Coronavirus à Toulouse : Le CHU constate « une décroissance » mais veut éviter la « deuxième vague »

EPIDEMIE Le nombre d’hospitalisations pour cause de coronavirus est en diminution à Toulouse. Mais les équipes du CHU appellent à maintenir la vigilance et à respecter le confinement

Nicolas Stival
— 
L'entrée des urgences de l'hôpital Pierre-Paul Riquet au CHU Purpan, à Toulouse, le 20 mars 2020.
L'entrée des urgences de l'hôpital Pierre-Paul Riquet au CHU Purpan, à Toulouse, le 20 mars 2020. — Frédéric Scheiber / Sipa
  • Ce vendredi, 157 patients atteints du Covid-19 étaient hospitalisés au CHU de Toulouse, dont 52 en réanimation.
  • La situation est en voie d’amélioration, mais les médecins appellent à continuer à respecter le confinement.
  • La question du déconfinement reste « une inconnue », dans une région où le Covid-19 a bien moins circulé que dans le Grand-Est ou l’Ile-de-France.

Les mots sont du directeur général du CHU de Toulouse : « Nous sommes en période de confinement et ça ne cesse pas. Le déconfinement reste au stade de l’hypothèse. » Une manière pour Marc Penaud de prévenir tout excès d’optimisme, même si les nouvelles sont plutôt bonnes sur le front de la lutte contre le coronavirus.

« La vague, on l’a eue il y a un peu plus de 15 jours », confie le responsable hospitalier. « Le week-end dernier, le solde était égal à zéro entre les entrants et les sortants pour cause de Covid-19. Depuis, on est plutôt en décroissance. Mais [ce vendredi] nous avons encore 52 patients en réanimation pour une pathologie. Ce n’est pas banal. »

Ces patients sont âgés de 19 à 88 ans, « avec une moyenne d’âge de 55 à 70 ans », détaille Béatrice Riu, responsable du service de réanimation polyvalente à l’hôpital Purpan. Il s’agit à « 75 % d’hommes » et « les facteurs de risque comme le diabète, l’hypertension artérielle, le surpoids » sont logiquement les mêmes qu’ailleurs dans le monde.

19 patients Covid-19 en moins depuis mercredi

Ce vendredi, 157 personnes étaient hospitalisées à Purpan et Rangueil pour cause de Covid-19, contre 170 jeudi, et 176 mercredi. Depuis le début de l’épidémie, le CHU comptabilise 17 victimes (sur les 23 recensés dans les établissements hospitaliers de Haute-Garonne) et 197 patients guéris et rentrés chez eux.

La région toulousaine, et l’Occitanie en général, a moins souffert que le Grand-Est et l’Ile-de-France du coronavirus, grâce au confinement imposé depuis le 17 mars et à l’arrivée « tardive » de l’épidémie.

Elle a pu accueillir ainsi jusqu’à dimanche des patients du Grand-Est pour soulager les hôpitaux de cette zone (24 au total pour l’ancienne région Midi-Pyrénées). « Depuis le week-end dernier, la situation s’améliore doucement dans les régions les plus touchées qui retrouvent des capacités de réanimation et nous ne sommes plus sollicités », indique Marc Penaud. « L’objectif, c’est qu’il n’y ait pas de deuxième vague. »

Le « revers de la médaille »

Car, au-delà de sa date et de sa mise en œuvre encore à définir, il existe « une inconnue du déconfinement », rappelle Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses et tropicales. « Le revers de la médaille, c’est que notre région a été peu atteinte par le coronavirus, donc il y a un faible taux d’immunisation de la population, ce qui pourrait nous fragiliser davantage par rapport aux zones où le virus a circulé davantage. » Le respect des « gestes barrières » sera alors essentiel pour le spécialiste, afin « d’éviter un rebond » de la maladie.

Bref, si la situation s’améliore globalement sur le front du Covid-19, rien n’est encore gagné, surtout pas dans les Ehpad, malgré les dispositifs spécifiques mis en place. Les chiffres officiels les plus récents au sujet des victimes datent de mardi et concernent l’Occitanie dans son ensemble, avec 85 résidents décédés (61 dans leur établissement, 24 à l’hôpital).

Les Ehpad toujours sous tension

En Haute-Garonne, « on a dépisté 138 résidents et 14 Ehpad sont confrontés à des problèmes de Covid-19 », lâche ce vendredi le gériatre Yves Rolland. Y a-t-il de potentiels « clusters », à la manière de cette résidence de Mauguio (Hérault) ? « On peut le craindre dans certains Ehpad », répond le professeur.

Par ailleurs, des problèmes collatéraux apparaissent. La situation de confinement a certes freiné l’épidémie, mais elle s’accompagne de problèmes psychiatriques et de l’augmentation des violences intrafamiliales.

Vincent Bounes, chef de service du Samu 31, partage son inquiétude sur un autre sujet : « On a des patients qui ont des infarctus ou des AVC à dix jours et qui ont attendu parce qu’ils ne voulaient pas gêner ou car ils craignaient d’être exposés au Covid-19. » Un délai souvent synonyme de perte de chance pour ces personnes. Or, le CHU a cloisonné ses activités et a largement les moyens d’absorber le flux hors coronavirus.

Pour finir sur une note optimiste, le directeur général Marc Penaud tient « à saluer la générosité qui ne se dément pas autour de nous ». A ce jour, 200.000 euros de dons au CHU ont été enregistrés, venant d’institutions comme de simples citoyens ainsi que « d’équipes sportives, avec près de 85.000 euros récoltés par les joueurs du Stade Toulousain ».