Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : Pourquoi la région est-elle relativement épargnée par l’épidémie ?

BILAN Le dernier bilan communiqué par l’Agence régionale de santé fait état de 2.663 cas confirmés en Nouvelle-Aquitaine depuis le début de l’épidémie de Covid-19

Marion Pignot

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La Nouvelle-Aquitaine, première région agricole de France, est relativement épargnée par le Covid-19.
La Nouvelle-Aquitaine, première région agricole de France, est relativement épargnée par le Covid-19. — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Avec 165 décès, selon le dernier bilan de l’Agence régionale de santé, la Nouvelle-Aquitaine est, avec la Bretagne, l’une des régions les moins touchées par le nouveau coronavirus.
  • La pugnacité des équipes de l’ARS, les leçons tirées de l’épidémie de rougeole 2018 ou encore nos larges zones rurales expliquent ce relatif retard dans la propagation du Covid-19.
  • Notant la bonne attitude des Néo-Aquitains, la Préfecture n’envisage également pas un durcissement des mesures de confinement.

Elle avait rejoint le triste classement des sept régions les plus touchées par l’épidémie de Covid-19 vers la fin du mois de mars, et puis la Nouvelle-Aquitaine s’est replacée en « arrière ligne ». Avec 2.663 cas confirmés et 165 décès, selon le dernier bilan de l’Agence régionale de santé (ARS), le territoire est aujourd’hui loin derrière le Grand Est ou l’Ile-France sévèrement touchées par le coronavirus.

S’il faut, comme le souligne le Dr Daniel Habold, directeur du pôle santé publique de l’ARS, savoir « rester humble » devant ce nouveau coronavirus, le constat est clair : la Nouvelle-Aquitaine est, avec la Bretagne et les Pays-de-la-Loire, l’une des régions relativement épargnées par le Covid-19. Comment expliquer que ce large territoire aux 12 départements et aux près six millions d’habitants n’ait toujours pas vu la « vague » tant redoutée arriver ? 20 Minutes fait le point.

La Nouvelle-Aquitaine, terre agricole avec les grandes zones rurales

« Il n’y a pas de tropisme Est-Ouest, pas d’éléments permettant pour le moment de dire que le Covid-19 ne passe par les plaines ou la montagne mais, effectivement, plus on met de temps à rencontrer une personne moins on a de chance de croiser le virus », répond d’emblée ce mercredi le Dr Daniel Habold à 20 Minutes. L’expert de l’ARS rejoint ici les propos de Jean-Stéphane Dhersin. La Nouvelle-Aquitaine est la première région agricole de France et la présence de larges zones rurales pourrait expliquer une plus lente propagation du virus. Le directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques du CNRS l’avait déjà expliqué début mars à 20 Minutes :  le taux de reproduction de base du Covid-19 serait en moyenne de 2,5. Si 1.000 personnes sont infectées, 2.500 le seront à la « génération » suivante, plus de 6.000 ensuite, etc. Si les espaces entre les individus sont plus vastes, le Covid-19 manque de personnes infectieuses pour se propager.

Les zones rurales du Grand Est ont pourtant été durement touchées ? « Il suffira d’un rassemblement religieux comme ce fut le cas à Mulhouse, d’un festival de musique, d’un comice agricole pour que la bombe éclate et se décline ensuite », précise l’expert de l’ARS, ajoutant que le relâchement est « le meilleur ami du Covid ». Reste qu’en Nouvelle-Aquitaine, le nouveau coronavirus galope là où la densité de population est la plus forte, comme à Bordeaux, où les habitants ont aux premiers jours du confinement déjoué les décrets, où en Charente-Maritime (La Rochelle) et dans les Pyrénées-Atlantiques. « La différence n’est pas non plus significative mais il est normal d’observer qu’autour des secteurs où la circulation est plus dense, tels que les grandes villes ou les hypermarchés, le risque est plus important », martèle le Dr Habold.

La Nouvelle-Aquitaine, région au calendrier scolaire « favorable »

Le calendrier des vacances scolaires aurait également joué un rôle déterminant dans la difficile propagation du Covid-19 en Nouvelle-Aquitaine. Dernière à profiter du repos de l’hiver, la région a évité le brassage de population avant même que les mesures de confinement prennent le pas sur les premiers gestes barrières. Dès le 8 mars, l’ARS, la rectrice et la préfète de la Nouvelle-Aquitaine soulignaient que les académies de Bordeaux, de Poitiers et de Limoges avaient « deux semaines de plus pour déployer leur dispositif » et faire circuler la « doctrine anti-coronavirus » aux proviseurs, aux enseignants ou aux fédérations de parents d’élèves.

