Coronavirus : Entre les pays, la compétition pour l’achat de masques fait rage

PROTECTION Ces derniers jours, des Américains ont surenchéri face à des acheteurs français, qui ont eux-mêmes saisi des cartons à destination d’autres pays….

20 Minutes avec AFP

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Une employée de l'usine Bacou-Dalloz à Plaintel, manipule des masques FFP2, le 3 avril 2020.
Une employée de l'usine Bacou-Dalloz à Plaintel, manipule des masques FFP2, le 3 avril 2020. — AFP

Dans un monde où la pandémie de Covid-19 ne connaît pas de frontière, la compétition entre les Etats pour l’achat de masques fait rage. Pris au dépourvu par la pandémie de coronavirus, les pays, notamment occidentaux, cherchent des milliards de masques, principalement en Asie : une situation qui conduit à faire fi des règles et du fair-play censés prévaloir dans les échanges économiques mondiaux.

Ainsi, des masques commandés en Chine par la France auraient été rachetés par des acquéreurs américains non identifiés sur le tarmac des aéroports chinois, selon des présidents de région français qui ont eu à souffrir de ces procédés. « Il y a un pays étranger qui a payé trois fois le prix de la cargaison sur le tarmac », a dénoncé le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier. « Nous nous sommes fait prendre un chargement par des Américains qui ont surenchéri sur un chargement que nous avions identifié », a assuré Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France.

Des masques vendus « au plus offrant »

Le gouvernement américain a démenti, mais ces acquéreurs pourraient être des acteurs privés ou des Etats fédérés. Le gouvernement français assure sécuriser ses approvisionnements et ne pas avoir « de précisions » sur l’éventuelle surenchère américaine.

Le phénomène est mondial. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est dit jeudi « très inquiet » et a demandé une enquête après des informations de Radio Canada selon lesquelles une cargaison de masques achetée en Chine pour le Québec aurait été livrée en plus faible quantité que prévu après qu’une partie eut été revendue « au plus offrant », à savoir les Etats-Unis.

« Il y a une tension extrême sur ces marchandises face à des besoins immédiats des Etats qui tardent à être comblés », explique Bolloré Logistics, un important logisticien français présent en Chine.

Des escrocs « multiples et variés »

Le député ukrainien Andriï Motovylovets, qui s’est rendu en Chine en mars pour accompagner une cargaison médicale, a raconté sur son compte Facebook avoir été témoin d’une concurrence « effrayante pour l’équipement médical. Nos consuls qui se rendent dans des usines [chinoises], y rencontrent leurs confrères d’autres pays (Russie, USA, France) qui veulent récupérer nos commandes. Nous avons payé nos commandes préalablement par virement et avons des contrats signés. Eux, ils ont davantage d’argent, et des espèces. Nous nous battons pour chaque cargaison. »

Dans ce contexte le paiement en liquide fait des miracles. « Les Américains paient cash et sans voir [la cargaison], forcément ça peut être plus attractif pour certains qui cherchent juste à faire du business avec la détresse du monde entier », estime Valérie Pécresse.

La France a mis la main sur des colis italiens

A Bangkok, une commande de 200.000 masques de protection destinés à la police de Berlin a été « confisquée » ce vendredi, ont affirmé les autorités berlinoises, qui soupçonnent une intervention américaine. Sur les aéroports chinois, autour des usines et des plateformes logistiques, « la tension est énorme là-bas. Les escrocs sont multiples et variés », a dénoncé Renaud Muselier.

Ces accrocs surviennent parfois à l’intérieur même de l’Union européenne où plusieurs membres ont interdit l’exportation de matériel médical ou décidé des réquisitions, comme la France. D’après une information de L’Express, la France a saisi le 5 mars dernier sur son territoire des masques appartenant à la société suédoise Mölnlycke, qui étaient destinés à l’Espagne et l’Italie.

Une sécurité renforcée autour des cargaisons

En Chine, peu de producteurs disposent de licences d’exportation. Les autres sont obligés de passer par des sociétés de négoce s’ils veulent pouvoir exporter. D’où l’existence de nombreux intermédiaires.

Partout dans le monde, de multiples intervenants, Etats, régions, acteurs privés, intermédiaires, se court-circuitent pour mettre la main sur ces matériaux si précieux, pour lesquels les services secrets peuvent être employés. Ainsi, selon Le Figaro (quotidien français), le Mossad israélien a mené courant mars une opération clandestine pour récupérer des kits de détection du virus dans un pays inconnu. « Depuis le début de la crise, nous avons renforcé les mesures de sécurité et de surveillance, proposant même à nos clients d’effectuer des livraisons à l’arrivée sous escorte », détaille Bolloré Logistics.