Coronavirus : Les questions que pose la potentielle épidémie de Covid-19 sur le porte-avions « Charles de Gaulle »

ARMEE Une quarantaine de marins du porte-avions « Charles de Gaulle » auraient été testés positifs au coronavirus

Mathilde Ceilles

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Illustration du Charles de Gaulle
Illustration du Charles de Gaulle — Fred Tanneau / AFP
  • Le porte-avions nucléaire est actuellement au large du Portugal. Il est parti depuis le 21 janvier et compte à bord 1.760 membres d’équipages. En fin de mission, il était attendu à Toulon le 23 avril mais il va rentrer une semaine plus tôt suite à l’épidémie en son bord.
  • La Marine nationale reconnaît « la quarantaine de cas » mais précise « ils ne sont pas graves ». Actuellement, l’Armée ne peut expliquer la présence du virus sur le Charles de Gaulle.

Une potentielle épidémie de coronavirus à bord d’un navire de la Marine nationale française, et pas des moindres : le mythique porte-avions Charles de Gaulle. Voilà l’annonce qui a été faite par le ministère des Armées ce mercredi dans la matinée. Un scénario parmi les plus redoutés, quand on sait que le Charles de Gaulle est un vaste espace clos dans lequel des centaines de marins français se côtoient dans une certaine promiscuité. Une épidémie qui suscite également de nombreuses interrogations. 20 Minutes fait le point.

Combien y a-t-il de malades du coronavirus à bord ?

« Une quarantaine de marins est aujourd’hui sous observation médicale renforcée, écrit le ministère dans un communiqué. Ils présentent des symptômes compatibles avec une possible infection par le Covid-19. Ces premiers symptômes sont apparus récemment ». Depuis quand exactement ? Quel chiffre exact ? Contactée, la Marine nationale n’est pas en mesure d’apporter ces précisions, mais se veut rassurante. « Il y a une quarantaine de cas seulement, et qui ne sont pas graves », tient à préciser le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’état-major des Armées.

Pour rappel, actuellement dans l’Atlantique au large du Portugal, le porte-avions nucléaire était parti depuis le 21 janvier et compte à bord 1.760 membres d’équipages. En fin de mission, il était attendu à Toulon le 23 avril.

Comment expliquer la présence de ce virus à bord ?

La question, pourtant cruciale, demeure pour l’heure une énigme, y compris pour l’Armée elle-même. Une équipe épidémiologique du Service de santé des armées (SSA) a été dépêchée à bord et aura notamment pour fonction de répondre à cette interrogation à travers une enquête fouillée. « L’urgence est de faire le point sur la situation », rappelle le colonel Frédéric Barbry.

Selon le colonel, le dernier contact à l’extérieur remonte au mois dernier. Entre le 13 et le 19 mars, le Charles de Gaulle a effectué une escale à Brest. « A l’époque, les Français allaient dans les bureaux de vote et le pays n’était pas dans la logique de confinement, encore moins dans une logique de tests de la population, rappelle le colonel Barbry. Toutefois, nous avions annulé la journée familles prévue, compte tenu de la situation. Tous les transferts avaient été annulés et les mesures avaient été prises pour limiter les contacts. »

Quelles mesures vont être prises en charge à bord pour éviter la propagation ?

« Dès aujourd’hui, une équipe de dépistage avec des moyens de tests sera acheminée à bord du porte-avions afin d’investiguer les cas apparus et d’entraver la propagation du virus à bord du navire », selon un communiqué du ministère.

D’importantes mesures sanitaires ont été prises à bord, comme la désinfection des rampes et poignées de portes, ou la réduction du nombre de réunions et de participants à ces réunions. Une tranche de l’avant du bâtiment, d’une capacité de 127 personnes, a été isolée pour accueillir les marins confinés. La zone a été mise en dépression, suivant des méthodes déjà utilisées par le porte-hélicoptères Tonnerre lorsqu’il avait évacué des patients de Corse fin mars, selon une source militaire à l’AFP.

Le bateau est-il équipé pour faire face à une épidémie ?

Des masques ont été distribués à titre préventif à ceux qui pourraient présenter des symptômes. Et pour les autres ? « Il y a des masques chirurgicaux à bord, comme dans tout hôpital, mais j’ignore combien, et s’il y a des masques FFP2 », reconnaît le colonel Barbry.

L’équipe médicale comprend une vingtaine de soignants (médecins, infirmiers, chirurgiens), qui disposent d’une salle d’hospitalisation d’une douzaine de lits, de respirateurs et d’un scanner. « C’est une vraie petite ville, avec à son bord un hôpital conçu pour de la médecine de guerre et prendre en charge des blessés de combat, reconnaît le colonel Barbry. Aucun hôpital sur un tel bateau militaire n’a été désigné pour faire face à une épidémie, mais tout comme l’hôpital de Mulhouse n’était pas forcément préparé à vivre une épidémie de coronavirus. »

Pourquoi précipiter le retour du porte-avions à Toulon ?

Le Charles de Gaulle a vu sa date de retour être avancée à la semaine prochaine, au lieu du 23 avril initialement prévu. Il « était déjà en train de rentrer, il fait au plus court », a souligné le cabinet de la ministre Florence Parly auprès de l’AFP, relevant que cette « décision de bon sens » ne posait pas de problème stratégique ou opérationnel. Mais dans quelle optique précisément ? « C’est une décision de l’Armée », répond le colonel Barbry. Quid des marins à leur arrivée ? Vont-ils pouvoir retrouver leurs familles ? « Il est trop tôt pour le dire », estime le colonel Barbry.