Coronavirus à Grenoble : Brancardiers et rappeurs, ils cartonnent avec leur clip en l'honneur du personnel hospitalier

BELLE HISTOIRE Samir, Djamel et Adel du groupe « G7N » ont sorti récemment un titre et un clip de rap pour rendre hommage au personnel hospitalier de Grenoble, où deux d’entre eux travaillent comme brancardiers

Elisa Frisullo

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Capture d'écran du clip
Capture d'écran du clip — G7N
  • En pleine pandémie de coronavirus, le groupe de rap «G7N» de Grenoble, où deux de ses membres sont brancardiers, vient de sortir en titre pour rendre hommage au personnel hospitalier.
  • Leur morceau, inspiré de la réalité qu’ils côtoient au quotidien, enregistre un gros succès sur le Web.

Lorsqu’il quitte les allées du CHU de Grenoble (Isère) où il travaille depuis cinq ans comme brancardier, Samir rejoint fréquemment son frère Adel et leur ami Djamel pour faire du rap. L’hôpital et la musique, deux univers éloignés que le jeune homme a réunis le temps d’un morceau et d’un clip réalisés avec son groupe G7N (J’ai cette haine) pour rendre hommage au personnel hospitalier. « Avec tout ce qu’on voit depuis le début du Covid-19,  je me suis dit qu’avec ma musique, je pouvais moi aussi témoigner de ma solidarité », confie à 20 Minutes cet ancien gamin de la banlieue grenobloise.

Son frère et son copain d’enfance, également brancardier à la clinique mutualiste de la ville, ne sont pas difficiles à convaincre. Les trois gars ont déjà tourné quelques clips postés sur YouTube et ont une certaine facilité pour écrire et délivrer leur message. « On fait des morceaux festifs. On a une haine positive, des ondes positives. On est heureux, alors on met toute notre énergie dans notre passion pour montrer et partager cette joie de vivre », ajoute le rappeur de 30 ans.

Pour évoquer cette pandémie qui n’épargne aujourd’hui aucun pays et a mis le système hospitalier face à ses failles immenses, Samir et ses deux acolytes n’ont eu qu’à puiser dans ce qu’ils vivaient et voyaient au CHU, où ils ont tourné leur clip. Un hôpital où comme ailleurs en France, le coronavirus a débarqué presque sans crier gare.

« Quand le Covid-19 est arrivé, personne n’était prêt. J’ai vu l’hôpital s’organiser, mes collègues, courageux, qui ont continué de faire leur métier, des médecins, des infirmières aller au front. Ce n’est pas facile de prendre cette décision de continuer, poursuit celui qui s’est porté volontaire récemment pour transporter d’autres patients que ceux de son service, ceux de l’unité Covid. Je voulais aussi montrer l’exemple, ça pourrait être nos mères, nos sœurs ces malades ».

Dans leur morceau baptisé « 20h », en référence à l’heure à laquelle les Français rendent hommage chaque soir aux professionnels mobilisés pendant la crise sanitaire, les rappeurs rappellent la mobilisation de tous les personnels du CHU. « Par ici une crise, par ici la guerre, pas besoin d’armes, ce sont eux nos militaires. ASH, brancardiers et infirmiers, vous êtes nos héros et la France en est fière», chantent les rappeurs, dont le titre ne fait pas l’impasse sur les effets du confinement. «J’ai vu des gens se bastonner devant Carrefour, se manger presque une bastos pour un petit four », poursuivent les Grenoblois, dont le clip a fait le tour du Web. « On a fait ça pour les personnels du CHU, pour nos collègues. On n’imaginait pas du tout qu’il serait vu et partagé comme ça ».

En quelques jours, leur titre a été visionné plus d’1.5 millions de fois et a été partagé 23.000 fois. Les rappeurs ont reçu des messages de soutien et de félicitation de partout en France, mais également d’Europe et du Canada. « Ce qui m’a touché, c’est que j’ai des collègues qui ont pleuré à la fin du clip. Si on peut faire du bien avec la musique, c’est extraordinaire », souligne Samir, déterminé, une fois la pandémie passée, à continuer à se servir du rap pour « transmettre ses émotions et ses messages ».

Un message venu cette fois « d’en bas », rappelle-t-il, pour mettre en lumière aussi les brancardiers, les aides-soignants, souvent restés dans l’ombre de cette lutte contre le coronavirus, mais qui est remonté « tout en haut » de la hiérarchie. « De grands professeurs, des spécialistes, nous ont félicités. Et la direction du CHU a partagé le clip. C’est aussi ce qui est beau dans le message de solidarité que nous avons voulu porter ».