Coronavirus : « Ça a explosé », « On est clairement gagnant »… Nos lecteurs décortiquent leur budget alimentaire pendant le confinement

TEMOIGNAGES Tous les repas pris à la maison, davantage de personnes à nourrir… Les dépenses alimentaires des Français ont-elles bondi ? « 20 Minutes » a posé la question à ses lecteurs

J.B.

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Une file d'attente devant un supermarché à Montesson (Yvelines), durant l'épidémie de coronavirus.
Une file d'attente devant un supermarché à Montesson (Yvelines), durant l'épidémie de coronavirus. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • La France a entamé sa quatrième semaine de confinement pour tenter d’endiguer l’épidémie de coronavirus.
  • Fini les sorties, la cantine, les restaurants d’entreprise… Les Français qui sont au chômage partiel ou en télétravail passent leurs journées à la maison, avec les enfants. Conséquence : des repas en plus à assurer, et pour davantage de monde.
  • Le budget alimentation a-t-il alors augmenté ? Les lecteurs de 20 Minutes racontent leur situation.

L’annonce du confinement avait accentué un mouvement déjà enclenché : une ruée dans les supermarchés, par crainte d’une pénurie liée à l’ épidémie de coronavirus. Riz, pâtes, conserves, papier toilette… Les rayons avaient été vidés, et les chariots remplis à vitesse grand V. En témoignent ces chiffres du cabinet Nielsen lors de la première semaine de confinement :

Près d’un mois plus tard, la « routine » du confinement s’est installée. Et parmi les habitudes qui ont changé, on trouve le fait de devoir (théoriquement) faire trois repas par jour, pour l’ensemble des membres du foyer. Fini la cantine pour les enfants, le restaurant d’entreprise, les repas à l’extérieur : la logistique alimentaire a dû être repensée. Le budget nourriture s’est-il alors envolé ? 20 Minutes a posé la question à ses lecteurs.

« Être à découvert à cause d’un bifteck, c’est quand même malheureux »

Pour Nathalie, qui a répondu à notre appel à témoignages, le constat est net. Et très précis. « Nous sommes cinq, deux adultes et trois enfants, écrit-elle. J’ai fait mes courses la semaine dernière : 291 euros alors que je n’ai pas changé nos habitudes. Avant, un beau chariot me coûtait 200 euros ». Gaëlle, à la maison avec son époux et leurs deux enfants, a aussi fait ses comptes : « (Habituellement), nos enfants mangent chez la nounou et à la cantine. Je travaille beaucoup et mange rarement le midi. Et mon mari mange un petit sandwich. (…) De 70 euros par semaine, soit 300 par mois, nous sommes passés à 150 tous les 10 jours, soit 450 par mois ! ». Et Julie de regretter : « Être à découvert à cause d’un bifteck, c’est quand même malheureux ».

Le nombre accru de personnes à table n’est pas le seul facteur. « Il y a le problème des produits en rupture. Nous prenons ceux disponibles et souvent plus chers », explique Erwan. Aurélie lui emboîte le pas : « Les marques distributeurs partent plus vite que le reste ».

Adieu les promos, bonjour l’angoisse

Problème de produits, mais aussi de magasins. Aurélie, maman de 5 enfants, fait en temps normal ses courses dans un supermarché à 10 km de chez elle, « où le prix des produits est raisonnable, raconte-t-elle. Là, je suis obligée de les faire dans deux enseignes qui sont réputées chères et le sont vraiment, cela explose littéralement mon budget. » Même problème pour Karine : « Je vais dans un petit commerce de proximité pour ne pas faire la queue dans des grands supermarchés, et la note est salée ! ».

Et puis il y a la question des promotions. Faïza, mère de deux enfants en bas âge et qui touche le RSA, constate tristement : « Avant, j’achetais uniquement des articles en promo ou premier prix, j’utilisais également beaucoup de bons de réduction. Ce n’est plus possible. Mes premières courses m’ont coûté 167 euros, alors qu’en temps normal, j’en aurais payé une cinquantaine ». Une angoisse que l’on retrouve chez Angel : « Au chômage technique, je ne peux me permettre aucun écart depuis que notre entreprise nous a annoncé ne pas avoir de trésorerie, et qu’on devrait attendre que l’état l’indemnise pour que nos salaires soient versés ».

Les prix qui s’envolent ?

Quant à Emmanuelle, elle dénonce « une envolée des prix sur certains produits ». Un constat partagé par de nombreux lecteurs, surtout concernant les fruits et légumes. Mais qu’en est-il vraiment ? Le 20 mars, le cabinet Nielsen, toujours, notait une stabilité des prix dans les rayons par rapport à février :

Mais le confinement venait à peine de commencer. Ce mardi, Interfel, interprofession de la filière fruits et légumes, indiquait par communiqué mettre « tout en œuvre pour (…) avoir une gamme de prix et de produits diversifiée ». Tant en reconnaissant que « les prix des fruits et légumes frais peuvent être légèrement impactés (…) par l’évolution de certains coûts, notamment ceux du transport ou des impacts liés au manque de main-d’œuvre ».

