Coronavirus : Pourquoi recevons-nous autant de vidéos « drôles » et de blagounettes pourries ?

LA VIE EN CONFINEMENT Avec le confinement, les blagues fusent dans les boucles familiales et amicales. Pourquoi ? Analyse du rire en temps de confinement

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Emmanuel Macron rigole (illustration)
Emmanuel Macron rigole (illustration) — SIPA PRESS

« Vaut mieux être un confiné qu’un con fini. » On ne va pas se mentir, on en reçoit tous (et peut-être même qu’on en envoie). De quoi parle-t-on ? Des blagues (pourries). Avec le confinement décrété en raison de l’épidémie de coronavirus qui secoue le pays, les Français de tous les âges n’hésitent pas (mais alors pas du tout) à s’échanger quotidiennement via les boucles de messageries instantanées des dizaines et des dizaines de blagues, de calembours, de détournements, de vidéos humoristiques et traits d’humour parfois lourds ou gras. Ou les deux. Tagada tsouin tsouin.

Il y a la vidéo de Winnie l’ourson qui découvre qu’il ne voit plus son sexe parce qu’il a grossi pendant le confinement. Il y a celle de cet avion qui vole. Mais non, en fait c’était la télé et le hublot avec une simple cuvette ! Il y a aussi Bernardo qui demande à Zorro comment il a mis son masque. Nous n’allons pas tout lister. Biba a déjà dressé une liste des meilleures blagues (229 !) qui tournent actuellement sur la Toile. Mais pourquoi faisons-nous ça ? Alors qu’on avait prévu de re(lire) l’œuvre complète de Zola au début du confinement, on se fend la poire (ou alors ce sont les nerfs qui lâchent) sur des vidéos débiles venues du monde entier. Alors confinement, temps à blague ? Frédéric Pouhier, auteur des 1.000 meilleures vannes de l'histoire de l’humanité (First) répond aux questions de 20 Minutes.

Vous remarquez un regain de la blague en ce moment ?

C’est évident. Nous sommes dans la logique anglaise de « rions parce que c’est grave ». Face à la gravité on ne se prend pas au sérieux et ça fait aussi du bien de rire de la situation. C’est incroyable le nombre de vannes qui s’échangent actuellement, avec un bon niveau. C’est aussi la première fois qu’il y a une expérience commune de ce niveau-là. La moitié de la planète est confinée et vit la même chose : ne pas pourvoir sortir, être coincé avec les enfants, l’histoire des apéros virtuels. On rigole de notre situation, de notre galère. On est tous confinés, donc tous potentiellement concernés par les blagues. C’est une situation unique. Et on a du temps ! Et le temps passé devant les écrans a sûrement été multiplié par deux.

Nous rions alors de choses universelles ?

Oui, il y a un côté universel à l’expérience qui est assez rare. Car l’humour n’est pas universel. Ce qui fait rire les Japonais par exemple, ne font pas spécialement rire les Européens. Et vice et versa. Il y a rarement un humour fédérateur pour toute la planète. Nous les Français, nous sommes proches de l’humour anglo-saxon même si les formes varient. Il y a en ce moment de très bonnes vidéos françaises qui tournent et des humoristes qui se sont adaptés avec un vrai travail, une vraie expérience.

La situation du confinement est propice à la blague ? C’est une bonne source d’inspiration ?

Le confinement a les mêmes bases qu’une pièce de théâtre ou une sitcom avec une unité de temps et une unité de lieu. Nous disposons d’un seul lieu où tout se passe, avec des événements cocasses et des réflexions qu’on aurait pas eu en temps normal. Tout est amplifié en ce moment. Et c’est assez intergénérationnel. Tout le monde va envoyer les mêmes blagues. Il y a juste le support qui change : Facebook pour les plus de 40 ans. Twitter et Instagram pour les trentenaires. Et TikTok pour les moins de vingt ans.

Le confinement restera un marqueur, un événement référent dans l’humour, une running joke ?

Oui, il en restera quelque chose. Je pense qu’en ce moment il y a trente ou quarante scénaristes uniquement à Paris qui écrivent un scénario sur le confinement pour des séries ou des films, des pièces de théâtre ou des livres. Ça restera comme quelque chose qui aura marqué toute une génération. Ce sera un marqueur fort et notamment dans l’humour. Dans dix ans, il y a aura évidemment encore des vannes à la télé, au cinéma, sur scène, en référence à ce moment.