Bretagne : « Elles savent qu’elles sont les dernières »... Les bigoudènes et leur coiffe menacées de disparition

PATRIMOINE Mardi soir, Marie-Louise Lopéré est décédée à l’âge de 97 ans. Célèbre pour son apparition dans la publicité Tipiak, elle était l’une des dernières à porter la coiffe

Camille Allain

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Photo de quatre bigoudènes prise en 2009 au Guilvinec. Au premier plan, Marie-Louise Lopéré, décédée mardi. A l'arrière-plan, Alexia Caoudal, toujours en vie.
Photo de quatre bigoudènes prise en 2009 au Guilvinec. Au premier plan, Marie-Louise Lopéré, décédée mardi. A l'arrière-plan, Alexia Caoudal, toujours en vie. — ZEPPELIN / SIPA
  • Marie-Louise Lopéré est décédée mardi soir à l'âge de 97 ans à Penmarc'h, dans le Finistère. 
  • Elle faisait partie des dernières bigoudènes à porter la coiffe et avait été rendue célèbre par son apparition dans une publicité pour Tipiak.
  • La dernière femme portant la coiffe s'appelle Alexia Caoudal et est âgée de 94 ans. 

Trente-cinq à quarante centimètres de dentelle fine fièrement dressés au-dessus de la tête. Les années passent mais la coiffe bigoudène demeure l’un des emblèmes de la Bretagne. Porté aux yeux du grand public par la publicité Tipiak (Pirates !) ou par les autocollants de la marque A l’Aise Breizh, ce symbole de la région a perdu mardi soir l’une de ses plus belles ambassadrices. Marie-Louise Lopéré s’est éteinte à l’âge de 97 ans dans l’Ehpad de Penmarc’h où elle vivait depuis quelques années. C’est là, tout au bout du Finistère qu’est née cette élégante coiffe blanche. Et c’est ici qu’elle s’éteindra sans doute dans quelques années.

« Elle était élégante. Marie-Louise avait un beau port de tête. Elle aimait mettre sa coiffe, comme toutes celles qui ont choisi de continuer à la porter ». Michel Bolzer est l’un des plus fins connaisseurs du traditionnel costume de son territoire, le pays bigouden. C’est ici, dans ce bout de pays réunissant 20 communes au sud de Quimper (Finistère), que la célèbre coiffe est née il y a plusieurs siècles. Les brodeuses ignoraient alors que leur création deviendrait l’emblème d’une région et un autocollant que l’on collerait à l’arrière d’un engin motorisé à quatre roues appelé voiture.

Très populaire au début du XXe siècle, la coiffe en dentelle a progressivement été rangée dans les armoires en bois des froides maisons de pierre du pays bigouden. « En 1976, environ 3.000 femmes la portaient encore », précise Michel Bolzer. La révolution industrielle et l’accélération de nos rythmes de vie avaient bien failli avoir sa peau. « Par commodité, par modernité, certaines ont arrêté de la porter ». Mais pas Marie-Louise Lopéré, qui a continué à hisser sa coiffe jusqu’en 2017, année de son hospitalisation.

« C’est un visage emblématique qui est parti »

Du haut de ses 90 ans, elle avait même accepté de prêter son image à la marque Tipiak en 2012 pour remplacer les trois bigoudènes trop âgées pour continuer à tourner. « Elle ne l’a pas fait pour se montrer mais par fierté de porter ce costume », assure Raynald Tanter. Le maire de Penmarc’h restera marqué à vie par la coiffe. Celle de sa grand-mère, mais aussi celles de ses plus célèbres administrées. « C’est un visage emblématique qui est parti. C’est triste. Elle avait toujours le sourire », témoigne le maire.

Ces dernières années, sa commune, comme celles des alentours, ont vu leurs bigoudènes s’éteindre une à une. La plupart avaient plus de 90 ans, certaines comme l’emblématique Maria Lambour,​ ont même été centenaires. Il semble n’en rester qu’une. Alexia Caoudal, une « jeunette » de 94 ans qui a également tourné pour Tipiak au sein du manoir de Kerazan, à Loctudy. « Elle ne sort plus tous les jours. Mais quand ses enfants viennent la chercher, elle aime toujours porter la coiffe », assure son ami Michel Bolzer, conscient que le costume vit ses dernières années « au naturel ». « On s’y attend. Le jour où Alexia ne sera plus là, ça fera bizarre dans le paysage. Ici, chaque bigoudène qui part, ça fait parler. Elles savent qu’elles sont les dernières ».

La coiffe, un élixir pour prolonger la vie ?

A voir l’âge du départ, on peut cependant penser que cet élégant montage de dentelle agit comme un élixir magique prolongeant la vie de celles qui le portent. « Toutes ces femmes ont mené une vie dure. Elles ont commencé à travailler tôt et ont souvent dû tout gérer à la maison quand leurs maris étaient en mer. Toutes ont des forts caractères, une force et une volonté indéfectible », assure Michel Bolzer. Peut-être la recette d’une longue vie.