Coronavirus : Les services de renseignements redoutent la fin du confinement

COVID-19 Le service central du renseignement territorial observe que les syndicats, mais aussi des groupuscules d’ultra-droite et d’ultra-gauche, ont prévu dès la fin du confinement des actions et des manifestations  

Thibaut Chevillard

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Des affrontements avaient eu lieu lors de la manifestation du 1er mai 2019 à Paris
Des affrontements avaient eu lieu lors de la manifestation du 1er mai 2019 à Paris — Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
  • Le service central du renseignement territorial craint une radicalisation de la contestation dans les semaines qui suivront le confinement.
  • Les syndicats ont d’ores et déjà prévu de battre le pavé pour dénoncer la politique du gouvernement.
  • Les groupuscules d’ultra-gauche et d’ultra-droite entendent eux aussi profiter de la situation pour préparer des actions.

Les traditionnelles manifestations du 1er mai n’auront pas lieu. A cette date, les Français seront toujours confinés chez eux en raison de l’épidémie de coronavirus. Mais les organisations syndicales, qui « étoffent leur futur cahier revendicatif », entendent bien mobiliser leurs troupes pour battre le pavé dès qu’elles en auront l’occasion. Car pour elles, « la sortie de crise passera inévitablement par un rendez-vous de contestation sur la voie publique, afin de dénoncer les manquements de l’État et l’absence de réelles politiques sociales », souligne une note du service central du renseignement territorial, publiée le 7 avril et consultée par 20 Minutes.

Depuis le début de la crise, les agents de ce service prennent le pouls du pays et multiplient les notes destinées à informer les plus hautes autorités de « l’impact du Covid-19 en France ». Alors que « de plus en plus de syndicats ne cachent pas leur colère contre la politique gouvernementale menée en matière de santé depuis des années », ils estiment « que la contestation sociale va reprendre de plus belle à l’issue de la crise ». Surtout, les policiers observent que des syndicats, comme la CGT ou SUD, « rejoignent en partie les points de vue exprimés par la mouvance contestataire radicale depuis le début du confinement ».

« Transversalité des luttes »

L’ultra-gauche, remarquent les agents du SCRT, dénonce elle aussi la gestion par le gouvernement de la crise sanitaire, notamment le manque de masques destinés aux soignants. Et « l’idée d’un passage à un mode opératoire plus radical, exacerbée dans cette période "d’assignation à résidence collective", circule de plus en plus dans la mouvance », ajoutent les policiers pour qui « cet appel à "basculer" doit être pris en considération ». « Il peut constituer les prémices d’une montée en puissance d’actes de subversions violentes opérés par des militants d’une ultra-gauche décomplexée, engagée dans une « démarche insurrectionnelle. »

Des collectifs, comme le « Réseau de ravitaillement des luttes du pays nantais » ou « Nantes révoltée », se mobilisent déjà et appellent à l’organisation d’une « grande manifestation à Nantes pour la défense de l’hôpital, le premier samedi après le déconfinement de la Loire-Atlantique ». Prônant la « transversalité des luttes », ils souhaitent la présence de « gilets jaunes et de blouses blanches ». Un collectif de Rouen propose, lui aussi, de s’associer aux soignants pour préparer une « grande manif de la santé après le confinement ».

Des militants de la mouvance contestataire nantaise critiquent aussi le gouvernement qui « déploie des moyens gigantesques pour imposer des mesures liberticides à la population : drones, caméras, géolocalisation, amendes par centaines de milliers, violences et peines de prison ». D’autres à Rouen estiment même que « depuis le début de l'épidémie Covid-19, les forces de police utilisent le confinement pour harceler, humilier, et même parfois tuer celles et ceux identifiés comme risque par le pouvoir : les habitants des zones les plus pauvres ». Pour eux, « la police représente pour beaucoup une menace plus grande que le virus lui-même ».

« Mutinerie sanglante »

« À l’instar de l’ultra gauche, les atteintes aux libertés individuelles cristallisent également les tensions chez les membres de l’ultra-droite », écrivent en outre les agents du SCRT. Un article, publié début avril sur le site de l'essayiste Alain Soral, Egalité et Réconciliation, a en particulier attiré leur attention. « Il est évident que nous sommes en situation pré-révolutionnaire, et ce n’est pas un rêve de gosse ou d’adolescent. Toutes les conditions sont réunies pour mettre cette classe malfaisante à bas, écrit son auteur. Cela ne se fera pas en un jour, mais tous ceux qui nous ont foutus dans la merde sont déjà sur la liste noire, celle des condamnés à mort médiatico-politique ».

De son côté, la Ligue du midi, un groupuscule régionaliste identitaire, écrit sur son site Internet que « la France est une cocotte-minute dont on aurait bouché la soupape de sécurité ». Avant de mettre en garde l’exécutif à qui elle reproche son « incompétence ». « A-t-il seulement conscience, ce gouvernement, de la somme de haines et de colères qui s’accumule ? A-t-il conscience, ce gouvernement, que les comportements collectifs pourraient changer de nature, n’être plus ce qu’ils étaient avant le confinement, et se déchaîner contre lui, avec toute la brutalité d’une mutinerie sanglante ? »