monté en quelques jours à La Teste, sur le bassin d'Arcachon. — Département de la Gironde
  • Le département de la Gironde s’est associé à la métropole de Bordeaux pour lancer une vaste commande de masques pour les habitants.
  • Il s’agira de masques en tissu, lavables.
  • La collectivité craint que l’Etat ne soit pas au rendez-vous de sa promesse d’équiper les Français de masque d’ici au 11 mai.
  • Pour le département, il s’agit donc de parer à l’urgence, il reviendra ensuite au citoyen de s’équiper, si le port du masque doit se prolonger dans le temps.

Le président du conseil départemental de la Gironde, Jean-Luc Gleyze (PS), vient d’annoncer la commande d’un million de masques pour équiper tous les habitants du département d’ici au 11 mai. Il s’est rendu ce mercredi matin à La Teste, sur le bassin d’Arcachon, à l’atelier de confection éphémère qui s’est monté au parc des expositions, et qui fabriquera une partie de cette commande. 20 Minutes revient avec l’élu sur cette annonce.

Jean-Luc Gleyze, maire PS du conseil départemental de la Gironde.

Vous avez annoncé que le département allait équiper chaque habitant de la Gironde d’un masque. Pourquoi avoir pris cette initiative ?

Le président Emmanuel Macron a annoncé que le 11 mai, l’Etat devrait mettre à disposition de tous les Français des masques en tissu, lavables, mais personne ne sait si c’est bien l’Etat qui va les fournir, s’il va les fournir en volume suffisant, ou s’il va nous demander de servir de relais comme on le fait sur les masques chirurgicaux… Donc nous avons pris les devants. Peu de citoyens girondins iront frapper à la porte du Président de la République ou du ministre de la Santé si ces masques ne sont pas au rendez-vous le 11 mai, en revanche pour appeler les maires, les présidents de communauté de communes, les conseillers départementaux, il n’y aura pas de problème, parce que nous sommes en proximité. Donc, si nous ne prenons pas les devants, c’est nous qui allons être sollicités sans avoir la capacité de réponse. C’est pourquoi nous avons décidé d’équiper d’au moins un masque de déconfinement, chaque Girondine et girondin à partir du 11 mai.

Et vous avez passé commande d’un million de masques auprès de l’atelier qui s’est créé au parc des expositions de La Teste, sur le bassin d’Arcachon ?

Concrètement, il s’agit d’une commande groupée de la métropole de Bordeaux et du département de la Gironde. Bordeaux Métropole commande deux millions de masques, dont 800.000 pour sa population, et 600.000 masques pour la population du département hors métropole, que nous prenons en charge financièrement. Mais en tout, nous lançons effectivement une commande d’un million de masques, sachant que nous commanderons ailleurs les 400.000 masques restant. Nous considérons qu’il faudra aussi des masques pour nos professionnels quand ils vont devoir retravailler, et nous aurons tous les professionnels des Ehpad, des structures d’aide aux handicapés, qui vont se tourner vers nous.

Au niveau de la production de cet atelier éphémère de La Teste, cela va suivre ?

Il est en attente de livraison de tissu et d’élastique et il a déjà 130 machines aujourd’hui. Il en aura une centaine de plus dans quelques jours, et la production de cet atelier pourra monter à 30.000 masques par jour, donc ce sera suffisant. Sachant que l’idée est aussi de trouver d’autres fournisseurs, via la région, pour être à la hauteur de la production de masques nécessaires pour l’ensemble de la population.

Combien vous coûte cette opération au total ?

Le masque est à 2,5 euros, donc un million de masques, cela devrait nous revenir à 2,5 millions d’euros. Sachant que les prix s’affolent et qu’on entend parler de prix deux à trois fois supérieurs… Ce sont des masques en tissu, lavables, et que l’on peut garder une trentaine de jours.

Si le port du masque devient obligatoire, et se prolonge dans le temps, continuerez-vous d’en fournir à la population ?

La question de l’argent public va se poser, évidemment. A un moment, le marché va se développer, et on peut imaginer que des grands groupes vont se mettre à fabriquer des masques qu’ils vendront à un prix défiant toute concurrence. Il reviendra peut-être au citoyen de s’équiper. Nous, ce qui nous importe, c’est la période d’urgence, et d’avoir ces équipements pour le 11 mai au moment du déconfinement. Et d'ici là, on peut aussi supposer que l'Etat aura un peu organisé les choses, car là nous organisons, nous nous débrouillons.

Et comment s’organisera la distribution de ces masques ?

C’est ce que l’on est en train d’étudier. Les mairies récupéreront peut-être les masques via les communautés de communes, pour ensuite les distribuer. Après, est-ce qu’on ira chercher son masque en mairie, ce qui oblige les gens à se retrouver ensemble, ou est-il plus judicieux de faire du porte à porte, notamment dans les petites communes ?

Parallèlement, vous avez aussi commandé 2,5 millions de masques chirurgicaux pour les professionnels ?

Oui, c’est une autre commande. Les masques chirurgicaux devraient être fournis par l’Etat, via l’ARS (Agence régionale de santé). L’Etat a défini une liste prioritaire des destinataires pour les masques qu’il commande, comme le personnel soignant, celui des Ehpad et des services d’aide à domicile. Le problème est que cette dotation est une dotation à minima : une aide à domicile par exemple, a droit à cinq masques par semaine, or si elle intervient chez trois personnes dans la journée, on est déjà largement en deçà du besoin… Voyant donc qu’il n’y aurait pas suffisamment de masques, et voyant aussi que des professions allaient être complètement oubliées, je pense aux assistantes maternelles, à la protection de l’enfance, aux pompiers, nous nous sommes dit qu’il faudrait commander des masques supplémentaires, d’où ces 2,5 millions de masques pris, et financés, sur la commande globale d'environ cinq millions de masques de la région. Nous avons déjà reçu une première livraison de 600.000 masques, et en avons distribué 260.000 cette semaine.

Métropole

Chaque habitant de la métropole disposera aussi d’un masque en tissu, lavable et réutilisable d'ici au 11 mai, promet la collectivité. Ce masque sera distribué par les 28 communes de la métropole selon le dispositif qu’elles auront choisi : portage à domicile, retrait en mairie, retrait en point d’accueil…