Coronavirus : Par téléphone, des psys face à « l’angoisse qui monte » des familles confinées

CONFINEMENT Plusieurs lignes téléphoniques d’écoute ont été récemment mises en service par des associations, notamment pour les parents éprouvant des difficultés dans leur foyer

Julie Urbach

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Une mère et sa fille confinées dans un appartement (illustration)
Une mère et sa fille confinées dans un appartement (illustration) — Mathieu Pattier/SIPA
  • Les lignes d’écoute à destination des familles, animées par des associations de psychologues, sont de plus en plus sollicitées.
  • Exemple à Nantes où ces professionnels se mobilisent pour répondre aux angoisses, liées à l’école à la maison, aux relations avec conjoint ou enfants, ou aux inégalités sociales qui s’accentuent.

Au début, il fallait remplir un formulaire pour être rappelé. Mais face à la demande, une ligne directe a été rajoutée, le soir et le samedi matin. A l’école des parents de Loire-Atlantique, le téléphone ne cesse de sonner alors que la quatrième de semaine de confinement s’achève en France. Au bout du fil, des psychologues se relaient pour écouter et conseiller les familles, certaines ayant de plus en plus de mal à gérer la situation. « On sent l’angoisse monter, confirme Yannick Bervas, le directeur de l’association. Certains parents ont juste besoin d’être écoutés, d’autres d’alerter sur des situations plus pesantes. On s’aperçoit que tout le monde est mis à rude épreuve, avec la promiscuité, la fatigue, et la maladie. »

Cécile Reich, de l’association nantaise Le Pas, est elle aussi de plus en plus sollicitée. Elle reçoit de longs textos la nuit, et son portable sonne désormais près de dix fois par jour. Des personnes isolées, des couples vivant des problèmes relationnels, mais aussi des familles, à bout. « Certaines m’appellent après avoir craqué, confie-t-elle. J’ai eu une dame qui venait de balancer toutes les affaires de ses enfants par la fenêtre. Elle se sentait complètement dépassée par les devoirs. » « L’école à la maison est un problème central, confirme Sophie Marinopoulos, psychologue et fondatrice de l’asso Les pâtes au beurre, qui mobilise en cette période 40 professionnels, de 9h à 21 h. Il est important de dire que l’apprentissage peut se faire de plein de façons : en faisant de la pâte à crêpes par exemple, on peut compter avec de jeunes enfants, travailler les multiplications ou les soustractions avec des plus grands. Il faut prendre du recul et essayer de s’adapter. »

Des désaccords parentaux qui se révèlent

Une posture que ces professionnels s’appliquent aussi à eux-mêmes. Mesures de confinement obligent, impossible de recevoir les familles lors d’entretiens, qui durent en temps normal une petite heure. Il faut désormais trouver les mots par téléphone, souvent en trente minutes maximum, afin de pouvoir traiter les autres appels. « On ne voit pas la personne et pourtant on est dans son intimité, poursuit Sophie Marinopoulos. On a beaucoup de craintes liées à la garde alternée mais on assiste aussi à des désaccords parentaux, qui se révèlent chez des couples qui n’avaient pas l’habitude de se voir autant. Là, on peut demander à mettre sur haut-parleur, pour pouvoir parler à tout le monde, aux enfants aussi. On propose de se rappeler, pour savoir comment ça évolue. Il n’y a pas de solution toute faite, c’est du travail de haute couture. »

En cette période de confinement, où l’on manque parfois d’espace et de temps pour soi, il y a souvent une recommandation qui revient : celle d’instaurer un cadre, des règles, respecter des horaires. « L’idée est de ritualiser sa journée, explique Yannick Bervas. Quand on a des ados qui ne veulent rien faire à part rester devant les écrans, il faut tenter de se fixer des moments à partager ensemble, comme les repas. C’est nécessaire pour ne pas tomber dans une inertie complexe. » « Et quand on n’a pas envie de se parler, ce qui est normal, on s’accorde des pauses en fixant là aussi des règles, complète Sophe Marinopoulos. Une maman peut très bien demander qu’on la laisse tranquille, dans la cuisine par exemple, pendant une heure. »

« On ne peut plus leur serrer la main »

Si ces conseils peuvent aider certains foyers à garder le cap, les psychologues savent qu’ils sont difficiles à appliquer chez d’autres. Ils observent que les inégalités sociales privent certaines familles de ressources culturelles, comme des lectures ou du contenu multimédia disponible sur Internet. Les violences intrafamiliales inquiètent aussi, alors que toutes les associations que nous avons interrogées ont eu affaire à plusieurs cas déjà.

« C’est encore plus dur pour ceux qui cumulent une détresse socio-économique avec les difficultés du confinement, pence Cécile Reich. On ne peut plus leur serrer la main, un geste symbolique mais qui en temps normal leur fait sentir qu’ils ne sont pas seuls. J’ai peur que pour eux, les problèmes soient si grands que le téléphone ne suffise pas sur la durée. »

20 secondes de contexte

Les trois associations que nous avons interrogées, basées à Nantes, proposent des entretiens anonymes et gratuits. Leurs coordonnées (parmi d'autres) sont accessibles sur le site Internet de la mairie.