Nancy : « Il faut maintenant dire que les suppressions de postes et de lits d'hôpitaux sont arrêtées », demande Mathieu Klein

INTERVIEW Mathieu Klein, président (PS) du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, salue la « suspension » du plan d’économies à l’hôpital de Nancy et appelle Emmanuel Macron à respecter ses engagements sur la santé.

Propos recueillis par Charles Montmasson

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Mathieu Klein, président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle,  en 2016.
Mathieu Klein, président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, en 2016. — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
  • Samedi, le président (PS) du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein, a écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron, lui demandant de revenir sur les suppressions de postes et de lits prévues dans les prochaines années à l’hôpital de Nancy.
  • La veille, le directeur de l’Agence régionale de santé du Grand-Est avait évoqué la poursuite du plan de réformes.
  • Mathieu Klein appelle Emmanuel Macron à respecter ses engagements « d’investissements massifs » pour les hôpitaux.

Dans un territoire éprouvé par l’épidémie de Covid-19, la baisse relative de la progression de l’épidémie ne doit pas faire oublier la « vigilance », met en garde le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein. A 20 Minutes, l’élu socialiste explique par ailleurs pourquoi il a adressé une lettre ouverte au président de la République sur l’avenir de l’hôpital de Nancy, et plus largement, du système français de « solidarité collective ».

On observe des signes encourageants sur la situation en Meurthe-et-Moselle et dans le Grand-Est. Peut-on déjà dire que le plus dur est passé ?

C’est beaucoup trop tôt pour dire cela. Je ne veux pas que l’idée que nous arrivions au terme du pic ou que le pire soit derrière nous se répande, ce serait le pire des services à nous rendre, collectivement. Il faut rester vigilants, mobilisés, attentifs et prudents car nous sommes toujours au cœur d’une épidémie qui est très violente. Et même si l’ambiance printanière donne des fourmis dans les jambes, il faut redoubler d’effort, rester prudent et respecter les mesures barrières et le confinement autant que possible. Si des signes d’espoir existent, il ne faut pas les ruiner par des comportements qui pourraient faire flamber l’épidémie.

Vous avez demandé à Emmanuel Macron de mettre un terme à « la fermeture des lits d’hôpitaux ». C’est une leçon à tirer de cette crise du Covid-19 ?

Cette crise nous rappelle que la santé et l’organisation du système de santé publique et de soins en France font partie des biens les plus précieux. Nous avons la chance de vivre dans un pays qui permet, par l’effort de tous, à chacun d’être pris en charge en fonction de ses besoins. C’est une évidence qui en temps habituel passe presque inaperçue. Dans un moment de crise, nous percevons chaque minute à quel point c’est un élément fondateur du pacte républicain et du lien social entre les citoyens. Emmanuel Macron l’a dit lui-même à Mulhouse le 15 mars, l’hôpital public doit faire l’objet d’investissements massifs. C’est ce qui rend le propos tenu sur le Grand-Est et l’hôpital de Nancy en total décalage.

D’autres élus locaux, comme le maire de Nancy, ont aussi exprimé leur désaccord…

Sur la forme, nous sommes tous d’accord pour dire que ces propos sont incompréhensibles. Sur le fond, dès le mois de juillet 2019, lorsque le plan d’investissement pour le CHRU a été validé, j’avais indiqué que l’effort de 600 emplois supprimés et de 174 lits fermés était difficilement soutenable. Ce qui n’était pas soutenable avant le Covid-19 devient insoutenable après le Covid-19.

Dimanche, le ministre de la Santé a indiqué que « tous les plans de réorganisation étaient évidemment suspendus ». Vous êtes rassuré ?

C’est un premier pas. Il faut aller plus loin, et dire que les suppressions de postes et les fermetures de lit sont arrêtées.

Vous demandez plus de moyens pour la santé, pour l’accompagnement des personnes âgées. Avec la situation économique, ne pourrait-on pas vous dire qu’il sera encore plus difficile pour l’Etat de financer ces politiques ?

Ces temps-ci, je n’ai pas rencontré beaucoup de personnes qui tenaient ce genre de propos… La question du vieillissement de la population est une réalité, et plutôt une chance pour notre pays de vivre plus longtemps, et en bonne santé. Comme la santé, ça fait partie du paysage social français. Il faut que nous prenions en compte le vieillissement de la population et que nous créions un cinquième risque pour la solidarité collective : celui de perte d’autonomie, avec une cinquième branche pour la Sécurité sociale. Il faut qu’il y ait une part de la perte d’autonomie qui soit prise en charge par la solidarité collective et la solidarité nationale, comme pour la santé. Le système actuel est inadapté au nombre de plus en plus important de personnes qui ont besoin de cette solidarité collective en fin de vie. Le vieillissement est un défi de civilisation que nous avons à relever ensemble. La crise du Covid-19 ne fait que mettre en lumière de manière plus criante les inégalités absolument insoutenables qui sont celles du vieillissement en France.

Est-ce que la solidarité nationale et internationale, avec notamment les transferts de malades, reste nécessaire ?

La solidarité nationale et européenne est à saluer. J’ai la conviction qu’il faut y faire appel à chaque fois que c’est nécessaire, et aussi utiliser pleinement les ressources dont nous disposons. Les ressources, c’est-à-dire les lits disponibles, notamment pour les patients Covid, que ce soit en réanimation ou en médecine. Dans nos territoires, et puis à chaque fois que c’est nécessaire, faire appel à la solidarité nationale et européenne. Il faut faire les choses dans cet ordre.