Coronavirus : La hausse des prix dans les supermarchés depuis le confinement est-elle une réalité ?

FAKE OFF Sur les réseaux sociaux, des internautes répandent toujours l'idée d'une augmentation importante des tarifs dans les grandes surfaces. Une impression qui n'est pas dénuée de fondements, mais qui concerne certains produits seulement, et qui relève de quelques abus

M-L. S.

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A une caisse de supermarché, le 23 mars 2020, à Rouen.
A une caisse de supermarché, le 23 mars 2020, à Rouen. — ROBIN LETELLIER/SIPA
  • Certains internautes ont le sentiment que les prix pratiqués dans les grandes et moyennes surfaces sont en augmentation depuis la pandémie de Covid-19.
  • Les fruits et légumes sont bien concernés par une hausse des tarifs, qui trouve des justifications. L'association UFC-Que Choisir remarque, de son côté, une stabilité du prix des produits de première nécessité.
  • Une note du service central du renseignement territorial, que 20 Minutes s’est procurée, pointe néanmoins quelques abus. 

« En une semaine, le prix des pommes de terre passe de 1.39 € à 7.50 € le kilo. Mr Carrefour, si on vous insulte sur Twitter, on sera poursuivi ? » Ce tweet du 12 avril est devenu viral et a relancé la polémique au sujet de l’augmentation des prix dans les supermarchés depuis l’épidémie de coronavirus.

Un montage photo trompeur.
Un montage photo trompeur. - Capture d'écran Twitter

Même s’il s’agit d’un message trompeur (l’auteur du tweet compare en réalité des pommes de terre de variétés différentes), d’autres internautes expriment également leurs doutes sur les réseaux sociaux. « Stop au racket. Actuellement, les prix augmentent dans nos supermarchés et hypermarchés, alors que le peuple de France ne gagne plus l’argent comme d’habitude, suite à la conjoncture du #covid 19 », peut-on lire par exemple dans un tweet publié ce mardi. Un autre tweet du 13 avril dénonce des « prix qui flambent » :

Des internautes en colère.
Des internautes en colère. - capture d'écran Twitter

« Bravo aux grandes surfaces d’augmenter autant les prix en ces temps difficiles. Le papier toilette acheté d’habitude 3,49 qui passe à 5,99 (même marque hein). C’est une honte. Et c’est le cas pour quasiment tous les produits », écrit un autre internaute. « Sincèrement même en prenant des trucs juste essentiels, ou très peu de choses, ou juste des légumes et boom tu ressors forcément avec 50 € alors que t’as vraiment un sac vide », ajoute un autre. Ou encore : « Je comprends que certaines personnes soient un peu débiles à dévaliser les magasins, mais là ça se répercute vraiment trop sur le prix, sans parler des articles de la marque du magasin qui disparaissent, remplacés par des marques trois fois plus chères ».

FAKE OFF

Les grandes et moyennes surfaces (GMS) ont-elles profité du confinement pour générer une hausse des tarifs ? « C’est vrai, je le reconnais, il y a, sur certains fruits et légumes frais une forte augmentation », avait déjà indiqué le 8 avril le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, comme le relayait 20 Minutes, l’expliquant notamment par le fait que des produits auparavant importés étaient remplacés par une production française.

Les pommes de terre incriminées dans le premier tweet en sont un exemple, comme l’a indiqué le gérant du supermarché à l'AFP : « Il y a une semaine, on a décidé d’arrêter une variété de pommes de terre primeur plus ordinaire, la Celtiane, qui n’était pas locale, pour faire de la pomme de terre de l’île de Ré, car elles viennent d’arriver sur le marché. »

Interfel, interprofession de la filière fruits et légumes, a également expliqué aussi dans un communiqué que « les prix des fruits et légumes frais peuvent être légèrement impactés […] par l’évolution de certains coûts, notamment ceux du transport ou des impacts liés au manque de main-d’œuvre ».

Du « pur opportunisme »

Une note du service central du renseignement territorial datée du 7 avril, que 20 Minutes s’est procurée et qui évoque notamment les approvisionnements alimentaires, confirme : « Un phénomène de hausse des prix observé dans les GMS [grandes et moyennes surfaces] peut s’expliquer par les difficultés d’approvisionnement, les surcoûts liés à la désorganisation des transports (problématique de retour de chargements à vide). »

Mais ce document évoque également des abus qui ne trouvent pas de justification et qu’elle qualifie de « pur opportunisme » : « Par exemple, dans le Cher, cette augmentation serait de 4 % et la DGCCRF [Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes] est saisie du dossier. » « Certains jouent le jeu et d’autres profitent de la situation. Tous les patrons de magasin ne sont pas exemplaires », déplore également le responsable achat d’un hypermarché à l’est de Nantes (Loire-Atlantique) le 10 avril dans les colonnes de Ouest France. Contactée par 20 Minutes, l’association UFC-Que Choisir indique qu’aucune plainte de consommateurs n’a été relevée dans le Cher.

UFC-Que Choisir a en revanche  mis en ligne il y a quelques jours les résultats de son étude destinée à suivre, depuis le début du confinement, les prix en drive pour 104 produits de première nécessité dans dix enseignes (Cora, Auchan, Intermarché, E. Leclerc, Casino, U, Carrefour, Chronodrive et Colruyt). Résultat : « Ce suivi confirme deux tendances : les prix des produits de grande consommation ont très peu augmenté dans les grandes enseignes, mais l’addition s’avère plus salée pour leurs clients. L’explication de ce paradoxe apparent est liée à la pénurie des produits les moins chers. »

A gauche l'évolution des prix dans les drive lors de la 1re semaine de confinement, à droite lors de la 2e semaine.
A gauche l'évolution des prix dans les drive lors de la 1re semaine de confinement, à droite lors de la 2e semaine. - UFC-Que Choisir

Les grandes surfaces ont assuré de leur côté avoir pris des mesures : Intermarché a bloqué « jusqu’au 15 mai prochain les prix de 10.000 produits de marques nationales ou de marques de distributeur ». Chez Carrefour, 500 produits de l’opération « prix imbattables » font l’objet d’un gel. Et E.Leclerc a pris la décision de « bloquer les prix de plus de 4.000 produits Marque Repère ».