Coronavirus à Marseille : Un propriétaire délogé cambriolé en plein confinement

CONFINEMENT Un propriétaire d'un appartement évacué a été cambriolé en pleine période de confinement alors qu'il se bat depuis plus d'un an pour réintégrer son immeuble

Adrien Max

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Un immeuble frappé d'un arrêté de péril à Marseille.
Un immeuble frappé d'un arrêté de péril à Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Shahriyar a été délogé de son appartement, dont il est propriétaire, à la fin 2018. Depuis il est hébergé par des amis.
  • Après un premier cambriolage en début d’année, son immeuble a de nouveau été cambriolé dimanche en pleine période de confinement.
  • Après plus d’un an à solliciter la mairie, son syndic et plus récemment la police, il est à bout.

« Je tombe face à face avec trois mecs et de deux filles, vachement agressifs. Il n’y a plus d’électricité, on est dans la pénombre. Ils me demandent ce que je fais là, alors que je suis chez moi, comme si c’est moi qui les agressais. Une des filles est devenue vachement violente, et un mec avait un couteau. Des coups ont été échangés, je me souviens m’être pris un coup de poing et un coup de pied au niveau de la tête. » Shahriyar a bien cru mourir, dimanche, alors que des voisins venaient de le prévenir d’un cambriolage en cours dans son appartement à Marseille​.

Il a été expulsé, ainsi que les huit autres copropriétaires, de son appartement situé rue Mazenod, dans le quartier de la Joliette à Marseille, depuis la fin 2018. Depuis, il se loge comme il peut. « Depuis qu’on a été expulsé je n’arrête pas de solliciter mon syndic et la mairie de Marseille pour savoir où en sont les travaux. Avec tous les autres copropriétaires on a accepté de les payer, mais rien ne bouge depuis cette date. J’ai dû naviguer entre différents appartements et depuis huit mois un ami a accepté de me loger », relate Shahriyar, pour qui le relogement est entièrement à sa charge, en tant que propriétaire.

Deux cambriolages en deux mois

Une situation déjà compliquée, qui s’est encore noircie en début d’année. « Il y a environ deux mois l’immeuble a été cambriolé. Quand on nous a prévenus je suis revenu, et ils avaient défoncé la cuisine pour récupérer le lave-vaisselle encastré, ils ont volé la télé, mon ordinateur de bureau, le moindre couvert. J’avais fait pour 40.000 euros de travaux pour pouvoir vivre correctement dans cet appartement, et je n’ai pu récupérer que mes affaires », se désole Shahriyar.

Il dépose plainte, mais selon lui les fonctionnaires de police se sont d’abord montrés réticents à l’idée d’aller inspecter l’immeuble, entièrement visité par les cambrioleurs, classé en péril. « Il y a deux caméras à la sortie de l’immeuble, je leur ai demandé de regarder, mais ils ont refusé. Ils m’ont donné un papier pour mon assurance, et c’est tout », affirme-t-il.

« J’ai failli me faire planter »

Dimanche dernier, en pleine période de confinement, rebelote Shahriyar est prévenu par ses voisins : un cambriolage est en cours. « Ils avaient déjà prévenu la police, et je les ai rappelés sur le chemin. Quand j’arrive je vois que la porte est grande ouverte, et je rappelle la police. Là, ils me disent qu’ils sont au courant mais trop occupés, je leur dis qu’il y a la possibilité de mettre la main sur les cambrioleurs, et ils me raccrochent au nez. Je décide de monter pour voir les dégâts qu’ils ont faits et une fois dans mon appartement, je tombe nez à nez sur eux », n’en reviens pas Shahriyar.

L'etat dans lequel a retrouvé son appartement Shahriyar après le premier cambriolage.
L'etat dans lequel a retrouvé son appartement Shahriyar après le premier cambriolage. - Shahriyar

Il parvient finalement à s’extirper de cette délicate situation et recontacte la police. « Je leur ai dit que j’avais failli me faire planter et qu’ils étaient toujours à l’intérieur, et au final ils sont arrivés 10 minutes plus tard mais les cambrioleurs étaient partis. J’ai déposé plainte, et on a pu donner les immatriculations à la police », détaille Shahriyar.

2.500 personnes toujours en logements provisoires

Du côté de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône, on explique que l’immeuble est « sous la responsabilité de la mairie ». « Nous sommes intervenus vers 15h30, après avoir reçu plusieurs appels, effectivement. On nous avait signalé la présence de squatteurs, et lorsque nous sommes arrivés ils étaient en fuite. L’enquête suit son cours, l’immatriculation devrait faciliter les choses. A chaque fois qu’on nous signale un cambriolage en cours, nous nous déplaçons. Même dans cette période ou nous devons faire respecter le confinement », précise-t-on.

Un demi-soulagement pour Shahriyar, qui se sentait totalement submergé par la situation. « Ça fait plus d’un an que je me bats avec le syndic, avec la mairie, et maintenant avec la police, et jusqu’à présent rien ne changeait, même si la police m’a dit que l’enquête ne se poursuivrait qu’après le confinement. A la base cette situation ne regarde que moi, mais après autant de batailles je n’en peux plus », admet-il.

Le collectif du 5 novembre, né après le drame de la rue d’Aubagne pour accompagner et soutenir les sinistrés et les délogés, explique avoir eu vent d’un autre cas de cambriolage depuis le début du confinement dans un immeuble évacué. Et environ 2.500 personnes sont toujours logées à l’hôtel ou dans des appartements provisoires en cette période de confinement.