« Nous avons bénéficié de l’expertise des autres académies et avons profité de toutes les remontées qui leur ont été faites », détaillait Anne Bisagni-Faure, rectrice de l’académie de Bordeaux et de Nouvelle-Aquitaine. Dès lors, tous les voyages scolaires « entrants et sortants » étaient annulés ou reportés et les établissements suffisamment fournis en gel hydroalcoolique ou en savon, les « problèmes d’hygiène anticipés » et les trois fédérations de parents d’élèves (FCPE, PEEP, APE) briefées.

Le virulent virus n’aurait alors pas eu le temps de « s’attaquer » à la rentrée scolaire et les mesures de confinement étaient lancées dans la foulée, nécrosant le peu de clusters que comptait le territoire (notamment celui du Lot-et-Garonne). « Nous avons fermé très tôt certains établissements scolaires et avons rapidement pris des attitudes de précautions, détaille le Dr Daniel Habold. Si nous avons sûrement fait des erreurs cette pugnacité entre aujourd’hui certainement en jeu dans le constat que nous dressons. »

La Nouvelle-Aquitaine, une région marquée par l’épidémie de rougeole

Dès le 22 décembre, il a été remonté à l’ARS « des indicateurs de circulation anormalement élevés d’anomalies infectieuses ». Il ne s’agissait peut-être pas du Covid-19, mais l’ARS qui se souvient de l’épidémie de rougeole de l’hiver 2018 et du printemps suivant est sur le qui-vive et prend les devants. « Dès janvier et février, avant même le signalement du premier cas Covid-19 dans la région, nous avons pris des mesures d’endiguement et étions attentifs aux éventuels foyers d’infection », indique Daniel Habold. Les personnes infectées auraient alors rapidement été contactées, « tracées ». Les « cas contacts » mis à l’écart et équipés afin de « limiter toute contamination interhumaine ». « On a ainsi évité un bis repetita de Mulhouse en Lot-et-Garonne, chez certaines populations à risque et dans les squats », précise l’ARS.

La Nouvelle-Aquitaine, une région bonne élève du confinement ?

La préfète de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio, aime également rappeler durant ses points presse que les habitants de Nouvelle-Aquitaine « se comportent bien » durant ce confinement. Si certains Bordelais, Landais ou Arcachonnais signalent des manquements aux décrets sur les réseaux sociaux, Martin Guespereau, préfet délégué pour la défense et la sécurité, a encore souligné ce mercredi qu’aucun débordement significatif n’était à déplorer. Reste que l’interdiction d’accéder aux quais de Garonne à Bordeaux, aux plages du Pays basque ou en Charente-Maritime, en passant par la fermeture des magasins girondins dès 21 heures ont certainement aidé à garder le virus confiné.

Renforcer les mesures de confinement, comme à Limoges ou Biarritz ? « Ne rendons pas une situation plus anxiogène qu’elle ne l’est déjà », a déjà glissé Fabienne Buccio en réponse à une possible interdiction de l’épandage réclamée par deux associations antipesticides. Une préfète refuse donc aujourd’hui de décréter la désinfection des rues, de rendre obligatoire le port d’un masque barrière, ou de tomber « dans la philosophie de la frappe ciblée ». La Nouvelle-Aquitaine ne fera donc pas l’objet d’un décret interdisant le sport entre 10 heures et 19 heures, comme c'est désormais le cas à Paris. Ceci à la demande des forces de l’ordre qui ne veulent pas courir le risque de provoquer un « pic de circulation » aux heures autorisées.

Reste que 1,7 million de Néo-Aquitains continueront, eux, d’être l’objet d’une attention toute particulière. « C’est le nombre de personnes très à risque dans la région, soit des personnes âgées, soit des personnes ayant des facteurs de comorbidité (problèmes cardiaques, hypertension, etc.). Mais aussi des profils de patients jeunes en situation d’obésité au métabolisme fragile pour qui un passage en réanimation est risqué », explique à 20 Minutes le Dr Daniel Habold, qui estime finalement que la Nouvelle-Aquitaine n’a pas encore atteint le pic de l’épidémie.