Cette hausse des prix, Bruno Le Maire l’a évoquée directement mercredi. « Il y a, sur certains fruits et légumes frais, une forte augmentation (des tarifs) due à une chose très simple, a reconnu le ministre de l’Economie. (Nous avions) des produits qui venaient de pays européens, pas forcément de la même qualité, et désormais, ce sont des produits français ». Illustration, toujours selon Bruno Le Maire : « La fraise gariguette française est beaucoup plus chère que la fraise espagnole. Le concombre français est deux à trois fois plus cher que le concombre néerlandais. Même chose pour la tomate ». Les grandes surfaces assurent avoir pris des mesures : Intermarché a bloqué «  jusqu’au 15 mai prochain les prix de 10.000 produits de marques nationales ou de marques de distributeur ». Chez Carrefour, 500 produits de l’opération « prix imbattables » font l’objet d’un gel. Et E.Leclerc a pris la décision de «  bloquer les prix de plus de 4.000 produits Marque Repère ».

Des tensions et de l’énergie

Au final, ce budget a de quoi énerver, confie Lisa : « Ca crée des tensions dans notre couple, car je trouve que monsieur mange beaucoup ». D’autant qu’il n’a pas que la nourriture qui fait gonfler la note, les fournitures scolaires aussi. Nelly a deux enfants, dont l’un a 4 ans. Et pour lui, « il faut s’équiper (peinture, gommettes, papier…) ».

Et pour Eric, le fait d’avoir tout le monde à la maison en permanence pompe de l’énergie (dans tous les sens du terme) : « Entre la perte de revenus pour chômage partiel, cette hausse du budget alimentation et celle inévitable du budget énergie, on va rien voir passer… »

Une question d’équilibre

Mais tout le monde ne voit pas les choses ainsi. Car s’ils ont aussi constaté une hausse de leurs dépenses alimentaires, d’autres ne s’en plaignent pas. « Pour se consoler du confinement, j’achète parfois des produits plus haut de gamme, histoire de me faire un petit plaisir culinaire, confie Joël. Mes deux derniers : un foie gras et un gigot d’agneau local, dont les restes feront une délicieuse moussaka ! ». « Si le budget a augmenté, c’est uniquement parce que l’on essaie de se nourrir correctement, (…) parce que notre seul plaisir est de varier notre alimentation », abonde Mylène.

D’autres considèrent que tout compte fait, les choses s’équilibrent. « Financièrement, cela n’a pas trop changé puisque cuisiner revient souvent moins cher que de manger dehors ou à la cantine », estime Rachida. Clément, lui, fait « encore moins attention aux prix » que d’habitude. Mais ces achats sont « compensés par les dépenses habituelles (resto, bar, week-end, ciné) » qui n’ont plus lieu.

« On est clairement gagnant »

Et puis il y a ceux pour qui le confinement est synonyme d’économies. C’est le cas de Morgane : « Nous sommes un foyer de 2 actifs et deux enfants, un a l’école et un avec une nounou, qui doivent rester à la maison. Notre budget alimentaire a bien baissé ». La question des enfants est aussi évoquée par Christophe, chez qui il y a cinq bouches à nourrir : « Quand on enlève la part « cantine » des enfants, on arrive largement à les nourrir mieux pour a minima le même prix. Et quand on enlève les garderies et jours de garde au centre aéré, on est clairement gagnant ».

Coralie, elle, positive sur ces menus en plus : « J’ai plus le temps de cuisiner, on mange mieux, meilleur et plus sain ! Et voire on dépensera moins ». Une stratégie différente de celle de Mariva, qui fait des économies… En mangeant moins. « Je suis passée à 2 repas par jour : petit-déjeuner et repas complet entre 17h et 18h, explique-t-elle. (…) C’était important de réduire ma nourriture puisque j’ai moins d’activité. Et je m’aperçois que je dors mieux ».

Enfin pour Bertrand, le calcul est simple : « Le resto du midi, le sandwich, la cantine sont bien plus chers au total qu’un bon petit plat fait maison. Quelques légumes de saison, des pâtes, un peu de viande, un fruit et un yaourt. On économise au moins 5 euros par jour pour 3 personnes. Sur le mois, ça nous fait 100 euros ». Un gain qui sera solidaire : « On s’est promis de les débourser localement dans des commerces et les restaurants qui ont été obligés de fermer ».