Coronavirus : Le rôle difficile des agents dans les hôtels réquisitionnés pour accueillir des SDF

LOGEMENT Depuis le début du confinement, 7.800 places d’hôtel ont été réquisitionnées en France pour confiner des sans-abri

Gilles Durand
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Illustration du travail de ravitaillement de la Protection civile du Nord dans les hôtels, pendant la priode de confinement.
Illustration du travail de ravitaillement de la Protection civile du Nord dans les hôtels, pendant la priode de confinement. — Protection civile du Nord

Tous les hôtels ne sont pas fermés. Depuis le début du confinement, le 18 mars, 7.800 places d’hôtel ont été réquisitionnées par les services de l’Etat et sont désormais mobilisables dans toute la France pour les sans-abri, sur le modèle du plan hivernal. Une situation qui soulève des inquiétudes auprès d’un personnel hôtelier peu habitué à accueillir ce public.

« Dans le département du Nord, 300 places réparties dans 8 hôtels sont mobilisées depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus. Le 115 est compétent pour orienter les personnes vers ces places », précise la préfecture. Au niveau national, les préfectures recensaient, la semaine dernière, 172.000 SDF hébergées dans ces structures d’hébergement d’urgence généraliste.

Rôle de prévention

Dans la métropole lilloise, 180 personnes sont accueillies dans 5 hôtels, tandis que l’auberge de jeunesse de Lille reste également ouverte. « Notre rôle est de faire de la prévention avec rappel des consignes et des gestes élémentaires de sécurité contre le coronavirus », explique la
Protection civile du Nord, organisme chargé d’assurer la coordination avec les hôtels.

Prise de température quotidienne dans les hôtels réquisitionnés pour accueillir des SDF pendant la période de confinement.
Prise de température quotidienne dans les hôtels réquisitionnés pour accueillir des SDF pendant la période de confinement. - Protection civile du Nord

Et ce nouveau dispositif n’est pas forcément simple à mettre en place. « Le gérant d’un hôtel roubaisien met son établissement à disposition depuis longtemps donc le personnel est habitué, mais ce n’est pas le cas des autres », reconnaît un responsable de la Protection civile.

Couvre-feu entre 20 h et 8h

Durant la journée, des bénévoles se relaient pour encadrer le confinement des sans-abri, mais la nuit, c’est un système d’astreinte qui se met en place. Les réceptionnistes se retrouvent alors seuls, « sans agent de sécurité », comme le souligne l’un d’eux à 20 Minutes. « Normalement, il y a un couvre-feu entre 20h et 8h mais peu le respectent et seul, il est difficile de les empêcher de sortir, notamment par les fenêtres. On a l’impression d’être des surveillants de garde à vue. »

D’autant que les conditions de sécurité sanitaire sont loin d’être remplies. « Depuis bientôt un mois, c’est une bâche de chantier qui fait office de vitre de protection à l’accueil », dénonce l’agent hôtelier lillois. Et si le dispositif prévoit une personne par chambre – sauf pour des couples et des familles – « il n’est pas rare qu’ils se retrouvent à plusieurs », ajoute-t-il.

Dégradations dans un hôtel

Pourtant, avec le recul, l’angoisse du personnel – qui se sent livré à lui-même – s’est un peu apaisée. « On accueille des prostituées ou des schizophrènes et nous ne sommes pas formés pour ça. Mais, malgré quelques mauvais comportements, ça se passe relativement bien. Chez nous, le gérant a dû en virer deux qui se battaient et d’autres qui dealaient devant l’hôtel », témoigne le réceptionniste.

Un hôtel de Lomme a, au contraire, décidé de fermer ses portes, victime de dégradations. Des détecteurs incendie avaient été détériorés par les occupants d’une chambre pour leur permettre de fumer.

Il y a une dizaine de jours, sept rapporteurs spéciaux des Nations unies, notamment ceux en charge des questions de pauvreté et des migrants, avaient été saisis par une centaine d’organisations afin qu’ils demandent au gouvernement français de mieux « inclure » les plus démunis dans la gestion du coronavirus.