Coronavirus : Diacre, prêtres, aumôniers… Qui sont ces médecins atypiques qui œuvrent quotidiennement auprès des malades ?

CORONAVIRUS 20 Minutes est allé à la rencontre de ces soignants à « la double casquette »

Caroline Girardon

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Ils sont prêtres ou diacres mais avant tout médecins et oeuvrent au quotidien dans les hôpitaux ou cliniques de France (illustration)
Ils sont prêtres ou diacres mais avant tout médecins et oeuvrent au quotidien dans les hôpitaux ou cliniques de France (illustration) — UGO AMEZ/SIPA
  • Ils sont médecins mais aussi prêtres, diacres ou aumôniers.
  • 20 Minutes est allé à la rencontre de ces soignants atypiques qui travaillent quotidiennement dans les hôpitaux ou cliniques de France.

Leur quotidien ? Soigner les malades, gérer un service dans l’un des nombreux hôpitaux de France ou accompagner ceux qui sont sur le point de décéder. Leur particularité ? Etre à la fois médecins, infirmiers mais aussi hommes d’ Église. Prêtres, diacres, aumônier(e) s, 20 Minutes est allé sonder ceux et celles qui, chaque jour depuis le début de la pandémie de coronavirus, œuvrent sans relâche sous leur « double casquette ».

« L’exercice n’est pas facile. Cette période, qui pousse au retranchement, met les équipes en tension », observe Laurent, 53 ans. Ordonné diacre en 2017, il est chef de service en urologie et responsable du pôle d’activité chirurgicale d’un hôpital de Lyon. « Il y a une façon de déployer mon diaconat, qui peut prendre chair dans mon activité professionnelle sans qu’il ne soit identifié pour autant », poursuit-il. Cela se traduit par un « regard bienveillant » sur ses équipes, « mises à rude épreuve ». Ou des visites plus fréquentes aux malades, isolés, qui ne peuvent recevoir la visite de leurs proches en raison des mesures de confinement.

Trait d’union

Devant ses patients, Laurent n’aborde pourtant jamais la question religieuse, qui appartient « à la sphère privée ». « C’est également pour respecter les positions de chacun. Je ne me mentionne pas que je suis diacre mais dans la pratique de mon métier, ces deux aspects sont étroitement liés », ajoute-t-il. « Les personnes que nous recevons ont parfois une angoisse qu’elles n’arrivent pas à partager avec les personnels médicaux, très sollicités. Je permets de faire ce trait d’union et j’ai ce devoir de me porter vers l’autre ». Mais pas question pour autant de juger. « Cela ne veut pas dire que je suis plus humain qu’un autre. De nombreux laïcs ont également une grande part d’humanité en eux. Et l’Eglise, on le voit, n’a pas de leçon à apporter en termes d’humanité et d’exemplarité ».

Ce soutien aux malades passe également par la prière même si c’est « moins palpable pour tout le monde ». « Les gens ne le savent pas fondamentalement mais je prie tous les jours pour eux. Certains penseront que c’est inutile et peu efficace mais il est important de savoir que quelque part, quelqu’un s’intéresse à vous gratuitement sans attendre aucun retour », expose-t-il.

Le col romain sous la blouse médicale

La prière est aussi fondamentale pour François Buet, 46 ans. Ce prêtre du diocèse de Marseille, arpente les couloirs de l’unité de soins palliatifs de la clinique Sainte-Elizabeth depuis près de 20 ans. Quatre demi-journées par semaine comme médecin et deux demi-journées comme aumônier. Deux « postures bien différentes », même s’il avoue porter le col romain sous sa blouse blanche. « Les choses se sont faites progressivement. En 2015, au décès de l’aumônier, qui exerçait dans cette clinique, j’ai proposé de prendre sa relève, raconte-t-il. Ici, je suis surtout reconnu comme professionnel de santé. La preuve, les patients me disent toujours « Au revoir docteur » et non « Au revoir mon père » ».

En ce moment, François Buet porte davantage la « casquette de soignant » puisqu’il assure à temps plein le remplacement de collègues touchés par le coronavirus. Mais n’oublie pas de prendre quelque temps d’échange plus « spirituels » avec ses malades.

« Je constate qu’en cette période, beaucoup d’entre eux se posent de questions existentielles. Ils ont un grand désir de pouvoir échanger d’autant que leurs familles ne peuvent pas les visiter ». Sous la blouse de médecin, le prêtre est là pour répondre à ces besoins : le besoin d'« être considéré comme une personne », « d’être aimé comme telle », de « comprendre que leurs histoires ont un sens ». « Ils veulent être en vérité avec ce qui est vécu et ont besoin d’être réconciliés avec eux-mêmes, avec les autres, observe le praticien. Etre catholique, c’est partager les mêmes épreuves : la joie, les peines, les angoisses, que les autres ».

« Tout cela est perçu positivement par les malades, leurs familles mais aussi par les personnels soignants de l’établissement qui voient que pour moi, il s’agit d’un positionnement naturel et nécessaire », précise François Buet.

« Ne pas donner aux patients le sentiment qu’ils sont relégués au fond d’une chambre »

L’action de Thérèse Midol-Monnet est aussi fortement appréciée par ses collègues. Aumônière à l’hôpital de la Croix-Rousse de Lyon, elle assure une présence auprès des malades du Covid-19 en fin de vie. « Il est important de faire preuve de solidarité et de ne pas donner aux patients le sentiment qu’ils sont relégués au fond d’une chambre. Certains sont extrêmement démunis, vulnérables… », explique-t-elle. Alors elle veille quotidiennement sur eux. Leur fait passer des messages. Devient le porte-parole des familles avec lesquelles elle échange par mail ou par téléphone. Sans relâche.

« C’est important pour ces familles de savoir que quelqu’un s’occupe de leurs proches. Elles redoutent souvent qu’ils soient abandonnés au moment de mourir. C’est toujours très douloureux de voir quelqu’un que l’on aime partir. Encore plus quand on ne peut pas l’accompagner », poursuit cette mère de famille aux services des malades depuis 15 ans.

« Les patients s’accrochent parfois, ont du mal à quitter ce monde. Ma présence est faite pour les soulager », résume-t-elle humblement. Un rôle qu’elle prend à cœur, consciente que les soignants « ont moins de temps » pour le faire. « Avant de penser religion, pensons que c’est d’abord un moment de présence, de fraternité. Et si les aumôniers ne peuvent le faire en ce moment, personne ne pourra s’en charger », conclut-elle.