Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : Malgré le confinement, les vacanciers ont-ils investi le littoral ?

EN VACANCES La Nouvelle-Aquitaine multiplie les dispositifs pour empêcher les touristes ou les résidents de venir séjourner sur le littoral durant ces vacances de printemps

Marion Pignot

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Saint-Martin-de-Ré, en avril 2020, durant le confinement.
Saint-Martin-de-Ré, en avril 2020, durant le confinement. — XAVIER LEOTY / AFP
  • Dès jeudi, le ministre de l’Intérieur a exhorté les vacanciers de la zone C à ne pas partir loin de chez eux en pleine épidémie de Covid-19 et de ne pas rejoindre le littoral durant cette période de confinement.
  • Afin de devancer et de décourager les contrevenants, la préfecture de Nouvelle-Aquitaine a interdit les locations saisonnières sur une très large partie du littoral. Une mesure qui touche au total 143 communes, notamment celles des îles de Ré et d’Oléron ou celles du bassin d’Arcachon.
  • Malgré les nombreux témoignages de locaux en colère postés sur les réseaux sociaux, il semblerait, selon la préfète de la Nouvelle-Aquitaine, que le « message soit passé et ait été respecté ».

Locations saisonnières interdites, contrôles routiers puissance 10.000… La Nouvelle-Aquitaine a pris les devants dès jeudi soir pour décourager les Français de la zone C concernés par le début des vacances scolaires de printemps de venir passer le confinement « en mode vacances » sur le littoral. Avec succès, si l’on en croit la préfète de Nouvelle-Aquitaine qui a assuré, ce lundi, que le « message [était] passé » et avait « été respecté ». « Nous avions pris des arrêtés pour que les choses soient claires, pour devancer toutes velléités. Le confinement a été bien respecté par rapport à ce que nous craignions », a détaillé Fabienne Buccio, lors d’une téléconférence de presse.

Il faut dire que de nombreux signaux avaient inquiété les élus des communes ultra-touristiques. Les appels demandant aux spécialistes des espaces verts de venir tondre les pelouses des résidences secondaires se sont multipliés ces derniers jours, comme le rapporte Sud Ouest, les lignes téléphoniques de l’office de tourisme de Marennes-Oléron étaient bien occupées, de nouvelles annonces de locations ont été postées début avril (et sont toujours disponibles) sur Airbnb ou encore, selon le maire de Lège-Cap-Ferret (Gironde), « des ouvertures de maisons secondaires ont été observées en pleine nuit ».

« Il fait beau et on peut comprendre que rejoindre le littoral est tentant. Mais toute personne prise en train de se déplacer sans motif valable ne pourra continuer sa route. Elle devra repartir d’où elle vient. Il y aura une amende et l’obligation de rentrer chez soi », avait alors prévenu Fabienne Buccio.

Les locations saisonnières interdites jusqu’au 15 avril

La préfète avait d’ores et déjà interdit l'accès aux plages dès le 18 mars. Jeudi, celle qui est également préfète de la Gironde a donc répété l’exercice et interdit les locations saisonnières sur une très large partie du littoral. Les préfectures de Charente-Maritime, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques ont également pris un arrêté en ce sens et ce, jusqu’au 15 avril, soit la fin officielle de la période actuelle de confinement.

La représentante de l’Etat n’a pas listé les communes concernées mais en compte une quarantaine sur son littoral, où se trouvent les très touristiques îles de Ré et d’Oléron. En Nouvelle-Aquitaine, au total 143 communes sont touchées par ces mesures, soit 20 en Gironde, notamment celles du bassin d’Arcachon, 39 dans les Landes, parmi elles Hossegor et Capbreton, et neuf sur la côte basque, y compris Biarritz et Saint-Jean-de-Luz.

Philippe de Gonneville, le maire de Lège-Cap-Ferret, a, lui, directement prié les loueurs professionnels et privés de « pas répondre positivement à d’éventuelles demandes de location de biens ». La commune de 9.000 habitants [7.000 résidences secondaires, contre 4.000 principales, selon des chiffres Insee 2016] a « déjà vu arriver environ 3.000 à 4.000 personnes avant les mesures de confinement ». Elle ne peut aujourd’hui plus « accepter que d’autres arrivent dans leurs résidences secondaires ou dans des locations, car ce supplément de population mettrait en péril les capacités d’offres de soins ».

Les accès aux îles de Ré et d’Oléron sont surveillés

Il semblerait que ces mesures de dissuasion aient fini de convaincre les plus motivés à abandonner l’idée de se faire un Paris-Ile d’Oléron, via les départementales. Sur l’île de Charente-Maritime, les 16 gendarmes stationnés sur le pont n’ont pas intercepté le moindre fautif et ont contrôlé « une quarantaine de véhicules en un peu plus d’une heure », selon l’AFP. Idem ce week-end. Selon les gendarmes, tous les véhicules étaient en règle et à leur volant se trouvaient essentiellement des îliens qui rentraient chez eux, « même si quelques plaques minéralogiques laissaient penser que certains avaient choisi de rester confinés loin de leurs résidences principales ».

« Depuis le 17 mars, on estime que le confinement est bien respecté. D’ailleurs, les plateformes de réservation connaissent une vague d’annulations massives sur l’île de Ré », abonde le colonel Bruno Makary, commandant du groupement de gendarmerie de Charente-Maritime. Dans ce département, 520 gendarmes ont été déployés en ce début de vacances scolaires et, depuis vendredi, les accès aux îles de Ré et d’Oléron sont surveillés, tandis qu’un drone passe les plages au crible.

Un habitant du bassin d’Arcachon souhaitant partir une semaine à Bordeaux

« Les départs en vacances, qui étaient un peu redoutés, sont globalement reportés », a, pour sa part, affirmé le capitaine Sylvain Guilhon, qui, ce samedi, surveillait les quais vides de Bordeaux en hélicoptère. De quoi démentir les témoignages de locaux qui essaiment sur les réseaux sociaux depuis vendredi et dénoncent un « pont de Ré saturé », « des familles entières qui déambulent dans Arcachon », des marchés et des magasins bondés sur le Bassin, « des flux de circulation intensifiés », des «  entrées d’autoroute noire de monde ».

« Les seules remontées que j’ai eues, ce sont à propos de gens se promenant encore sur la plage, mais ils s’agissaient d’Arcachonnais ayant un accès direct à la plage. Nous leur avons bien expliqué que cela était interdit par décret », assure Fabienne Buccio, ajoutant que « l’humain est ce qu’il est et qu’il faudra régulièrement remonter au créneau pour rappeler les règles ». Questionnée une énième fois sur le non-respect du confinement, la préfète finira par glisser avec le sourire que le plus « grand des contrevenants » était un habitant du bassin d’Arcachon souhaitant partir une semaine à Bordeaux : « On n’a pas compris ». Lui non plus, apparemment.