Coronavirus : Attention aux prétendues « prévisions » de déconfinement du Boston Consulting Group

FAKE OFF Un document partagé sur les réseaux sociaux évoque les mois de juin et juillet comme potentielles dates de déconfinement en France. Mais le groupe de conseil dont il émane souligne qu’il n’a pas valeur de « prévisions »

Alexis Orsini

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Une affiche dans les rues de Nantes confinée, le 23 mars 2020.
Une affiche dans les rues de Nantes confinée, le 23 mars 2020. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Alors que les esprits s’échauffent autour d’un éventuel déconfinement dans un futur proche, un document en particulier est relayé ces derniers jours sur les réseaux sociaux.
  • Emanant du groupe de conseil à portée internationale Boston Consulting Group (BCG), il envisage différentes dates de déconfinement pour vingt pays différents, dont la France. A l’en croire, il aurait lieu en juin ou en juillet pour l’Hexagone.
  • Aucune date de déconfinement n’a encore été fixée en France, et le groupe BCG précise à 20 Minutes que ce fichier est un « simple document de travail en cours d’élaboration » (et pas des prévisions), non destiné à être rendu public.

Officiellement, la date (actuelle) de fin du confinement mis en place pour endiguer l’ épidémie de coronavirus​ est fixée au 15 avril. Mais, comme l’a récemment rappelé Edouard Philippe, « [il] va durer », et donc vraisemblablement être prolongé d’encore plusieurs semaines.

Ce qui n’empêche pas les spéculations d’aller bon train sur la date potentielle de levée des restrictions, notamment à la faveur d’un document réalisé par le groupe de conseil Boston Consulting Group. Celui-ci évoque un début de déconfinement lors de la deuxième semaine de juin, ou la quatrième semaine de juillet.

« Pandémie de coronavirus : le confinement pourrait durer jusqu’à mi-juin, voire plus, selon le prestigieux cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG). Leur hypothèse est que le pic épidémique aura lieu dans la 3e semaine de mai en France », affirme ainsi un tweet viral dans la foulée des nombreux messages relayant ce document, souvent présenté comme les « prévisions » du groupe américain d’envergure internationale.

On y trouve, pour vingt pays – dont la France –, différents scénarios incluant une date de pic épidémique et de sortie de confinement. Mais si l’authenticité du fichier circulant sur les réseaux sociaux ne fait pas de doute, BCG alerte toutefois sur la nature exacte de ce document.

FAKE OFF

« Il ne s’agit pas d’un point de vue ou d’une publication du BCG, mais d’un simple document de travail en cours d’élaboration », indique ainsi à 20 Minutes une source interne.

Le document d’une trentaine de pages, en date du 26 mars 2020 et intitulé « Prévisions épidémiques », souligne en effet à plusieurs reprises qu’il n’est pas destiné à être rendu public, tout en précisant qu’il doit être « considéré comme une version beta : une [version] plus détaillée est en cours de développement ». « La situation liée au Covid-19 évolue très rapidement, au quotidien. Bien que nous ayons été très prudents dans l’élaboration de ce document, il représente le point de vue de BCG à un moment donné, et cette présentation n’est ni un guide médical ou de sécurité (ou un substitut) ni la recommandation d’une stratégie [sanitaire] particulière », peut-on lire dès les premières pages.

Des « hypothèses de travail » destinées aux entreprises

« En tant que cabinet de conseil en stratégie, nous travaillons souvent à l’élaboration de scénarios. Il s’agit d’hypothèses de travail (et non de prévisions) qui permettent aux entreprises de construire des stratégies d’adaptation dans des contextes de fortes incertitudes », nous précise le BCG. Et d’ajouter « Toute situation créant une forte incertitude (crises sanitaires, géopolitiques, économiques…) peut légitimer le recours aux scénarios comme un outil de travail. Nous ne communiquons pas sur ces derniers car ils sont destinés exclusivement à nos clients et que ces données peuvent susciter de la confusion [puisqu’il ne s’agit pas de prévisions] ».

« Les scénarios […] présents dans ce document peuvent varier entre 100 et 1.000 fois et reflètent une portée de scénarios, en reconnaissant bien que les choses peuvent se dérouler différemment », précise enfin le BCG dans un communiqué publié sur son site.

En l’occurrence, la méthodologie du document pour calculer la date de déconfinement par pays consiste notamment à prendre comme premier critère de référence la durée du confinement à Hubei, la province de Chine dont est partie l’épidémie, et qui a progressivement levé ses restrictions de déplacement ces derniers jours. Elle prend ensuite en compte l’efficacité des mesures propres à chaque pays, dont le nombre de lits d’hôpitaux par rapport à la population, ou encore le nombre de morts dues aux difficultés respiratoires.

La piste d’un déconfinement progressif, par région

A Wuhan, la capitale du Hubei placée en confinement le 23 janvier, celui-ci a officiellement pris fin ce 8 avril, avec la reprise de la totalité des transports en commun et la possibilité de quitter la ville. Mais en pratique, ses 11 millions d’habitants avaient déjà repris leurs activités quotidiennes au cours des dernières semaines, à condition de présenter le document médical requis dans certains lieux publics, comme le souligne RFI.

Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Santé n’avait pas donné suite à nos sollicitations sur la date d’un éventuel pic épidémique en France. Mais comme l’a rappelé Edouard Philippe hier, les questions sur le déconfinement « sont très largement prématurées » : « Nous en évoquerons les éléments essentiels lorsque les hypothèses sur lesquelles nous travaillons seront vérifiées, les scenarii seront écrits ».

A l’heure actuelle, la piste d’un déconfinement progressif par région est envisagée – et recommandé par l’Académie de médecine –, alors que le haut fonctionnaire Jean Castex a été investi de cette mission stratégique.