Coronavirus : « On ne peut pas relâcher la garde », les hôpitaux franciliens ont-ils passé le pic de la crise ?

PANDEMIE Jeudi, le nombre de patients en réanimation a légèrement baissé en Ile-de-France. Mais les hôpitaux franciliens restent sous haute tension

Caroline Politi

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Dans une unité Covid d'un hôpital parisien (image d'illustration)
Dans une unité Covid d'un hôpital parisien (image d'illustration) — THOMAS COEX / AFP
  • Après dix jours de hausse fulgurante, le nombre de patients Covid nécessitant d’être intubé s’est progressivement stabilisé depuis le week-end dernier, jusqu’à légèrement baissé jeudi.
  • Les mesures de confinement ainsi que le "délestage" de patients vers d’autres régions expliquent cette amélioration.
  • L’équilibre reste néanmoins précaire et jamais les services de réanimation n’ont été autant mis sous tension.

Trois lits vides. Cela faisait au moins trois semaines que cela n’était pas arrivé dans le service de réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine. « Jusqu’à la semaine dernière, dès qu’un lit se libérait, on avait à peine le temps de changer les draps qu’il était déjà réattribué », décrit le professeur Djillali Annane, à la tête de ce service qui compte désormais 33 places, contre 15 en temps normal. Après deux semaines à ne « pas toucher terre », le praticien a noté une « nette » accalmie depuis ce week-end. Jeudi en fin d’après-midi, aucune admission n’a été enregistrée, mercredi, il n’a accueilli « que » deux nouveaux patients, trois mardi. « On a un petit peu moins de sollicitations, mais on ne peut pas relâcher la garde, la situation reste toujours extrêmement compliquée, bien au-delà de tout ce qu’on avait connu jusque-là », insiste le chef de service. Et de préciser que sur les trois lits laissés vacants, seul un patient a survécu.

«Même dans le pire des scénarios, on n’imaginait pas que ça montrait aussi vite»

Jeudi, pour la première fois depuis le début de la pandémie, le nombre d’admissions en réanimation a baissé sur l’ensemble du territoire, y compris en Ile-de-France, la région la plus touchée par le Covid-19. Selon les derniers chiffres de l’agence régionale de santé (ARS), 2.667 patients se trouvaient jeudi en réanimation dans un hôpital francilien. Soit 14 de moins que la veille. Les premiers signes encourageants ont été détectés le week-end dernier après dix jours de tension extrême. « La courbe est montée de plus en plus vite jusqu’à vendredi dernier avec un pic de 350 patients admis en réanimation dans la journée. C’est vertigineux, même dans le pire des scénarios, on n’imaginait pas que ça montrait aussi vite, aussi haut. Heureusement, ça a ralenti avant que la digue ne cède », souffle un porte-parole de l’ARS en Ile-de-France.

 
Nombre de patients «Covid» en réanimation en Ile-de-France
Infogram

Alors qu’en milieu de semaine dernière, la hausse des admissions en réanimation dans la région affichait une croissance quotidienne à deux chiffres (entre 11 et 12 %), elle s’est stabilisée au cours du week-end autour de 2 % avant, donc, de baisser ce jeudi. Trois semaines après leur entrée en vigueur, les mesures de confinement, ont peu à peu fait leur œuvre, permettant ainsi « d’aplanir » la fameuse courbe et de permettre au système hospitalier d’absorber le flux de malades. Les premiers signes inquiétants – gêne respiratoire, essoufflement – se faisant généralement ressentir 7 à 9 jours après avoir été au contact de la maladie, jusqu’à la fin du mois de mars les services de réanimation ont admis des personnes contaminées avant le « chacun chez soi ». Puis il y a eu une seconde vague de contamination, intra-familiale cette fois-ci. Le revers des mesures de confinement, en somme.

Mais les chiffres, aussi encourageants soient-ils, ne reflètent pas, à l’échelle régionale, uniquement un recul de l’épidémie. Si « la digue n’a pas cédé », c’est surtout parce que de 1.200 lits de réanimation, les autorités régionales sont parvenues à passer à 3.000. Théoriquement, 500 d’entre eux sont réservés aux pathologies autres que le Covid-19 mais certains ont néanmoins dû être attribués à des patients infectés par ce nouveau coronavirus. Cette baisse des chiffres reflète également le « délestage » de nombreux patients – environ 200 la semaine dernière. « C’était vital, confirme le Pr Djillali Annane, dont plusieurs patients ont pris le premier train en direction du CHU de Brest. Ce transfert nous a permis de passer le cap le plus difficile. Sans cela, on ne voyait pas comment faire. » Ce vendredi, une cinquantaine de nouveaux patients sont envoyés en Nouvelle-Acquitaine et en Bretagne, par précaution. « On est à notre extrême limite, insiste le porte-parole de l’ARS, cela nous permet d’anticiper. »

Le pic épidémique n’a pas été atteint

Ces chiffres encourageants peuvent-ils laisser espérer un déconfinement rapide ? Si le gouvernement planche sur différents scénarios, les experts s’accordent sur un point : le système de santé francilien ne tiendra pas le choc face à une éventuelle seconde vague. « On ne sera pas capable d’absorber un nouvel afflux de patients, on est au maximum de nos capacités », insiste le porte-parole de l’ARS. D’autant que le pic épidémique, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas par jour – qui se calcule au niveau national –, n’est toujours pas atteint. En Ile-de-France, le nombre de cas confirmés (c’est-à-dire ceux qui ont fait le test) ne cesse d’augmenter : on compte, en moyenne, sur les six derniers jours près de 1.150 nouveaux « positifs » quotidiens.

 
Nombre de patients «Covid» en Ile-de-France
Infogram

Au-delà même de la question des lits de réanimation, c’est la santé des soignants qu’il s’agit de préserver. « Ça fait un mois qu’on est sur le pont, qu’on n’a pas de répit. Là comme la situation est un petit moins tendue, on ressent plus la fatigue, jusqu’à présent l’adrénaline nous faisait tenir », lâche le chef de service de Garches. Lui, n’imagine pas un déconfinement avant le mois prochain. « Au moins ». Impossible, à ses yeux, d'envisager la suite sans que des dépistages soient disponibles en nombre suffisants pour tester le plus grand nombre. Reste à savoir quand il le seront.