Coronavirus : Comment des ingénieurs du Cnes ont « prototypé » des tubes permettant de dédoubler les respirateurs

RECHERCHE A Toulouse, une toute petite équipe d’ingénieurs du Cnes a imaginé des « diviseurs de flux », des tubes en « Y », qui pourraient permettre à très court terme de dédoubler les respirateurs dans les services de réanimation

Hélène Ménal

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Des respirateurs à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Illustration.
Des respirateurs à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Illustration. — Ugo Chamez - Sipa
  • Toute la recherche française est mobilisée pour traverser la crise sanitaire du coronavirus.
  • C’est notamment le cas d’une petite équipe toulousaine du Cnes qui a créé des « diviseurs de flux » permettant de brancher plusieurs patients à un même respirateur.
  • Un dispositif simple, fabriqué sur une imprimante 3D, soumis en urgence pour homologation.

Leur point commun : « ils ont une imprimante 3D dans leur garage, savent bidouiller et concevoir des dispositifs sur un coin de table ». A Toulouse, trois ingénieurs du Centre national d'études spatiales (Cnes) se concentrent depuis trois semaines sur le fléau terrestre du moment : le coronavirus. Ils ont dévié de leur orbite habituelle à la faveur d’un « contact » entre leur directeur général, Lionel Suchet, et des réanimateurs de la Pitié-Salpêtrière à Paris. « Quand il leur a demandé comment on pouvait aider à traverser cette crise sanitaire, ils ont répondu qu’ils avaient peur d’être confrontés à un manque de respirateurs pour maintenir en vie les patients », raconte Eric Boussarie, le chef de cette équipe au « profil fablab ».

L’équipe a d’abord eu l’idée d’imaginer « des respirateurs intermédiaires », des appareils simplifiés pour aider les patients avant la véritable phase critique. Mais l’étude de la littérature en la matière a refroidi les ingénieurs. « Il ne suffit pas d’insuffler de l’air, il s’agit d’objets très compliqués », reconnaît Eric Boussarie. Alors, à force de discuter avec les soignants, la petite troupe s’est rabattue sur une option plus simple : créer des « diviseurs de flux », de simple tube de polymère plastique en forme de « Y » permettant de brancher deux patients, voire trois pour la forme « trident » sur un même respirateur.

Validé par des réanimateurs

« Evidemment, il faut que les patients aient à peu près la même corpulence et les mêmes problématiques », souligne l’ingénieur du Cnes. L''équipe a envoyé une première série de prototypes imprimés en 3D la semaine suivante à la Pitié-Salpêtrière. Elle a été recalée. La suivante, testée à Paris sur « des poumons artificiels » a été validée en début de semaine. « Nous pouvons en fournir dès maintenant une cinquantaine de diviseurs de flux », assure Eric Boussarie.

Les diviseurs de flux créés sur les imprimantes 3D du Cnes pour dédoubler les respirateurs.
Les diviseurs de flux créés sur les imprimantes 3D du Cnes pour dédoubler les respirateurs. - Cnes

Reste à passer l’étape de l’homologation pour ces « dispositifs vitaux qui engagent la vie des gens ». Cette ultime étape dépend des scientifiques du Care, le comité analyse recherche et expertise mis en place par l’Elysée. Ses membres, des scientifiques, sont notamment en charge de valider les innovations techniques pouvant aider à surmonter la crise sanitaire.

En attendant le feu vert, le Cnes se tient prêt à faire chauffer ses imprimantes 3D et à diffuser ses plans en open source. L’équipe FabLab se penche aussi sur la fabrication de pousse-seringue, ces dispositifs électroniques qui distillent aux patients les traitements dont ils ont besoin. Dans cette nouvelle quête, le principal écueil est la pénurie des composants électroniques fabriqués en Chine.